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Paris n’est pas qu’une
fête
Le syndrome
d’Ulysse, c’est le mal qui atteint souvent les émigrés
et qui se traduit par des troubles psychiques, psychiatriques ou
physiques : perte de l’estime de soi, sentiments de peur et
de vulnérabilité, stress chronique, pertes de connaissance
et du sens du réel, crises de douleur, … On n’apprend
cela qu’à l’extrême fin de ce roman, plutôt
très vivant au contraire.
Le narrateur, jeune colombien arrivé à Paris pour
devenir écrivain, est en panne, au début du récit
: peu d’argent, un logis sordide, l’hiver, la solitude,
un chagrin d’amour, une impossibilité à se remettre
à l’écriture… Le texte est fait du récit
de sa survie dans cette ville, présentée ici comme
très inhospitalière, et de ses rencontres dans ce
temps de creux. Rencontres à la fac, au travail (il fait
la plonge dans un restaurant), dans des lieux associatifs, dans
la communauté sud-américaine de Paris, dans des fêtes
et dans des bars.
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Le
narrateur présentant sa vie comme atroce, le lecteur
peut être parfois irrité de ce ton de récrimination
perpétuelle (on rencontre d’autres personnages
beaucoup plus mal lotis que lui), mais heureusement, l’auteur
prend parfois ses distances avec son personnage et son discours
: il est seul, a perdu l’amour de sa vie, n’arrive
pas à séduire celle qu’il aime, mais sa
solitude affective est toute relative et de nombreuses rencontres
amoureuses (décrites avec force détails) et
fêtes partouzardes égayent sa vie et le roman
(par peur d’une austérité anti-commerciale
?), le sexe étant ici présenté comme
la seule chose qui ne coûte rien et qui soit quasi inépuisable
– la quatrième de couverture évoque Henry
Miller avec raisons. Il est sans argent, mais a de quoi se
loger, arrive à se laver et à peu près
à se nourrir et à payer les bières de
nombreuses séances de conversations de bistrot. Enfin,
il a des papiers et pourrait rentrer chez lui quand il voudrait.
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C’est
la peinture des personnages rencontrés qui fait l’essentiel
de l’intérêt de ce roman. Chaque personnage,
après la première rencontre, s’exprime à
la première personne dans un monologue pour raconter sa vie
dans un chapitre à part : étudiant ou écrivain
maghrébin, diplômés (ou escrocs) roumains, africains,
coréens, contraints à faire des métiers pénibles
ou, si ce sont des femmes, le trottoir. Chacune de ces histoires
est unique et propose un tableau particulier de l’exil : les
raisons de partir, les attaches avec le passé, les espoirs,
tous sont différents, mais tous souffrent de la même
solitude et du même mépris social, à quelques
exceptions près (ceux qui ont de l’argent et une possibilité
de retour). On observe dans ce groupe des catégories : il
y a les nantis : ceux qui ont des papiers, et les autres ; il y
a les héros, ceux qui ont participé à une révolution
ou une guérilla, et les autres, il y a les intellectuels
et les émigrés économiques, etc. Tout cela
fait de ce livre un document passionnant et très humain.
Les dialogues sont parfaits, souvent drôles, vrais.
Enfin, cette vie dans laquelle le personnage principal tourne en
rond, comme les autres, passant régulièrement par
les mêmes lieux, les mêmes quartiers, offre un portrait
particulier de la ville, des métros qu’on rate, de
la première neige, de ses sous-sols et de ses combles, des
métiers qu’on peut espérer, de ses enfers et
de ses paradis. Vie de la nuit et du jour, des rues et des bars,
c’est un voyage sur place, sans avenir et sans espoir de retour
pour la plupart des personnages.
Mais Paris est ici aussi présenté comme un lieu de
rencontres pour les écrivains. De nombreuses discussions
sur les littératures des pays dont sont originaires les personnages,
sur la littérature arabe, palestinienne, sur la poésie
de l’exil, sur des aspects du roman sud américain (on
sera plus amusé que séduit sur les choix en matière
de littérature française), l’apparition de quelques
auteurs célèbres, donnent à ce texte un arrière
plan intéressant et à certains de ses personnage un
poids qui substitue à la malédiction de l’exil
l’image d’un Ulysse qui, bien que souffrant d’une
part de ce malaise, pourra devenir un créateur.
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(septembre 2007)
Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

http://www.metailie.fr/indoc/home.asp
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