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Lire Sanpaku,
c’est pénétrer dans un univers énigmatique,
qui nous mène du monde des luthiers à celui des descendants
de samouraïs aux pouvoirs occultes, en passant par la musique
de Jean-Sébastien Bach ou l’évocation terrible
des camps de concentration nazis... Entre Paris, Anvers et la Dordogne,
nous suivons, sur les traces parfois ténues mais indélébiles
d’un précieux violoncelle, un itinéraire tourmenté
dans le temps et dans l’espace.
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De belles
pages musicales (entre autres l’analyse détaillée
d’une interprétation de la Sarabande de la 5ème
Suite en do mineur pour violoncelle seul de Bach), l’étrange
regard magique et vengeur d’une Japonaise implacable,
l’évocation ironique des cérémonies
wagnériennes de Bayreuth, les tableaux éprouvants
de l’élimination des Juifs au camp de Sobibor,
les amours tendres et tendues du fameux luthier Eugène
Azzato et d’un jeune concertiste au cours d’un
voyage dans le sud de la France, beaucoup de scènes
s’accumulent dans le récit, dont le fil conducteur
est l’ancien instrument du facteur Vuillaume, dont Mathieu
Salvan éprouva, un jour de 1939, la magnifique résonance
dans une église parisienne.
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Un fil conducteur
louvoyant dans le siècle et en Europe, en courbes abondantes
et variées, on le voit. Trop abondantes et trop variées
? Peut-être, car on s’y perd parfois, comme dans les
méandres de certaines aventures policières. Et puisque
Jef Geeraerts (connu, après la publication de Gangrène,
œuvre en quatre tomes issue de son expérience au Congo,
en tant qu’auteur de polars) ne rechigne pas devant des effets
de surprise à caractère fantastique, comme les malaises
subits de personnages en proie à des visions mortelles, on
garde en soi quelques questions sans solution.
Mais le mystère
n’est pas ennemi de la littérature. Ne boudons donc
pas le plaisir que nous pouvons éprouver à suivre
cette narration aux multiples facettes, servie par une écriture
maîtrisée, traduite d’une manière impeccable,
et propre à laisser dans la mémoire des images fortes.
Jean-Pierre
Longre
(avril 2003)
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème siècle
à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une
thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

du
même auteur Le
récit de Matsombo
http://home.hccnet.nl/m.v.enckevort/
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