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Plongée
chez les riches...
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au collège inaugure une nouvelle collection
de BD chez Hachette Littératures, La Fouine illustrée,
que dirige Guillaume Allary, une collection de bandes dessinées
d’auteurs, romans graphiques, témoignages dessinés.
C’est donc Riad Sattouf qui signe cette première Fouine.
Sattouf s’est fait connaître par ses histoires parfois
autobiographiques, comme dans No sex in New York (Dargaud
Poisson pilote), au ton volontiers caustique, où les personnages
sont des frustrés sexuels qui, pour tenter de se soigner
et de connaître enfin le grand frisson, sont prêts à
bien des aventures. Ce fut le cas dans Les pauvres aventures
de Jérémie (Dargaud Poisson pilote) ou de l’excellent
Manuel du puceau, publié en 2003 chez Bréal,
un récit à la fois doux et amer, où l’autodérision
n’empêche nullement la tendresse.
Ici le sexe
n’est pas le thème central du récit. L’idée
de base est la suivante : Riad Sattouf garde de ses années
de collège à Rennes un très mauvais souvenir
et un véritable traumatisme. A 27 ans, il décide d’affronter
cela et de retourner au collège, en observateur. Un exorcisme
comme un autre !
Après quelques difficultés administratives, il obtient
enfin l’autorisation de passer quinze jours dans une classe
de 3ème, au cœur de l’un des meilleurs établissements
publics et parisiens.
Le proviseur très vieille école et son adjoint, un
tout petit peu plus moderne, qui pensent accueillir un «
écrivain artiste-peintre » lui présentent
ainsi la 3ème C de Charles Henri : « Il y a là
des enfants issus de familles généralement TRES aisées,
TRES avantagées … C’est un établissement
avec une certaine réputation. » Cela augurerait-il
d’un séjour idyllique ?
Etrangement, la veille de sa rentrée, notre dessinateur,
un brin masochiste tout de même, est en proie aux mêmes
affres que dix ans auparavant ; il cauchemarde, attrape des suées,
s’imagine en échec…
Finalement, Riad Sattouf fait la connaissance de ses « camarades
». Dans la belle 3ème C, il y a De Bouvier, qui porte
un jean hors de prix à mi-cuisses afin que l’on voit
bien son boxer et ce qu’il y a dedans, qui fait dans la provocation
pour faire sortir les profs de leurs gonds ; il y a aussi Aïcha,
la seule beurette dans cette classe de Gaulois hyper branchés
et souvent racistes ; Thomas, le mannequin, très prisé
des filles ; Salomé, la bonne élève, qui rougit
quand Riad lui parle…
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Au
bout de ses quinze jours d’immersion totale, quinze
jours passés au fond de la classe à prendre
des notes, à dessiner, à écouter, Riad
Sattouf comprend que ces adolescents des beaux quartiers sont
bien loin des enfants sages et agréables auxquels on
aurait pu s’attendre. Souvent livrés à
eux-mêmes, ils n’ont pas de limites, passent allègrement
sur les interdits, regardent des films pornos la nuit, parlent
de sexe sur MSN, fument et boivent, ne vivent que dans les
marques et dans la frime, dépensent sans compter et
ne s’intéressent à rien d’autre
qu’à leur petite personne. Habitués à
l’argent et à la position dominante de leurs
parents, ils éprouvent en outre un dangereux sentiment
d’impunité et ne respectent rien ni personne,
surtout pas leurs profs. |
Riad Sattouf
ne juge pas, ne prend pas parti, n’adopte jamais un ton moralisateur
quand il parle avec ces adolescents. Mais néanmoins cette
plongée chez les riches constitue une démonstration
bien efficace, et la grande majorité des personnages qu’il
évoque ici sont parfaitement antipathiques.
Catherine
Gentile
(janvier 2006)
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle chronique aussi littérature de jeunesse
et bande dessinée dans la revue Inter CDI.

http://www.hachette-litteratures.com
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