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Histoires
de familles…
Les six récits
qui composent ce recueil ont été publiés entre
1998 et 2003 : des échantillons, en somme, du travail graphique
et littéraire de Rutu Modan, artiste israélienne
jusqu’alors inconnue en France, et qui signe aussi les illustrations
d'un ouvrage jeunesse en librairie depuis peu, Fou de Cirque.
Du strict
point de vue de l’illustration, il serait vain de chercher
une homogénéité dans ce florilège (un
aspect encore plus flagrant dans Substance Profonde de
l’artiste amie Batia Bolton,
publié simultanément dans cette collection) et c’est
plutôt du côté des thèmes abordés
et des préoccupations auctoriales que l’on trouvera
matière à parler d’harmonie : troubles psychiques
ou affectifs, familles déconstruites ou recomposées,
individus brisés par les carcans des règles sociales
et collectives, espoirs avortés... l’auteure décrit
et reproduit les perturbations de microcosmes qui lèvent
le voile sur des dysfonctionnements à plus grande échelle.
C’est le cas de Jamili, qui s’inscrit
ouvertement dans le contexte sociopolitique israélo-palestinien,
en mettant en scène la rencontre émouvante, point
nodal du récit, d’une jeune infirmière fiancée
à un imbécile (raciste de surcroît) et d’un
terroriste palestinien qui s’automutile lors d’un attentat
raté : deux individus que tout sépare et qui, dans
un autre contexte, auraient pu s’unir.
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Dans
Retour à la maison, une autre
jeune femme, Méli, attend le retour hypothétique
d'un époux pilote, disparu au Liban six ans plus tôt,
tandis que Max, amoureux d’elle, tente de la convaincre
de l'impossibilité d'un retour ; mais le beau-père
de Méli se nourrit de cette attente et quand, un jour
d’été, un avion non-identifié survole
la plage du kibboutz, le vieil homme est convaincu que c’est
celui de son fils… jusqu’à ce que l’armée
de l’air intervienne. Les personnages, gauches et naïfs,
sont représentés sur un fond uniforme, un ciel
trop bleu pour être vrai, sur lequel se superposent soudain
des avions de chasse puis les fumées grossièrement
crayonnées qui émanent de la carcasse de l’appareil
abattu. Le ciel redevenu bleu, la réalité d’une
violence aveugle, caricaturale, s’évapore elle
aussi, laissant de nouveau place à l’illusoire
espérance. |
Ailleurs, c’est
en huis-clos que se déroulent les événements
; ainsi Energies bloquées relate
le drame d’une femme abandonnée par son mari et qui
subvient aux besoins de ses deux filles grâce à un
don étrange (« des pouvoirs curatifs dans les mains.
De l’électricité qui guérit toutes les
maladies »), mais l’ambiance familiale n’inspire
pas le bonheur, les deux jeunes femmes exploitant la passivité
dépressive de leur mère. Même chose dans Jadis,
le long récit d’une quête familiale et affective
; un roman d’apprentissage, en quelque sorte, se déroulant
dans un hôtel à thèmes tenu par deux sœurs
dont les parents sont morts dans un incendie.
Hormis la mise en images d’une nouvelle d’Etgar Keret
– qui lui aussi a inspiré Batia Kolton – Bitch,
le clou du recueil demeure L’assassin culotté
(The Panty Killer), une tragi-comédie policière
délivrée sur le mode parodique : le meurtrier en question,
non content de poignarder des innocents, les ridiculise en affublant
leur tête de leur culotte… Là encore, une histoire
de famille est à la source de l’intrigue, une relation
mère-fille qui tourne mal. La violence est ici tournée
en dérision, comme pour exorciser ses ravages (bien réels
en Israël), et demeure bel et bien omniprésente tout
au long de ce talentueux album.
Blandine
Longre
(février 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.


Fou
de cirque d'Edgar Keret,
illustré par Rutu Modan
Albin Michel Jeunesse, 2005 |
Rutu
Modan,
auteure BD et illustratrice renommée en Israël,
fonde en 1995, avec quatre autres dessinateurs (dont Batia
Kolton), une maison d’édition à
Tel Aviv : Actus Tragicus. Elle a recu, en
1997, le Year Award qui récompense une jeune
artiste et, en 1998, l’Award de la meilleure
illustratrice pour enfants du Youth Department of the Israël
Museum. Elle a publié plusieurs histoires dont deux
sur des scénarios d'Etgar Keret.
http://www.actustragicus.com/
et
http://www.actustragicus.com/outofdate/
dans
la même collection
Adieu, Maman
Paul Hornschemeier, Actes Sud BD, 2005
http://www.actes-sud.fr/BD/1.asp
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