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Héros
malgré lui
Dans son modeste
appartement situé en banlieue parisienne, Esteban Histeroza,
écrivain parvenu à vivre de sa plume, se remémore
les années de jeunesse passées dans sa Colombie natale,
durant les années 60 et 70. Commence alors une longue évocation
des fantômes du passé, de tous ceux qui ont accompagné
son existence et qui sont, en somme, les véritables héros
de ce roman.
Il y a tout
d’abord les parents de Esteban, enseignants aux Beaux-Arts
et prompts à éveiller en leurs enfants la passion
de l’art et des lettres. Les aléas du métier
conduiront la famille de Bogota à Medellin, puis à
nouveau à Bogota, après un bref séjour à
Rome. Autour du noyau familial gravitent une foule de personnages,
dont les aventures viennent enrichir la mémoire du petit
Esteban : les visées du brave Tonio, son voisin, envers Délia,
la bonne, que vient ruiner l’idylle amoureuse de la jeune
femme avec Blas Gerardo, un prêtre révolutionnaire
; l’engagement de Tonio dans la guérilla des FARC,
dont il deviendra plus tard un des leaders ; l’enquête
minutieuse et tragique de Federico (un ami suicidaire de l’oncle
Mario) sur les circonstances d’une mort mystérieuse.
Au gré
des années qui passent, Esteban se trouve emporté
par le flot des rencontres et des anecdotes qui viennent alimenter
son existence : les virées entre copains dans le quartier
de Bella Suiza, les études au collège Refous où
il tombe amoureux de Natalia et se lie d’amitié avec
Hegel, alias Bout de Charbon, un professeur de Français originaire
de Haïti. Relatant sa fuite du régime de tontons makoutes
dans un camion de bananes, ce dernier explique : « Je
me suis mis dans une peau de banane et j’ai fermé de
l’intérieur. Je suis la seule banane noire qui ait
vu le jour dans la Caraïbe ». Peu après l’entrée
à l’université en section lettres, Esteban décide
de tourner une page de sa vie en poursuivant ses études en
Espagne. Joignant tant bien que mal les deux bouts à Madrid
avec sa maigre pension, il fait la connaissance de comparses Sud-Américains,
exilés comme lui, se passionne pour les échecs et
collectionne avec frénésie les manuscrits rares, au
point de partir dans le premier train pour Lisbonne à la
recherche d’une œuvre de Mario Vargas Llosa. Ce n’est
qu’après avoir testé ses talents d’écrivain
sur un manuscrit de près de 700 pages qu’Esteban aboutit
à Paris, non sans avoir auparavant retrouvé Délia
et Gerardo désormais installés en Espagne, bouclant
ainsi une épopée de près de 24 ans.
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Ecrit
comme une autobiographie mais agrémenté de détails
fictionnels, le roman de Santiago Gamboa nous transporte dans
un tourbillon d’aventures personnelles, dépeintes
avec verve et élégance, comme y excellent les
écrivains Sud-Américains. A l’instar de
ses mentors Garcia Marquez, Vargas Llosa, Sabato, Fuentes
ou Cortazar qu’il aime citer, Gamboa entrecroise les
histoires et crée un lien tenace entre le lecteur et
ses personnages. Outre son caractère picaresque et
profondément humain, l’intérêt du
livre est complété par l’évocation
de l’histoire de la Colombie, pays méconnu et
maudit, et les nombreuses références culturelles
que l’auteur ne peut manquer de nous faire partager.
En trouvant ce juste équilibre, Santiago Gamboa nous
livre une œuvre passionnante à découvrir
d’urgence.
Olivier
Weber
(septembre 2003) |

Editions
Métailié
http://www.metailie.info/
http://www.javeriana.edu.co/pensar/entre.htm
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