|
Avec
Saadi Afshar dans le rôle du noir, Gholam Reza Amiri, Mahindokht
Boujar, Raheleh Haddadi, Mohsen Magami, Mohamad Reza Llbeigi, Leïla
Mohamadi, Ezatellah Anjami, Fatemeh Shadizadeh, Behrouz Taghvaei,
Bahram Sarvari Nejad
Direction
de troupe et décor Saleh Panahi; musique Afshar (zarb, chant),
Bâhar (kamântché, violon); réalisatrice
du film Siah Bâzi, les ouvriers de joie et coordinatrice
artistique en France, Maryam Khakipour.
Les
audaces du Noir
On connaît
le beau rêve de Christian Scharetti, directeur du TNP, de
créer un « Théâtre des Nations »
: c’est l’Iran qui aujourd’hui vient prouver encore
tout l’intérêt de ce rêve, avec le spectacle
Siah Bâzi (« Jeu du Noir »)
porté par le comédien Saadi Afshar.
L’ensemble
commence par la projection du film de Maryam Khakipour Les
ouvriers de joie, faisant état de la difficulté
de faire du théâtre en Iran : l’heure est à
la tristesse, dans ces décombres filmiques où les
comédiens parlementent, sans décor ni costume, sur
la fermeture de leur théâtre. Mais c’est un des
principes de ses généreux « ouvriers de joie
» que de lutter contre les larmes, par la musique et par l’humour
: le théâtre est mort (assassiné), vive le théâtre
! Dans la seconde partie du spectacle, purement théâtrale
celle-là, nous quittons l’Iran des interdits, de la
misère, des femmes cachées et prostrées, pour
l’Iran des traditions, des fêtes populaires, du raffinement
artistique, des costumes colorés, des sources mirifiques
et des palais du sultan, et, bien sûr, avant tout, de la musique
et des chansons. La première partie aura ainsi humblement
mis en relief l’impressionnante beauté de l’art
théâtral, lorsque, derrière un spectacle léger
et drôle, se mène un combat silencieux, dramatique
et grave, contre l’ordre politique du monde, pour la résistance
de la culture.
Vieux de plusieurs
siècles, le « Siah Bâzi » est un théâtre
populaire au sens fort du terme : universel, chaleureux, vivant,
pluriel, alliant les blagues les plus lestes aux pointes les plus
engagées, baignant dans le désarroi contemporain tout
en respirant une morale vieille comme le monde. Personnage central
du spectacle, le « Noir » (le comédien a le visage
couvert de suie) est une sorte d’Arlequin, bougon et audacieux,
un clown sage et subversif, un petit Diogène ridicule, railleur
et bon vivant, un Nasreddin Hodja mal dégrossi, excellant
dans la dérision des affres minuscules de la vie à
deux avec Bobonne, comme dans la critique des puissants et de leur
distance vis-à-vis du peuple. Le Noir, c’est le peuple,
libéré, le peuple des jours de carnaval, obscénité
et bon sens, indécence et intelligence… Ici, le renversement
comique des valeurs s’appuie sur une trame classique –
l’homme simple devient sultan, le sultan se retrouve parmi
le peuple. Largement ouvert à l’improvisation, le «
Siah Bâzi » crée immédiatement une sympathique
complicité avec le public. La parole est vive, truffée
de jeux de mots ; simples et efficaces les saynètes entre
le Sultan et ses proches, ou entre le Noir et sa bonne femme, et
partout, tout le temps, le rythme du zarb, les volutes du violon,
les chants et les danses, la musique, facétieuse, entraînante,
irrésistible…
Nicolas
Cavaillès
(juin
2007)

http://www.tnp-villeurbanne.com
|