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La
pièce en tournée
Théâtre
des Bouffes du Nord, Paris
1er
octobre - 9 novembre 2002
Comédie
de Caen
du 16 au 20 novembre
Girona-
Teatro de salt
26-30 novembre 2002
Comédie
de Genève
3-8 décembre
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Lorient
13-14 décembre
Lisbonne,
Culturgest
7-9 janvier
Anvers,
De Singel
15-18 janvier
au
TNP, Villeurbanne
24-30 janvier 2003
Théâtre
National de Bretagne
5-9 février
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Le départ
Récemment mis en scène au Théâtre Studio
d'Alfortville par Christian Benedetti, 4h48 Psychose
perce à jour toute la détresse de Sarah Kane, ex-espoir
du théâtre contemporain anglais. Dès sa première
pièce, Anéantis, Kane porte incontestablement
un sérieux coup de boutoir à l'écriture moderne,
posant de véritables questions de mise en scène :
Comment représenter des actes de tortures comme l'arrachement
d'un bras ou d'une langue ? Les didascalies chez Kane ne sont par
exemple pas à prendre au pied de la lettre sous peine de
virer au pastiche et de passer à côté de l'imagerie
poétique disséminée tout au long de son uvre.
Elle s'impose ainsi comme l'une des figures marquantes d'un théâtre
qui cherche de nouvelles formes d'expressions.

Photo
© Agence Enguérand |
Physiquement
et mentalement au bout du rouleau, Kane, avec 4.48 Psychose
, entame un sprint contre la mort dont on connaît
à présent le triste résultat. Pantin hurlant
désoeuvré et tourmenté, l'auteur offre
ici un éloquent témoignage des effets de la folie
qui la ronge. Incarnation saisissante de la souffrance nue,
de maux en mots, un désespoir terroriste abat son corps
et viole son esprit exigu. Elle a beau s'époumoner à
qui voudra bien la sauver, sa sympathie pour un jeune médecin
compatissant ne saura s'accompagner que d'aigreur et de honte.
Noire, opaque, sa rage jusqu'alors insidieuse irradie les draps
de son lit d'hôpital et plus encore les feuillets de cette
pièce posthume. Prose nihiliste et désarticulée
présageant d'une hypothétique fin, 4.48
Psychose constitue le terrifiant manifeste d'une jeune
femme déprimée, en mal d'amour, réclamant
une vie décente. |
Atteinte d'une
indicible maladie, insatisfaite chronique, marginalisée et
masochiste, Kane refuse tout mensonge et se trouve en proie à
une colère hystérique. Qu'on la bourre de drogues
diverses et elle sombre, avorte toute avancée, assommée
par ces effarantes prescriptions médicamenteuses. Au prise
avec ses pulsions autodestructrices, elle assène sarcasmes
sur sarcasmes, pratique l'ironie tragique à satiété,
et crache au visage hospitalier la douleur subséquente. Désemparée
face à la perfidie des médecins, elle se jette à
corps et à cris contre son bourreau : une science mal élevée
et tyrannique, celle là même qui la dépossède
de sa raison : "Je me suis trouvée si déprimée
par le fait d'être mortelle que j'ai décidé
de me suicider."
Dans cet éclair de lucidité, Kane choisit la mort.
Inexorable, elle demeure la seule échappée face à
la douleur qui pulse en elle. Impossible de tempérer cette
colère : la peau suinte la haine, le dégoût
de soi. 4.48 Psychose est un appel au secours emprunt
d'une fatale honte. Honte qui contamine le lecteur d'oser lire sans
pouvoir répondre à l'appel.
Pourtant nul
apitoiement, aucune complaisance n'obstruent ni n'entravent le mouvement
cursif de cette écriture emplie de l'amertume des plus grands.
Entre énumérations mathématiques et grilles
de jeux syntaxiques, le texte emploie de nombreuses formes narratives
sans jamais perdre de son unité. Et de l'implacable issue
qu'il tisse au fur et à mesure de la déchéance
de Sarah, 4.48 Psychose fait sourdre un profond malaise.
La gorge nouée, les bras tremblants, le lecteur subit les
assauts d'un texte qui somme l'amour d'animer un de ses soldats.
Cette écriture cruelle et impartiale abreuve ni plus ni moins
un diagnostic amorcé dès la première ligne
: Mort "hypo-volontaire". De la crudité avec laquelle
Kane arbore sa souffrance surgissent deux questions qui s'adressent
aux génies incompris.
 |
-
Vous croyez qu'il est possible de naître dans un mauvais
corps?
Silence
- Vous croyez qu'il est possible d'être née à
la mauvaise époque?
De
là à dire que Kane est de ceux là, il n'y
a qu'un pas qu'on franchira allègrement. |
Philippe
Beer-Gabel
(novembre
2001)
Sarah Kane s'est suicidée à Londres le 20 février
1999, laissant cette dernière pièce, créée
durant l'été 2000 au Royal
Court Theatre.

http://www.arche-editeur.com
http://www.arche-editeur.com/Catalogue/K/kane2.htm
http://www.iainfisher.com/kane.html
(site complet)
http://www.colline.fr/site/lexi4kan.htm
http://www.theatre-contemporain.net/auteurs/kane/pdgsk.htm
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