deux romans de Sarah K

Disparus
Grasset jeunesse, 2006

L’Homme au chapeau
Magnard, Tipik, 2004

 

 

Brouiller les pistes et les genres

Vincent est un jeune homme singulier, insaisissable et versatile. Il aime la nuit, il opère à l’aube, il vit dans une chambre de bonne qu’il a meublée des bagages dérobés dans les TGV à bord desquels il monte lorsqu’ils sont à quai. Vincent déteste les voyages.
Son histoire commence pendant son dernier vol, à la gare Montparnasse à bord du TGV en partance vers Quimper. Il y vole la valise d’une jeune femme blonde aperçue furtivement. De retour chez lui, quand il fouille le bagage, il prend peur et comprend que Marie, sa propriétaire, est en danger. Il y trouve un pyjama de soie taché de sang et l’occasion de se racheter. Vincent prend deux décisions : renoncer aux vols et retrouver Marie. Il trouve du travail dans une pizzeria à l’ambiance familiale et bon enfant tenue par deux frères siciliens. Aidé par un auteur de romans policiers à succès mais en panne d’inspiration, il se lance ensuite sur la piste de Marie. Ses investigations l’entraînent dans le milieu du cinéma d’horreur de série B et dans la faune vampirique de Paris. Qui est donc exactement Nicolae Brasov, cet acteur étrange au teint pâle comme celui d’un vampire, qui fut le partenaire trop charismatique de Marie ?

Vincent entame un voyage sombre au cœur de la nuit, où évoluent des personnages échappés des romans de Bram Stoker ou d’Anne Rice.
On reconnaît la marque de Sarah K. dans ce gros roman écrit à la première personne. Elle aime à brouiller les pistes et les genres et à entraîner le lecteur sur des chemins de traverse, là où il ne s’y attend pas. Entre policier et fantastique, entre réalité et fiction, le récit se lit avec intérêt et curiosité car on se demande au fil des pages qui est véritablement le narrateur, jusqu’à la révélation finale.
L’une des matières de Sarah K est la littérature et les écrivains, qui sont souvent des personnages de ses romans (Créature contre créateur paru chez Nathan en 2005, ou L’Homme au chapeau). Celui-ci ne fait pas exception.

L’homme au chapeau (Magnard, 2004), est un très joli livre qui évoque Franz Kafka. La narratrice du roman se nomme Erna, elle a 9 ans et, en septembre 1923, elle fait une belle rencontre dans le parc Stegletz à Berlin où elle a coutume de se promener avec sa gouvernante Lisbeth. Alors qu’Erna est en pleurs car sa poupée adorée, Léni, a disparu, elle heurte « L’homme au chapeau », maigre, grand, et vieux. Aussitôt s’installe entre eux une belle connivence. L’homme explique à Erna que sa poupée n’est pas perdue mais partie en voyage et qu’elle écrit des lettres. Chaque jour, Erna attend la lettre que monsieur Kafka a reçue de Léni pour Erna, lettre qu’elle dévore ensuite car celle de la veille s’est arrêtée brutalement et l’a laissée en attente.

Erni s’inquiète aussi pour Franz qui n’a pas l’air en bonne santé et elle aimerait en savoir plus sur la vie de ce vieillard de 40 ans. Jusqu’au jour où Kafka lui apporte la dernière lettre…

C’est un très joli roman, tiré d’ailleurs d’un fait réel, une histoire d’amitié entre deux personnes très différentes et aussi un bel hommage à l’écriture et à son pouvoir de fascination sur les lecteurs. L’action se situe un an avant la mort de l’écrivain et le roman comprend une présentation rapide de Kafka en préambule.

Catherine Gentile
(mars 2006)

Catherine Gentile est documentaliste, formatrice en littérature jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville et auteur de Bulles en stock (Bibliographie sélective et commentée de bandes dessinées, ed. Cedis, 1999) ; elle chronique aussi littérature de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI.

 

http://www.grasset-jeunesse.com/index.htm

http://www.magnard.fr/jeunesse/

De Sarah K. :
La sorcière qui détestait les cadeaux, les enfants et … Noël !
Illustrations de Ronan Badel
- Nathan, 2005