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François
Sabatier, professeur au Conservatoire national supérieur
de musique de Lyon, est un historien de l’art et de la musique.
Son imposant ouvrage est effectivement une étude à
caractère chronologique, dans une perspective socio-historique
et artistique ; mais c’est aussi et surtout un livre sur la
musique dans les œuvres littéraires, plus que dans leur
périphérie (biographies d’auteurs, commentaires
critiques). La question centrale (« Comment suggérer
la musique avec les mots ? ») est posée à
propos de la fiction et de la création, et les préoccupations
de l’auteur sont à la fois historiques, littéraires,
esthétiques et philosophiques.
Au fil de ces
700 pages, on rencontre, comme il se doit, les prosateurs dont les
œuvres sont fortement marquées par la thématique
et l’écriture musicales : Rousseau, musicien avéré,
Diderot, dont Le neveu de Rameau, entre autres, atteste
les goûts musicaux, Chateaubriand et les Mémoires
d’outre-tombe, Stendhal et ses Vies de musiciens,
George Sand, l’« idéaliste romantique »
qui, notamment, pose le problème des rapports de la vertu
et de la morale avec l’activité artistique ; Huysmans,
à propos duquel est longuement développée la
question du grégorien ; Gide, dont la musicalité de
La symphonie pastorale et des Faux-Monnayeurs
est justement rappelée ; Romain Rolland, spécialiste
d’histoire de la musique, auteur de Jean-Christophe,
qui relate en 10 volumes la « destinée orageuse
» d’un musicien allemand fictif ; Proust évidemment,
inventeur de nombreux personnages musiciens (et pas seulement de
Vinteuil), se référant aussi à beaucoup de
compositeurs et interprètes « réels »
(Bach, Mozart, Wagner, César Franck, Debussy, Reynaldo Hahn
etc.), Proust chez qui la métaphore musicale est reine.
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Au-delà
des figures attendues, François Sabatier ne néglige
pas celles dont les écrits sont moins notoirement musicaux
: Voltaire, Balzac (à propos duquel un chapitre entier
dénombre et décrit les personnages de musiciens
et chez qui se développe une « conception
progressiste et spiritualiste de la musique »),
Flaubert, les Goncourt, Champfleury, Maupassant, Zola (dont
la série des Rougon-Macquart fait l’objet d’une
analyse détaillée), Daudet, Taine, Jules Verne,
Anatole France, Paul Bourget, Alain-Fournier, Pierre Loti,
Jules Renard…
Descriptions
minutieuses, examens rigoureux (qui n’excluent pas les
tableaux analytiques), lectures approfondies : rien ne semble
échapper à l’auteur, ni les analogies
entre fiction et réalité (par exemple à
propos de la Sonate de Vinteuil dans A la recherche du
temps perdu), ni les interrogations cruciales, par exemple
sur la validité littéraire de l’improvisation
(à propos de Jules Janin) ou, en conclusion, sur le
goût musical en France et sur la présentation
que fait la fiction romanesque des mystères de la création. |
Voilà
donc un important travail de compilation (au sens positif du terme),
d’analyse, de réflexion historique et artistique –
complété par une très utile bibliographie et
des index très pratiques (matières et noms). Resterait
à effectuer les mêmes recherches sur la poésie,
par exemple du Romantisme à aujourd’hui, en passant
par Baudelaire, Verlaine, Mallarmé, Apollinaire… Vaste
programme !
Jean-Pierre
Longre
(décembre 2004)
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème siècle
à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une
thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

http://www.fayard.fr
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