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Théâtre
Comédia
4 boulevard de Strasbourg
75010 Paris
01 42 38 22 22
Sagite
et se pavane
est une uvre de théâtre importante. Jusquà
ce jour, Ingmar Bergman refusait lautorisation de la représenter.
Il vient den confier la création mondiale au TNP
et au Studio 24.
Le studio cinématographique de la rue Émile Decorps
à Villeurbanne est le premier studio professionnel construit
en province depuis 83 ans. Au 24 de la rue Émile Decorps,
une nouvelle aventure commence, importante pour la décentralisation
cinématographique française et pour notre région
dans le cadre de lEurope de demain. Nous remercions Ingmar
Bergman de nous permettre dinaugurer ce nouvel espace
avec lune de ses uvres. (Roger Planchon)
Coproduction
TNP-Villeurbanne, Studio 24-Compagnie Roger Planchon
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Création
mondiale au Studio
24, Villeurbanne
le 7 novembre 2002
Studio
24
24, rue Emile Decorps - 69100 Villeurbanne
texte français : Carl-Gustaf Bjurström et Lucie
Albertini
avec Denis Benoliel, Jackie Berroyer, Thomas Cousseau, Judith
Henry, Bulle
Ogier, Roger Planchon, ...
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Shakespeare,
Bergman, Planchon et le théâtre cinématographique.
Pour
Ingmar Bergman, cinéma et théâtre ne font qu'un,
montages d'images et assemblages de visions qui concourent à
créer un univers esthétique unique. Roger Planchon
l'a bien compris, en entreprenant de mettre en scène, pour
la première fois, S'agite et se pavane, un
texte que Bergman
avait déjà adapté dans un téléfilm
intitulé "Larmar och gör sig till"
(In the presence of the clown) présenté au
festival de Cannes 1998 dans la catégorie Un certain regard.
Mais Bergman souhaitait voir ce texte joué au théâtre
et la mise en scène confiée à Roger Planchon
exploite à la perfection la thématique théâtrale
omniprésente : S'agite
et se pavane est d'abord du théâtre qui parle
de théâtre et de cinéma, une pièce dont
le pivot est un personnage émouvant, pitre et damné
tout à la fois : Carl Akerblom,
l'oncle de Bergman (déjà mis en scène dans
Fanny et Alexandre), un passionné de Schubert, un inventeur
excentrique, monomane, dont les nerfs fragiles lui valent plusieurs
séjours à l'asile.
| C'est
dans l'un de ces lieux glaçants que nous le découvrons
pour la première fois, en 1925, vêtu de blanc,
déambulant sans relâche entre les lits à
barreaux : incarné par Jackie Berroyer, dont l'interprétation
(volontairement ?) tâtonnante, voire bredouillante, s'accorde
parfaitement à ce personnage tragico-loufoque, il est
tour à tour allègre et sombre, son esprit torturé
par d'obsédantes interrogations (qu'a ressenti Schubert
en découvrant sa syphilis ?), meurtri par le souvenir
de ce qu'il a infligé à sa fiancée Pauline,
agitée par les soubresauts d'une curiosité permanente,
par un cerveau bouillonnant d'inventions et de projets avortés,
qu'il ne parvient pas à faire breveter. |
Jackie
Berroyer / Roger Planchon
© Christian Ganet
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Dans
la salle d'hôpital aux lumières livides, aveuglantes,
un autre patient survient, Vogler (Roger Planchon), un vieux professeur
cocasse (il appartient à la franc-maçonnerie des péteurs
en liberté...) et très riche, qui s'entiche de Carl.
Entre deux élucubrations désespérées,
Carl et Vogler parviennent à monter un projet insensé
qui pourra enfin permettre à Carl de faire découvrir
au public sa toute dernière invention, le cinéma parlant
: durant la projection d'un film, des comédiens dissimulés
derrière l'écran sont censés réciter
le texte... Un procédé totalement absurde en soi,
mais très finement imaginé par Bergman car en réalité,
l'invention de l'oncle Carl est en quelque sorte le compromis bergmanien
entre théâtre et cinéma, une tentative pour
réconcilier et unir les deux arts, prouver leur interdépendance.
Carl
quitte l'hôpital psychiatrique, le décor pivote et
nous le retrouvons, accompagné de sa fiancée Pauline,
dans la salle municipale de sa petite ville natale : "La
joie de la fille de joie", le film qu'ils vont présenter
le soir même, retrace les dernières années de
Schubert et son amour pour une jeune prostituée de luxe (une
invention narrative de Carl Akerblom).
Cela
fait quelques temps déjà que Carl, Vogler et Pauline
ont entamé une tournée, loin d'être triomphale
: "the living moving picture" n'a pas le succès
escompté et Pauline sait que le temps et l'argent viennent
à manquer ; en brave jeune fille amoureuse d'un vieux fou,
Judith Henry est très convaincante et parvient, par la vivacité
gracieuse de son jeu, à illuminer l'espace théâtral
; la passion de Pauline pour Carl (d'abord incompréhensible)
n'en fait pas une naïve ; elle sait qu'il a déjà
tenté de la tuer, qu'il est capable de tout, mais son courage
et sa foi en lui sont inébranlables.
Lucide,
Carl l'est aussi : sa folie n'est qu'une façade, le symptôme
aigu d'une conscience aux aguets, malade d'avoir trop bien compris
que la vie n'est qu'une illusion, que la mort rôde, que le
sort de l'humanité est entre les mains de fantômes
: la mort mène le jeu, incarnée par une femme-clown
aux seins pointus, Rigmor, un clown blanc macabre, autoritaire,
et qui dirige les entrées et les sorties, qui envahit l'esprit
de Carl quand tombe la nuit.
| Personnage
shakespearien, Rigmor (Françoise Brion) illustre admirablement
le discours de Macbeth, d'où est tiré le titre
de la pièce de Bergman : « La vie n'est qu'une
ombre errante, un pauvre comédien qui s'agite et se pavane
une heure sur scène et qu'ensuite on n'entend plus ;
une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et
de fureur, qui ne signifie rien ». La célèbre
tirade (qui a aussi inspiré, en son temps, William Faulkner
alors qu'il composait Le bruit et la fureur) plane sans
répit sur la scène, justement, où se déroule
l'histoire tragi-comique de Carl, un fou ou un idiot aux yeux
des autres, menée par un clown lubrique, implacable,
au rictus glacial. S'agite et se Pavane est une pièce
où le procédé de mise en abyme se déploie
sans relâche, se déroule à l'infini : quand,
dans la salle de spectacle, les plombs sautent, la séance
de projection du film est annulée, et Carl et sa troupe,
sous les yeux émerveillés de leur maigre public
venu voir du cinéma parlant, réinventent le théâtre,
une improvisation artisanale à la lueur des bougies.
Le théâtre serait-il plus authentique que l'art
cinématographique ? La mise en scène, sans défaut,
fait alors sens : Planchon, acteur, metteur en scène,
joue un vieux professeur qui joue d'autres rôles, et met
en scène la vie de Schubert, tout en assistant à
la même scène, jouée par des ombres, les
fantômes de Schubert et de la petite courtisane, qui s'agitent
sur une autre scène dans la demi-pénombre, disposée
à l'arrière-plan... |

