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Passage
assuré
Il y a trois
ans, Théodore, dit Aisselle, était pensionnaire au
terrible Camp du Lac Vert et faisait partie du groupe D avec Stanley
Yelnats. Il avait écopé de cette peine pour avoir
renversé un pot de pop corn dans un cinéma et provoqué,
sans le vouloir, une bagarre. Il avait 14 ans à l’époque.
Lorsque ce récit commence, Théodore a donc 17 ans,
il ne supporte pas qu’on l’appelle Aisselle –
cela lui rappelle de fort mauvais souvenirs – mais il continue
à creuser des trous ! Son séjour en enfer lui a, entre
autres, servi à cela : devenir un expert en aménagement
de jardins et en maniement de pelle. Tout en allant au lycée,
il travaille pour une société de jardinage ; son patron
n’ignore rien de son passé et apprécie son travail.
Théodore veut s’en sortir et s’est fixé
des objectifs vers lesquels il avance pas à pas : «
1/ Réussir ses examens. 2/ Trouver en emploi. 3/ Faire
des économies. 4/ Eviter de se fourrer dans des situations
qui risquaient de dégénérer. 5/ Se débarrasser
de son surnom d’Aisselle. »
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Aussi,
lorsque X Ray, ancien camarade de camp, débarque au
volant de sa vieille Honda Civic rouillée, Théodore
se méfie et sent venir les embrouilles. X Ray lui propose
un plan qui paraît infaillible pour s’enrichir
sans suer : acheter plusieurs billets du prochain concert
de Kaira DeLeon, qui cartonne au Hit Parade avec son tube
Alerte rouge, et les revendre beaucoup plus cher
aux fans démunis de ces précieux Sésame.
Théodore doit seulement investir 600 dollars, toutes
ses économies ! Il se lance tout de même dans
l’affaire, avec beaucoup de réticences, mais
X Ray use d’une grande force de conviction. Il en parle
à Ginny, sa petite voisine de dix ans, sa seule amie,
qui souffre d’une maladie très handicapante,
une paralysie cérébrale qui l’empêche
de marcher et de parler correctement alors qu’elle est
très intelligente. Les gens qui ne la connaissent pas
la prennent pour une « débile ». |
Ces billets
de concert entraînent Théodore dans une aventure qu’il
n’aurait pu imaginer, le propulsent dans le monde pailleté
du show-biz en compagnie d’une jeune fille mal à l’aise
dans son statut de star et dans le monde de requins dans lequel
elle évolue à vue. Pas à pas,
c’est aussi une rencontre entre adolescents qui n’appartiennent
pas aux mêmes sphères, mais qui ont une histoire douloureuse
et souffrent de handicaps divers.
Ce roman, si on le lit en le comparant au Passage,
est moins fort, moins radical. Il est néanmoins intéressant
et saura toucher de nombreux lecteurs adolescents, filles et garçons.
Dans tous les romans de Louis Sachar, il est question de passage,
de transition entre des univers, des sphères sociales, entre
l’adolescence et l’âge adulte, entre des gens.
La plupart des personnages adolescents qu’il met en vie ont
la particularité d’être malmenés par la
vie et peu aidés par les adultes. C’est à eux
de se débrouiller et d’essayer de s’en sortir
malgré tout. Heureusement ils sont animés par une
volonté forte qui leur assure le passage.
Pas à Pas ne fait pas exception.
Théodore, Ginny et Kaira sont livrés à eux-mêmes
et les adultes qui les entourent, si ce n’est la mère
de Ginny, ne sont guère attentifs. Les parents de Théodore
ne croient pas en leur fils, ceux de Kaira ne pensent qu’à
l’exploiter et à surfer sur son succès pour
s’enrichir.
La démission du monde adulte marque l’œuvre de
Sachar et lui donne une tonalité pessimiste, compensée
il est vrai par de formidables moments et de belles leçons
de vie. C’est ce qui en tisse la complexité et toute
la richesse !
La genèse
Louis Sachar
a mené longtemps de front deux activités professionnelles
: avocat, et écrivain. Il finit par abandonner la première
lorsque ses livres commencent à se vendre. En 1998, il publie
Holes, qui remporte rapidement un vif
succès, traduit dans le monde entier et figurant longtemps
sur la liste des bestsellers du New York Times.
Souvenez-vous,
en 1998, Louis Sachar publiait ce texte terrible et magnifique,
Holes, traduit en français par
Jean-François Ménard sous le titre Le
Passage et publié en 2000 par L’Ecole
des Loisirs. Roman de vie, roman d’aventures, western et road
movie, roman initiatique, poignant, prenant, qui ne peut laisser
ni adolescents ni adultes indifférents
« Holes » en anglais : c’est bien de
trous en effet dont il est question : trous dans la vie, dans le
cœur, dans la tête de ceux qui les creusent, trous dans
le sol, dur et hostile du Camp du Lac Vert.
