4.48 Psychose
L'Arche Editeur, 2001

création 2002
mise en scène
Claude Régy
avec Isabelle Huppert

 

La pièce en tournée

Théâtre des Bouffes du Nord, Paris
1er octobre - 9 novembre 2002

Comédie de Caen
du 16 au 20 novembre

Girona- Teatro de salt
26-30 novembre 2002

Comédie de Genève
3-8 décembre

Lorient
13-14 décembre

Lisbonne, Culturgest
7-9 janvier

Anvers, De Singel
15-18 janvier

au TNP, Villeurbanne
24-30 janvier 2003

Théâtre National de Bretagne
5-9 février

Le départ

Récemment mis en scène au Théâtre Studio d'Alfortville par Christian Benedetti, 4h48 Psychose perce à jour toute la détresse de Sarah Kane, ex-espoir du théâtre contemporain anglais. Dès sa première pièce, Anéantis, Kane porte incontestablement un sérieux coup de boutoir à l'écriture moderne, posant de véritables questions de mise en scène : Comment représenter des actes de tortures comme l'arrachement d'un bras ou d'une langue ? Les didascalies chez Kane ne sont par exemple pas à prendre au pied de la lettre sous peine de virer au pastiche et de passer à côté de l'imagerie poétique disséminée tout au long de son œuvre. Elle s'impose ainsi comme l'une des figures marquantes d'un théâtre qui cherche de nouvelles formes d'expressions.


Photo © Agence Enguérand
Physiquement et mentalement au bout du rouleau, Kane, avec 4.48 Psychose , entame un sprint contre la mort dont on connaît à présent le triste résultat. Pantin hurlant désoeuvré et tourmenté, l'auteur offre ici un éloquent témoignage des effets de la folie qui la ronge. Incarnation saisissante de la souffrance nue, de maux en mots, un désespoir terroriste abat son corps et viole son esprit exigu. Elle a beau s'époumoner à qui voudra bien la sauver, sa sympathie pour un jeune médecin compatissant ne saura s'accompagner que d'aigreur et de honte.
Noire, opaque, sa rage jusqu'alors insidieuse irradie les draps de son lit d'hôpital et plus encore les feuillets de cette pièce posthume. Prose nihiliste et désarticulée présageant d'une hypothétique fin, 4.48 Psychose constitue le terrifiant manifeste d'une jeune femme déprimée, en mal d'amour, réclamant une vie décente.

Atteinte d'une indicible maladie, insatisfaite chronique, marginalisée et masochiste, Kane refuse tout mensonge et se trouve en proie à une colère hystérique. Qu'on la bourre de drogues diverses et elle sombre, avorte toute avancée, assommée par ces effarantes prescriptions médicamenteuses. Au prise avec ses pulsions autodestructrices, elle assène sarcasmes sur sarcasmes, pratique l'ironie tragique à satiété, et crache au visage hospitalier la douleur subséquente. Désemparée face à la perfidie des médecins, elle se jette à corps et à cris contre son bourreau : une science mal élevée et tyrannique, celle là même qui la dépossède de sa raison : "Je me suis trouvée si déprimée par le fait d'être mortelle que j'ai décidé de me suicider."
Dans cet éclair de lucidité, Kane choisit la mort. Inexorable, elle demeure la seule échappée face à la douleur qui pulse en elle. Impossible de tempérer cette colère : la peau suinte la haine, le dégoût de soi. 4.48 Psychose est un appel au secours emprunt d'une fatale honte. Honte qui contamine le lecteur d'oser lire sans pouvoir répondre à l'appel.

Pourtant nul apitoiement, aucune complaisance n'obstruent ni n'entravent le mouvement cursif de cette écriture emplie de l'amertume des plus grands. Entre énumérations mathématiques et grilles de jeux syntaxiques, le texte emploie de nombreuses formes narratives sans jamais perdre de son unité. Et de l'implacable issue qu'il tisse au fur et à mesure de la déchéance de Sarah, 4.48 Psychose fait sourdre un profond malaise. La gorge nouée, les bras tremblants, le lecteur subit les assauts d'un texte qui somme l'amour d'animer un de ses soldats. Cette écriture cruelle et impartiale abreuve ni plus ni moins un diagnostic amorcé dès la première ligne : Mort "hypo-volontaire". De la crudité avec laquelle Kane arbore sa souffrance surgissent deux questions qui s'adressent aux génies incompris.

- Vous croyez qu'il est possible de naître dans un mauvais corps?
Silence
- Vous croyez qu'il est possible d'être née à la mauvaise époque?
De là à dire que Kane est de ceux là, il n'y a qu'un pas qu'on franchira allègrement.

Philippe Beer-Gabel
(novembre 2001)


Sarah Kane s'est suicidée à Londres le 20 février 1999, laissant cette dernière pièce, créée durant l'été 2000 au Royal Court Theatre.

http://www.arche-editeur.com

http://www.arche-editeur.com/Catalogue/K/kane2.htm

http://www.iainfisher.com/kane.html (site complet)

http://www.colline.fr/site/lexi4kan.htm

http://www.theatre-contemporain.net/auteurs/kane/pdgsk.htm