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Scénario
: David Chauvel Alfred Michaël Le Galli
Dessin : Lorenzo Mattotti, Pierre Place, Kokor Alfred, Olivier Jouvray,
Jérôme Jouvray, Bruno Thielleux, Frederik Peeters,
Cyril Pedrosa Gipi
Couleurs : Laurence Croix Albertine Ralenti Anne-Claire Jouvray
Remettre
l’humain au centre de la vie
Il y a la loi
et il y a les êtres humains. Cela ne va pas toujours ensemble.
Il y a le Ministère de l’Immigration, de l’Intégration,
de l’Identité nationale et du Codéveloppement
et il y a les êtres humains. Cela ne va pas ensemble non plus.
Il y a
des auteurs de bande dessinée : Mattotti, Gipi, Jouvray,
Pedrosa, Kokor, Brüno, Plierre Place, F. Peeters et Alfred,
qui s’engagent dans cet album. Ce sont des êtres humains
qui parlent d’autres êtres humains.
Il y a Martine, une jeune Congolaise ; Serge l’Ivoirien ;
Raïssa, la Tchétchène ; Rosalie Masimba, Congolaise
encore ; Joao, 15 ans, Brésilien ; Mariem, 32, Sénégalaise
; Brahim Chedaf, 49, Marocain ; Malika, Tchétchène
; Osmane, Algérien. Ce sont aussi des êtres humains.
Mais ce sont surtout des Sans papiers, qui ont dû fuir leur
pays et la misère, et qui ont pensé naïvement
que la France, Terre d’asile, les accueillerait et leur offrirait
une vie meilleure. Ce sont aussi des êtres humains, qui souffrent,
qui espèrent mieux, mais que l’on ne traite ni n’accueille
comme des êtres humains.
« Ils m’ont violée. Ils m’ont fait
n’importe quoi. », dit Martine, rejetée
avec tant d’autres Africains sur le territoire marocain.
« Ils sont arrivés, ils nous ont pris et ils sont
allés nous jeter dans le désert. », explique
Serge, coincé lui aussi au Maroc.
« C’était un hôtel, mais dans cet hôtel,
y avait pas d’eau chaude. La douche était dehors, et
pour des enfants traumatisés qui ont peur de sortir, peur
des gens, c’était très difficile…
», témoigne Raïssa en arrivant en France.
« Quand on vient en France, nous sommes des chiens, nous
sommes n’importe quoi, je souffre pendant des années
toujours dans la rue comme ça. » constate Rosalie,
contrainte à la prostitution pour survivre.
« Et je ne sais pas pourquoi les gens ne veulent pas de
nous, comme ça. Je pense que les gens ont peur parce qu’ils
pensent qu’on vient ici pour traîner dans la rue. »,
réfléchit Joao, dont les parents ne veulent jamais
sortir de peur de se voir expulser.
« Un jour j’ai découvert que si j’ai envie
d’aller au Sénégal, je ne peux pas y aller parce
que j’ai pas de papiers. », comprend Mariem, réduite
à l’esclavage par sa propre tante.
« Après huit ans passés en France, je suis
devenu un sans-papiers faute d’avoir rempli ma demande de
carte de séjour à temps. La situation est devenue
infernale psychologiquement. » explique Brahim.
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«
Les enfants pleuraient, mon mari a demandé d’arrêter
la voiture, même pour cinq minutes, pour que je puisse
prendre l’air. Les quatre agents n’ont absolument
pas voulu entendre nos prières. Les enfants ont même
dit par la suite que sûrement ces gens-là étaient
dépourvus de cœur. L’homme qui était
assis à côté du chauffeur avait pris nos
papiers et nous montrait clairement son dégoût
de les avoir entre les mains. Il les manipulait comme des
jouets, ce qui accentuait encore notre anxiété.
» témoigne Malika alors qu’elle est
transférée arbitrairement avec les siens de
Clermont-Ferrand à Lyon.
