Sanpaku
Traduit du néerlandais par Marie Hooghe
Le Castor Astral, Escales du Nord, 2003


Lire Sanpaku, c’est pénétrer dans un univers énigmatique, qui nous mène du monde des luthiers à celui des descendants de samouraïs aux pouvoirs occultes, en passant par la musique de Jean-Sébastien Bach ou l’évocation terrible des camps de concentration nazis... Entre Paris, Anvers et la Dordogne, nous suivons, sur les traces parfois ténues mais indélébiles d’un précieux violoncelle, un itinéraire tourmenté dans le temps et dans l’espace.

De belles pages musicales (entre autres l’analyse détaillée d’une interprétation de la Sarabande de la 5ème Suite en do mineur pour violoncelle seul de Bach), l’étrange regard magique et vengeur d’une Japonaise implacable, l’évocation ironique des cérémonies wagnériennes de Bayreuth, les tableaux éprouvants de l’élimination des Juifs au camp de Sobibor, les amours tendres et tendues du fameux luthier Eugène Azzato et d’un jeune concertiste au cours d’un voyage dans le sud de la France, beaucoup de scènes s’accumulent dans le récit, dont le fil conducteur est l’ancien instrument du facteur Vuillaume, dont Mathieu Salvan éprouva, un jour de 1939, la magnifique résonance dans une église parisienne.

Un fil conducteur louvoyant dans le siècle et en Europe, en courbes abondantes et variées, on le voit. Trop abondantes et trop variées ? Peut-être, car on s’y perd parfois, comme dans les méandres de certaines aventures policières. Et puisque Jef Geeraerts (connu, après la publication de Gangrène, œuvre en quatre tomes issue de son expérience au Congo, en tant qu’auteur de polars) ne rechigne pas devant des effets de surprise à caractère fantastique, comme les malaises subits de personnages en proie à des visions mortelles, on garde en soi quelques questions sans solution.

Mais le mystère n’est pas ennemi de la littérature. Ne boudons donc pas le plaisir que nous pouvons éprouver à suivre cette narration aux multiples facettes, servie par une écriture maîtrisée, traduite d’une manière impeccable, et propre à laisser dans la mémoire des images fortes.

Jean-Pierre Longre
(avril 2003)

Jean-Pierre Longre, enseignant en littérature du XXème siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains contemporains et sur la comparaison des langages littéraire et musical. Il a participé à l'édition des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

du même auteur Le récit de Matsombo

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