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Apatride
et orphelin
Roman autobiographique
ou autobiographie romanesque ? Difficile de trancher, d'autant que
le narrateur semble avoir de nombreux points communs avec l'auteur.
Cette histoire touchante et cruelle est une quête identitaire,
celle d'un homme dont le destin fut de ne jamais connaître
sa mère : enfin, il lui est donné de la voir, de l'entendre,
de la toucher, de la sonder, mais cette mère demeure un absolu
à jamais impossible à atteindre. Ce roman (on optera
pour ce terme...) est l'histoire de ces retrouvailles ébauchées,
jamais pleinement réalisées entre cette mère
et son fils, en terrain neutre : ni l'Allemagne, où le narrateur
est exilé depuis de nombreuses années, ni l'Iran,
d'où vient sa mère. Ils se revoient donc à
Toronto, où elle séjourne chez l'un de ses fils.
Mais le narrateur prend conscience d'être doublement orphelin
: de son pays, qu'il a fuit par deux fois (l'Iran du Shah puis celle
de Khomeyni) et de sa mère, qui raconte avoir été
séparée de lui de force par sa belle-famille. Les
"paysages" qu'il ne peut atteindre sont ainsi à
la fois géographiques et maternels, deux rivages inabordables,
la terre et la mère se confondant sans cesse. Des paysages
impossibles à saisir comme un tout cohérent, un morcellement
parfaitement évoqué par la série de courts
blasons qu'il dédie à cette mère qui feint
l'affection : Tes mains, Tes genoux, Tes cheveux, et Ton
sourire, qui achève l'inventaire :
"il n'existait pas.
tu n'as jamais souri."
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Le
lecteur comprend peu à peu l'amertume qui habite le
narrateur ainsi que ses souffrances qui vont au-delà
de cette rencontre avortée et profondément décevante
: c'est un voyage entrecoupé de rêves, un va
et vient nostalgique entre la réalité de l'exil
et les souvenirs d'une enfance sans mère. Puis le sentiment
d'insécurité laisse la place à une colère
sourde contre cette "icône", "statique
et lointaine, produit d'une raison réaliste, sans souvenir."
Mais si ce monologue ne touche pas la femme auquel il est
adressé, le lecteur reste sous le charme de cette langue
sobre, ce style brut, presque télégraphique,
qui met à nu les déceptions d'un homme exsangue,
dans un livre qui est un "adieu" à
la fois à la mère et au pays : "Je
vous ai aimés tous les deux, à ma manière
(...) au fil du temps, vous m'êtes devenus tous les
deux inaccessibles."
Blandine
Longre
(octobre 2003) |

Editions
Métailié
http://www.metailie.info/
http://www.metailie.info/reponses/livre.asp?ID=729
http://perso.wanadoo.fr/calounet/resumes_livres/said_resume/said
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