« J’avais déjà reçu l’arrêté
de reconduite à la frontière. Je savais que
c’était terminé. » dit Osmane,
militant dans des associations de défense des Sans-papiers. |
Témoignages
terribles que ces paroles-là, qui ne disent que la peur,
l’anxiété, la misère, le dénuement,
l’incompréhension, la déception…
Paroles fortes, émouvantes, qui résonnent de manière
intense dans les images des neuf dessinateurs présents dans
ce collectif. Ils donnent vie, chair et âme à ces êtres
humains et montrent, s’il en était encore besoin, que
derrière les statistiques et les arrêtés, il
y a de vraies personnes. Il y a le noir, le très noir de
Mattotti ; les ocres de Gipi qui montrent ici l’inhospitalité
; la mise en page dynamique, spiralée, de F. Peeters, traduisant
l’inexorable et l’absurde ; les cases très fortes
de Pierre Place, presque silencieuses, qui savent dire l’angoisse
et la peur de l’avenir ; le visage de Joao, capturé
en gros plan par Alfred, si jeune et si perplexe déjà
devant une situation absurde aussi, et puis ses ombres menaçantes
; les gaufriers de Brüno et ses gris, qui soulignent la vie
triste et répétitive de Mariem l’esclave et
son enfermement ; une très belle case de Kokor, muette, dont
la force et l’évidence valent tous les mots : Brahim,
sur fond noir, dont on ne voit pas le visage, dont la veste à
carreaux perd ses carreaux peu à peu, comme un arbre qui
se dénude, parce que les années passent et que la
vie passe, pour rien du tout ; les planches de Jouvray, aux tons
très sombres, sur lesquelles se détachent les visages
anxieux ; les couleurs pastel et chaudes de Pedrosa, pour le récit
qui est sans doute le plus optimiste parmi toutes ces paroles.
Il y a aussi une préface d’Emmanuelle Béart,
dont on connaît l’engagement dans la défense
des Sans-papiers, ainsi qu’un très beau texte de José
Munox, qui présidera le Festival d’Angoulême
en janvier 2008 et qui raconte son expérience personnelle
de sans-papier.
Enfin, l’album se prolonge par un dossier documentaire consacré
à l’histoire de l’immigration, le rappel des
faits depuis l’occupation de l’église Saint-Bernard
en août 1991, l’état de lieux de l’immigration,
les coordonnées des associations qui se battent depuis des
années : Cimade, Migreurop, Gisti, Réseau Education
Sans Frontières ainsi qu’une carte des centres de rétentions.
Alfred et David Chauvel ont voulu cet album manifeste pour une autre
politique et l’ont dirigé. Et ils ont rudement bien
fait parce qu’il est magnifique, humain, intelligent et poignant.
La bande dessinée est un média de masse. Et c’est
bien et nécessaire qu’elle puisse aussi servir à
cela : expliquer, dénoncer, remettre l’humain au centre
de la vie !
Catherine
Gentile
(octobre 2007)
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature
de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant
plus de quinze ans.

www.editions-delcourt.fr
Bande
dessinée
- articles
pour s’informer encore :
Sur la politique
de l’immigration en France et la question de l’Identité
nationale : lire le livre de Philippe
Godard, paru chez Syros le 12 octobre 2007, dans une
nouvelle collection intitulée Au crible !, qui s’intitule
Qu’y a-t-il derrière « Valeur Travail
» et « Identité nationale ».
Dans cet ouvrage, l’auteur analyse le discours du gouvernement
dans le domaine de l’immigration, explique que pour définir
un individu, il y a de multiples entrées qui ne peuvent se
réduire au terme "immigré", aborde le problème
des expulsions d’étrangers en situation irrégulière
et rappelle comment la France a peu à peu construit son identité
nationale, y compris avec les travailleurs immigrés. Ouvrage
très intéressant, très clair et fortement étayé.
