Entretien avec...Rosie Rushton

 

 

Rosie Rushton, un optimisme contagieux

Pocket Jeunesse publie « Une semaine d’enfer pour… », série pour adolescents de l’anglaise Rosie Rushton : six tomes pour s’immerger dans la vie trépidante d’Amélie, Tatiana, Cléo et Jade, quatre collégiennes plus vraies que nature. Rencontrée à l’occasion du Festival du Livre de Cherbourg, l’auteur livre sa philosophie : face aux embûches de l’adolescence, rien de tel que le second degré pour prendre du recul, apprendre et rebondir. Démonstration.


Quel a été le déclencheur de la série…

J’ai eu l’idée d’un livre qui se déroulerait de 7h du matin le lundi à 9h du soir le dimanche et où les situations basculeraient selon les changements d’humeur des personnages, cette émotivité à fleur de peau qu’on retrouve à l’adolescence. Au départ, l’éditeur voulait que le livre se déroule pendant un week-end, mais je tenais à rendre compte de leur vie sociale, des intrigues qui se nouent pendant la semaine au lycée.

Vos personnages sont-ils inspirés par vos rencontres en ateliers d’écriture dans les collèges…

Même s’ils reprennent des traits d’adolescents que j’ai pu rencontrer, ils sont inventés. Je tiens toujours à inventer chaque personnage, car je crois qu’on ne connaît de quelqu’un seulement ce qu’il veut bien nous dévoiler, alors qu’un personnage, on est à même de tout connaître de lui. Cependant, mes quatre personnages reflètent bien les quatre styles principaux d’adolescents que j’ai pu croiser. A ce propos, dans l’édition française, j’ai constaté que le prénom de deux d’entre eux avaient changé, Tanzie notamment, devenue Tatiana. Or Tanzie est une fleur qui pousse dans les bois et si elle a été nommée ainsi, c’est qu’elle y a été conçue, ce qui se révèlera un indice majeur par la suite dans la recherche de son père.

Que pensez-vous de l’appellation « chicklit», étiquette pour des livres destinés aux filles…

Je n’aime pas ce terme. Dans tous mes livres, les garçons ont une place très importante. C’est un terme réducteur, qui donne l’impression qu’il s’agit d’une littérature superficielle. Or tous mes livres traitent de sujets sérieux : Tatiana essaie de retrouver son père, Cléo, dont les parents ont toujours sous-entendu qu’elle était responsable de la mort de sa sœur, va les faire tomber de leur piédestal, Jade est orpheline — ses parents sont morts dans un accident de voiture quand elle avait douze ans —, et manque d’une présence maternelle. Quant à la dernière, Amélie, elle va devoir affronter les ennuis de santé de son père, âgé de presque soixante-dix ans.

Même si vos livres abordent des questions sérieuses, on sourit beaucoup en vous lisant…

J’aime manier l’humour quand j’écris. Vous savez, dans la vie, quand vous être confronté à un problème, vous avez une alternative : vous pouvez pleurnicher ou prendre du recul et vous dire que tout finira par s’arranger. Si les adolescents pouvaient apprendre à rire d’eux-mêmes, je crois que ça les aiderait à grandir.

Dans le premier tome, vous écrivez : « ta vie dépend de toi, non de tes parents »…

Ces livres s’adressent à des ados entre 11 et 14 ans et je sens qu’à cet âge, ils cherchent leur propre identité. D’un côté, vous avez les parents, en général assez dirigistes et de l’autre, les enfants qui doivent apprendre à faire leurs choix, quitte à faire des erreurs. Et c’est vrai que cette idée revient tout au long de la série. Dans les derniers à paraître en France, j’espère avoir réussi à faire comprendre que, bien qu’ayant fait des erreurs, chacun des personnages arrive à un stade où il se connaît mieux et comprend mieux ses amis.

L’amour est également très présent…

Vous savez, de nos jours, beaucoup d’adolescents pensent que le sexe est indispensable dans une relation, alors qu’en fait, s’il y a bien quelque chose de primordial, c’est l’amour !

Quand avez-vous commencé à écrire…

Ma première série a été publiée en 1993. A l’époque, j’étais journaliste, j’avais trois filles et ma plus jeune a changé d’école pour passer d’une petite école privée à une grande école publique où elle a dû se battre pour trouver ses marques. Ça m’a donné l’idée d’écrire un guide amusant sur comment survivre à l’école. L’éditeur m’a ensuite lancée sur le thème de l’amitié et… Me voilà !

On vous lit comme on regarderait un film…

C’était mon objectif. Je crois que la vie des adolescents passe par l’image — télé, ordinateurs, SMS. Je voulais que la structure du livre reflète ça. Dans un des épisodes qui sort l’année prochaine, l’une des filles perd son mobile et celle qui le trouve s’en sert pour lui voler son petit ami en envoyant une photo à celui-ci, sur laquelle elle est en compagnie d’un autre.

Qu’est-ce que vous lisiez adolescente ?

Je lisais tout ce qui me passait sous la main : de Jane Austen, pour qui j’avais une passion, aux histoires de chevaux. J’étais enfant unique et j’avais pour habitude de filer au fond du jardin avec un livre. Ma mère me disait : « Encore fourrée avec un livre ! ». D’ailleurs, je continue à me passionner pour tous les livres, tous genres confondus.

Adolescente, auriez-vous aimé lire « Une semaine d’enfer pour… » ?

J’aurais adoré, car les livres que je lisais alors me replongeaient dans le passé, mais aucun d’eux ne parlaient de ma vie, de moi en tant qu’adolescente, de ce que je pouvais ressentir ou des problèmes que je pouvais rencontrer. J’aurais probablement dépensé tout l’argent de mes parents pour acheter ce genre de livres ! Et d’une certaine façon, j’écris aussi pour l’adolescente qui vit toujours en moi.

propos recueilliset traduits par Maïa Brami (juin 2006)

Née en 1976, Maïa Brami est écrivain — pour petits, moyens et grands! — et journaliste. En parallèle aux ateliers d'écriture dans les écoles et lycées, elle anime une chronique hebdomadaire sur la littérature Jeunesse dans l'émission Au fil des pages, diffusée sur les ondes de RCF. Après un premier roman, Vis ta vie Nina (Grasset Jeunesse, Prix Chronos 2002) elle a reçu en juin 2005 le Prix Matti Chiva de l'Institut Danone pour un album, Goûte au moins! (éditions Circonflexe). Derniers titres paru : Mon arbre ami illustré par Ingrid Monchy (Les albums Duculot, Casterman, 2005) et un roman, Norma (Folies d'Encre, 2006)

 

Actualité
Une semaine d’enfer pour rester zen, Pocket Jeunesse 2006
Une semaine d’enfer pour éviter la catastrophe, Pocket Jeunesse 2006

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