Le Camp du Lac vert, malgré son nom exotique, n’est
pas un lieu de villégiature. Il n’y a pas de lac, juste
un camp pour adolescents délinquants auxquels on donnerait
une deuxième chance avant la prison. Il n’y a rien
autour du camp, que le désert. Il y fait 35° à
l’ombre, le paradis pour les serpents à sonnettes,
les scorpions et les lézards à taches jaunes, très
dangereux. C’est donc dans cet enfer sur terre que séjournent
pour quelques mois les « mauvais garçons » que
l’on oblige dès l’aube à creuser un trou
de 1,50 m de diamètre. Un trou chaque jour, immuablement.
C’est leur seule occupation, qui les vide de toute énergie,
qui les empêche de se rebeller, qui les fait fondre au sens
propre du verbe. Une poignée d’adultes les encadre
: Mr Monsieur, Mr Pendanski et le terrible Directeur, qui est une
femme. Ils sont durs, impitoyables et l’on comprend au fil
du récit que leurs motivations ne sont ni pédagogiques
ni humanitaires mais qu’elles ont à voir avec le passé
de la région.
Stanley Yelnats, jeune noir issu d’une famille pauvre, est
innocent du délit qui lui fait tout de même écoper
de dix-huit mois de trous. Il intègre le groupe D composé
de Calamar, X Ray, Aimant, Aisselle, Zigzag et Zéro. Chacun
d’eux utilise un surnom qui marque symboliquement l’entrée
dans un autre monde et Stanley reçoit rapidement celui de
L’Homme des cavernes. Chaque groupe fonctionne à l’écart
des autres, sans véritable entraide ni amitié, respectant
cependant l’autorité de X Ray qui impose une hiérarchie
très stricte.
En creusant son premier trou le premier jour, Stanley croit ne pas
survivre, il est le dernier à finir, il a le corps moulu,
la tête vide et les mains blessées. Il met du temps
à apprendre, à accepter son sort, à comprendre
le fonctionnement du camp, à percer à jour ce que
cherchent véritablement le Directeur et ses sbires. Il trouve
aussi un ami en la personne de Zéro, celui dont personne
ne veut et que chacun méprise, Zéro, analphabète
mais expert en trous, à qui il va apprendre à lire.
Ensemble, Stanley et Zéro vont vivre une aventure unique,
douloureuse et heureuse à la fois, qui change leur vie et
leur vision du monde.
Louis Sachar a écrit un roman formidable, récit initiatique
d’une très force, chronique sociale, histoire de vie,
de haine et d’amitié très émouvante.
Les camps comme celui que L. Sachar imagine existent et l’on
peut s’interroger sur la portée éducative de
tels lieux, qui tiennent surtout du bagne où il s’agit
de briser les individus et leurs velléités de rébellion.
En cela, Le Passage constitue un véritable
réquisitoire contre une justice expéditive et partiale,
qui punit mais qui n’éduque pas. Les adultes du camp,
à l’exception de l’un des conseillers d’éducation,
sont épouvantables, utilisant leurs pensionnaires à
des fins personnelles. La violence que montre L. Sachar n’est
pas spectaculaire, les adolescents ne sont pas battus ni torturés
physiquement. Mais néanmoins, la violence à laquelle
ils sont soumis est omniprésente, elle réside dans
l’arbitraire et la rapidité de leur condamnation, dans
l’attitude non respectueuse des adultes, dans les relations
qu’ils entretiennent les uns avec les autres, dans l’extrême
rigueur de leur environnement.
Sur le plan de l’écriture, cette violence est rendue
par des phrases courtes et lapidaires, par un ton très mesuré,
presque détaché, qui donne plus de portée et
de force aux propos, par une remarquable économie de mots.
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Le
Passage est aussi un bon roman d’aventures,
un récit initiatique très fin dans l’analyse,
qui raconte la lutte pour survivre. Les personnages sortent
(quand ils s’en sortent !) de là transformés
en profondeur et marqués à jamais. Stanley Yelnats
est un personnage très positif qui mobilise intelligemment
toutes ses ressources pour survivre d’abord et se projeter
dans un futur meilleur ensuite. Par contraste, le dénouement
du roman, très « happy end », paraît
un peu trop idyllique et romanesque.
L’Ecole des loisirs publie à nouveau le roman
sous le titre La Morsure du lézard,
avec en première de couverture une photographie tirée
du film que viennent de produire les studios Disney |
Catherine
Gentile
(septembre 2006)
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature
de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant
plus de quinze ans.

www.louissachar.com
http://www.ecoledesloisirs.fr/index.html
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