On peut en feuilleter quelques pages sur le site de Syros http://www.nathan.fr/feuilletage/9782748506235/book.html
Enfin
un prix pour le Réseau Education Sans Frontières :
Voici le communiqué de RESF, daté du 11 octobre 2007
http://www.educationsansfrontieres.org/?article8861
Prix
pour le Réseau Éducation Sans Frontières,
tandis que le gouvernement traque et piège des lycéens.
Le 16 octobre,
le Réseau Éducation Sans Frontières a reçu
au Parlement européen un prix de l'association Solidar,
une alliance internationale de syndicats et d'organisations non
gouvernementales, qui décerne chaque année cinq prix
pour récompenser " les contributions exceptionnelles
d'individus et d'organisations pro-actives dans le combat pour la
justice sociale, et qui consacrent leur travail à l'avènement
d'une société plus juste et plus équitable.".
Le Silver
Rose Award, remis à RESF dans la catégorie
"Social et éducation", est à la fois une
reconnaissance de l'action du réseau qui rassemble plus de
150 organisations et des milliers de citoyens unis dans le soutien
aux enfants scolarisés et leur famille "sans papiers"
mais également un encouragement à poursuivre la lutte
dans un contexte qui s'est considérablement durci.
Pour atteindre
les "quotas" d'expulsés avant le 31 décembre,
le Ministère de l'Immigration et de ... exige ces derniers
jours de l'administration française de franchir un cap intolérable
: les forces de police se présentent à l'aube au domicile
de lycéennes, des adolescents sont convoqués dans
des commissariats et des gendarmeries pour y être arrêtés,
tandis que les convocations pièges des préfectures,
redeviennent monnaie courante, bien qu'elles soient illégales.
Début
septembre, les Préfets (sur ordres du Ministre) n'ont pas
hésité à envoyer une lettre d'intimidation
aux Maires qui avaient organisé des parrainages, pour les
menacer de poursuites pénales pour "aide au séjour
irrégulier".
Le rôle
"d'accompagnement jusqu'au séjour régulier"
de RESF est plus que jamais indispensable face à cette logique
du chiffre et à la traque systématique des sans papiers
totalement inhumaine et contraire aux droits fondamentaux des familles,
des jeunes majeurs scolarisés, et des citoyens qui les soutiennent.
C'est donc un
formidable encouragement pour RESF d'être distingué
au cours de cet événement très attendu au Parlement,
qui rassemble de nombreux décideurs, ONG et personnalités
engagées pour la défense des Droits de l'Homme.
Florimond Guimard,
professeur des écoles à Marseille, recevra le prix
au nom du réseau car son action et les poursuites pénales
dont il fait l'objet sont emblématiques de la répression
que subissent des citoyens qui ne font qu'exercer leur devoir de
solidarité envers les sans-droits que sont les personnes
sans-papiers.
Florimond passera
en procès le 22 octobre devant le tribunal correctionnel
d'Aix en Provence pour avoir manifesté avec 200 autres militants
à l'appel du Réseau Éducation Sans Frontières
à l'aéroport de Marignane, le 11 novembre 2006, afin
de s'opposer pacifiquement à l'expulsion d'un père
de famille sans papiers de son école. Il risque une condamnation
par la justice française à 3 ans d'emprisonnement
et 45 000 euros d'amende pour ces mêmes faits pour lesquels
un prix international va lui être remis.
Le RESF remercie
le jury du prix Silver Rose de cette distinction à laquelle
il attache le plus grand prix. Pour l'hommage rendu à l'action
des milliers d'anonymes qui, au quotidien, agissent, manifestent,
parfois prennent des risques pour que l'inacceptable ne se produise
pas. Mais aussi parce qu'il est conscient de la nécessité
de placer les agissements du gouvernement français sous le
regard de l'opinion internationale pour freiner ses atteintes aux
Droits de l'Homme.
Ce prix donne
encore plus de force à RESF pour mobiliser les citoyens,
les élus et les organisations révoltés par
une politique de l'immigration liberticide, conduite aujourd'hui
dans notre pays.
Education sans Frontières
Paris, le 11 octobre 2007.
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