Retour au collège
une bande-dessinée de Riad Sattouf
Hachette Littératures, La fouine illustrée, 2005

 

Plongée chez les riches...

Retour au collège inaugure une nouvelle collection de BD chez Hachette Littératures, La Fouine illustrée, que dirige Guillaume Allary, une collection de bandes dessinées d’auteurs, romans graphiques, témoignages dessinés.
C’est donc Riad Sattouf qui signe cette première Fouine. Sattouf s’est fait connaître par ses histoires parfois autobiographiques, comme dans No sex in New York (Dargaud Poisson pilote), au ton volontiers caustique, où les personnages sont des frustrés sexuels qui, pour tenter de se soigner et de connaître enfin le grand frisson, sont prêts à bien des aventures. Ce fut le cas dans Les pauvres aventures de Jérémie (Dargaud Poisson pilote) ou de l’excellent Manuel du puceau, publié en 2003 chez Bréal, un récit à la fois doux et amer, où l’autodérision n’empêche nullement la tendresse.

Ici le sexe n’est pas le thème central du récit. L’idée de base est la suivante : Riad Sattouf garde de ses années de collège à Rennes un très mauvais souvenir et un véritable traumatisme. A 27 ans, il décide d’affronter cela et de retourner au collège, en observateur. Un exorcisme comme un autre !
Après quelques difficultés administratives, il obtient enfin l’autorisation de passer quinze jours dans une classe de 3ème, au cœur de l’un des meilleurs établissements publics et parisiens.
Le proviseur très vieille école et son adjoint, un tout petit peu plus moderne, qui pensent accueillir un « écrivain artiste-peintre » lui présentent ainsi la 3ème C de Charles Henri : « Il y a là des enfants issus de familles généralement TRES aisées, TRES avantagées … C’est un établissement avec une certaine réputation. » Cela augurerait-il d’un séjour idyllique ?
Etrangement, la veille de sa rentrée, notre dessinateur, un brin masochiste tout de même, est en proie aux mêmes affres que dix ans auparavant ; il cauchemarde, attrape des suées, s’imagine en échec…
Finalement, Riad Sattouf fait la connaissance de ses « camarades ». Dans la belle 3ème C, il y a De Bouvier, qui porte un jean hors de prix à mi-cuisses afin que l’on voit bien son boxer et ce qu’il y a dedans, qui fait dans la provocation pour faire sortir les profs de leurs gonds ; il y a aussi Aïcha, la seule beurette dans cette classe de Gaulois hyper branchés et souvent racistes ; Thomas, le mannequin, très prisé des filles ; Salomé, la bonne élève, qui rougit quand Riad lui parle…

Au bout de ses quinze jours d’immersion totale, quinze jours passés au fond de la classe à prendre des notes, à dessiner, à écouter, Riad Sattouf comprend que ces adolescents des beaux quartiers sont bien loin des enfants sages et agréables auxquels on aurait pu s’attendre. Souvent livrés à eux-mêmes, ils n’ont pas de limites, passent allègrement sur les interdits, regardent des films pornos la nuit, parlent de sexe sur MSN, fument et boivent, ne vivent que dans les marques et dans la frime, dépensent sans compter et ne s’intéressent à rien d’autre qu’à leur petite personne. Habitués à l’argent et à la position dominante de leurs parents, ils éprouvent en outre un dangereux sentiment d’impunité et ne respectent rien ni personne, surtout pas leurs profs.

Riad Sattouf ne juge pas, ne prend pas parti, n’adopte jamais un ton moralisateur quand il parle avec ces adolescents. Mais néanmoins cette plongée chez les riches constitue une démonstration bien efficace, et la grande majorité des personnages qu’il évoque ici sont parfaitement antipathiques.

Catherine Gentile
(janvier 2006)

Catherine Gentile est documentaliste, formatrice en littérature jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville et auteur de Bulles en stock (Bibliographie sélective et commentée de bandes dessinées, ed. Cedis, 1999) ; elle chronique aussi littérature de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI.

 

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