Antonin Dvorák


du 7 au 22 novembre 2001
Opéra national de Lyon

Nouvelle production
Conte lyrique en trois actes (1901)
Livret de Jaroslav Kvapil

En tchèque, surtitré en français
durée : environ 3h15

 

conférence de Mildred Clary le 7 novembre à 18h30

Direction musicale Iván Fischer
Mise en scène Jean-Claude Berutti
Dramaturgie et collaboration à la mise en scène Rosine Lefebvre
avec orchestre et choeur de l'Opéra

Un des choix d'Iván Fischer pour son travail à l'opéra de Lyon était d'offrir au public lyonnais « au moins une fois en 10 ans, les grands ouvrages sans qu'il soit obligé de se déplacer à Paris ». C'est chose faite avec cet opéra de Dvorák, le plus accompli, dont une production se déroulera aussi à Paris en juin.
Dvorák, ami de Brahms, compositeur à renommée particulière en Angleterre et aux Etats-Unis, était fasciné par le monde moderne, mais s'est inspiré, le plus souvent, pour sa thématique, des mélodies folkloriques tchèques. Son souhait le plus cher était d'écrire un opéra dans la lignée de ceux de Smetana.
Rusalka fut créé il y a 100 ans. Ce conte de fée folklorique mêle fantastique et sentimentalisme : Rusalka, fille de l'eau, désire et aime un prince du monde des humains. Malgré les mises en garde de son père et de la Sorcière à qui elle demande de l'aide, l'Ondine choisit de devenir femme bien que le prix à payer soit la perte de la parole. D'abord fasciné, le Prince se détourne finalement de la créature muette après une confrontation catastrophique de celle-ci avec sa cour, puis projette d'épouser une Princesse. Il reviendra vers la nymphe en trouvant la mort dans un dernier baiser tandis que Rusalka est condamnée à errer entre deux mondes.
Les thèmes de cet opéra sont donc multiples et vont bien au-delà de la nature étrange de la nymphe : impossibilité de changer de nature, impossibilité de la fusion malgré le désir, nécessité du langage pour qu'existe le désir. Chaque personnage est marqué par l'impuissance : impuissance de Vodník et de la Sorcière à aider Rusalka, impuissance du Chasseur et du Marmiton à aider le Prince, impuissance dans le désir et dans l'amour, incapacité du Prince à vivre et incapacité à mourir pour Rusalka.
Mais la musique atténue le pessimisme du texte en alliant souvent des ambiances charmeuses et inquiétantes. Dvorák dérive vers des couleurs impressionnistes pour le désir et les larmes, tangue vers Wagner dans les nombreux intermèdes orchestraux et, comme Rimski-Korsakov, développe fréquemment les leitmotivs sans les restreindre aux personnages. On ne résiste pas à ce fleuve mélodique, homogène tant dans l'écriture que dans les caractères des personnages.
Homogène, la distribution l'est elle aussi. Le déchirement intérieur du Prince est entièrement compris et parfaitement rendu par Francisco Araiza. Klaudia Dernerova, habituée de Rusalka et d'Iván Fischer (on l'avait particulièrement appréciée dans des chants moraves de Dvorák au festival de Radio France et de Montpellier avec l'orchestre du festival de Budapest) est un peu décevante dans le premier acte, notamment dans la fameuse « romance à la lune » qui, d'ordinaire, touche les plus indifférents. Mais, dans l'acte trois, elle retrouve une dimension intérieure juste et l'air débutant l'acte (« je languis dans l'onde glacée ») mérite tous les éloges tant la soprano mêle désespérance et acceptation de l'échec de Rusalka.
Quant à Iván Fischer, il crée un espace orchestral transparent, privilégiant un son dénudé plutôt que moelleux pour préserver la spécificité de la nature de l'Ondine (certains diront au détriment de la dimension dramatique). Rusalka est sa première direction scénique lyonnaise et c'est sans aucun doute une preuve de la diversité du répertoire de l'Opéra pour les années futures.

Barbara Marmonier
(novembre 2001)

Opéra national de Lyon
place de la comédie, 69001 Lyon
location
04 72 00 45 45

Le site de l'Opéra

http://www.opera-lyon.org

Dvorak
http://perso.wanadoo.fr/alain.cf/jeudvointro.htm
http://w3.rz-berlin.mpg.de/cmp/dvorak.html

Voir aussi : les mercredis musicaux, à l'Auditorium, Lyon