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Vie
rêvée d'un roi
Sandrine Willems
signe là un beau roman, cruel, émouvant, poétique,
nostalgique, tout à tour lyrique et lucide… les adjectifs
manquent pour donner une idée de la profondeur des pensées
qui habitent chaque ligne de ce journal atypique : celui d’une
vieille religieuse qui se remémore sa sœur, cette sœur
bergère qui l’abandonna pour devenir la maîtresse
d’un roi que l’on surnommait le fol ou le bien-aimé,
Charles VI l’illuminé…
On pourrait croire à un conte de fées ou à
un récit d’amour courtois, il n’en est rien :
cette rêverie historique débute sur un déni
: « Tu es morte. Il n’y a plus rien à dire.
», et l’on se dit que tout pourrait s’arrêter
là, sur cette affirmation suspendue qui se suffit à
elle-même. Elle a cependant tant à raconter, la petite
bergère devenue religieuse, une religieuse secrètement
hérétique qui avoue ne plus croire en rien «
si ce n’est en ta chair pourrie », celle qui autrefois
eut une sœur et qui s’étonne de cette ironie du
sort : « Dire qu’on ne m’appelle jamais plus
que Ma Sœur. Comme si, ne pouvant être la tienne, j’avais
voulu devenir la sœur universelle. »
Livre aux multiples
facettes, entrelacs rugueux de réflexions mystiques et historiques,
de réminiscences et d’amers regrets, de reproches et
de rêveries, Le Roman dans les ronces (dont
le titre même laisse entrevoir la beauté du texte et
brutalité des sentiments) s’inspire de faits réels
mais développe aussi un univers imaginaire unique et abrupt,
qui ne manque pas de toucher le lecteur, de même que la maîtrise
parfaite d’une langue poétique à la fois sophistiquée
et simple, riche en trouvailles métaphoriques. Au-delà
de l’histoire d’un attachement hors du commun, c’est
cette inventivité que l’on voudra retenir.
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On
se laisse ainsi porter par les pensées de la narratrice
qui souhaite léguer ces mémoires particulières
à un lecteur inconnu, mais qui, paradoxalement, doute
pourtant de l’histoire qu’elle conte : «
Tu étais, tu n’es plus (…) Peut-être
ai-je tout inventé, mes souvenirs mêmes, et notre
enfance. » et qui s’interroge encore sur
l’utilité de ses écrits (« Quand
on aime à ce point, est-il besoin de le dire ?
») et sur la validité du Verbe en général,
insuffisant à retranscrire l’ineffable. L’auteure
pousse ainsi l’écriture dans ses retranchements,
mettant en doute l’acte même d’écrire
; une mise en abîme intéressante, dans une œuvre
qui est pourtant vouée à célébrer
la puissance du rêve et de l’imagination, par
le biais, justement, des mots.
Blandine
Longre
(septembre 2003) |

du même
auteur : Le sourire de Bérénice
(Les Impressions Nouvelles, 2004)
http://www.lespierides.com/in/
http://www.lespierides.com/in/cvwillems.html
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