Salpote t’explique le respect
Conjugue l’être et l’avoir avec Salpote

Claudine Desmarteau
T. Magnier, 2008

 

Salpote, moraliste rebelle…

Avec sa gueule tordue, son vieux marcel, sa crête rose ou bleue et ses allures de punk sur le retour, Salpote n’a rien pour inspirer la confiance… Et pourtant, après Salpote te met au régime et Salpote t’aide à préserver la planète, il n’est plus question de remettre en cause les compétences hors pair du personnage, éducateur certes insolent et passablement iconoclaste, parfois pris au piège de son propre discours (quand il tombe sur des interlocuteurs légèrement obtus ou qu’il cède à la tentation…) mais qui aime jouer « au grand frère » et tente de remettre quelques pendules à l’heure, celles du savoir-être, avec un tact (et un langage) qui n’appartient qu’à lui… sans moralisme outrancier, on s’en doute.

Ainsi, il aborde le respect et la tolérance (« Tolérant, ça veut dire cool, ouvert d’esprit, compréhensif, curieux de l’autre, tout le contraire d’une brute bornée, tu piges ? ») ou l’être et l’avoir (« Nouille, Nigaud, Andouille !!! Tu crois que tu es ce que tu as ? ») avec un pragmatisme salutaire qui, évidemment, parle au lecteur, s'interrogeant sur la folie consumériste ou l'agressivité inutile. Au-delà des sourires qu’il nous arrache (tout âge confondu, en particulier quand il s’émeut de la grâce d’un papillon ou s’ébat – moins gracieusement, il faut le dire – dans les champs…), les préoccupations citoyennes, voire philosophiques, du protagoniste sont évidemment dignes d’intérêt, même si le naturel revient au galop dès qu’il ne se surveille plus… Car l’on peut avoir des principes et des valeurs, mais un peu de laxisme ne fait pas de mal non plus… (le moralisme d’un schtroumpf à lunettes, très peu pour lui, surtout quand son petit côté rebelle se réveille).

Aussi, Salpote fait-il œuvre d’utilité publique, en s’adressant directement au jeune lecteur – il est vrai qu’il ne l’épargne guère, le traitant de « microbe », de « sac à crottes de nez » ou autre «trogne de polisson », et le malmène un peu, prêt à lui « secouer la couenne » quand il le faut… mais c’est pour son bien, et le lecteur l’accepte, et en redemande ! Et même s’il se montre parfois piètre orateur et n’excelle pas à mettre en application ce qu’il prêche, on l’aime bien, Salpote, car il est comme nous tous – faillible. En un mot, humain.

B. Longre
(février 2008)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.
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Trouilleland, tome 1 : Angie largue les amarres de Claudine Desmarteau - Editions du Panama, 2005