©
Christian Ganet

©
Christian Ganet
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L'influence
shakespearienne saute aux yeux du spectateur, étourdi par
ces dédoublements successifs ou simultanés : du théâtre
dans le théâtre dans le théâtre... La
rhétorique spiralée de Shakespeare (la vie n'est qu'un
théâtre, l'homme n'est qu'une ombre sur la scène...
tout ce qu'il n'a cessé de réitérer tout au
long de son oeuvre), est poussée à l'extrême,
amplifiée par la présence de la technique cinématographique
(le film de quelques minutes tourné par Carl et montrant
les souffrances d'un Schubert syphilitique est un pur moment d'hilarité)
; car même si à travers cette oeuvre, Bergman et Planchon
semblent vouloir nous dire que le théâtre est certainement
le plus grand des arts, le cinéma n'en perd pas sa place
pour autant et demeure toujours là, en filigrane, évoqué
par la forme même de la mise en scène : on nous propose
un théâtre en noir et blanc et en dégradés
de gris, accentués par le choix des costumes (Franca Squarciapino)
et par la mise en lumière blafarde (réalisée
par André Diot), du cinéma théâtral en
noir et blanc, du théâtre cinématographique...
S'agite et se pavane est une fantasmagorie
vertigineuse jusqu'à l'excès, qui ne signifie plus
rien tant elle veut signifier, à l'image d'un monde sans
dieu (ainsi que Carl se l'imagine), ou à l'image de l'oncle
Carl à la frontière qui sépare folie et clairvoyance.
Que reste-t-il à l'homme en quête d'un sens à
son existence absurde ? Que lui reste-t-il, si ce n'est l'art ?
Outre les comédiens (citons aussi, entre autres, Thomas Cousseau
et Bulle Ogier), dont les performances procurent de vrais plaisirs,
cette pièce est ainsi menée par un exceptionnel trio
: Shakespeare, Bergman, Planchon, une collaboration de taille.
Blandine
Longre
(novembre 2002)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

Théâtre
Comédia
http://www.theatrecomedia.com/
Roger
Planchon
http://www.letemps.ch/livres/Critique.asp?Objet=167
TNP
http://www.tnp-villeurbanne.com
http://www.ute-net.org/
Bergman
http://www.festival-cannes.fr/perso/index.php?langue=6001&personne=638
http://www.cyberpresse.ca/reseau/arts/0206/art_102060105668.html
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