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L'image chez
Ruiz se compose de plusieurs strates. Chaque plan est un ensemble
d'images disparates. Celles-ci, fréquemment, entament une
danse tournoyante, glissent les unes sur les autres, s'échappent
du cadre vers un point de fuite imaginaire : rêve, fantasme,
ou conte fantastique.
Camille, lors de son repas d'anniversaire, pose une question incongrue
à sa mère: « Et toi maman, tu étais où
quand je suis né ? ». Le fantasme d'un garçon de neuf
ans, avoir des parents autres que les siens, est à l'origine
de la fiction de Ruiz, adaptée d'un roman de Bontempelli.
Les images peuvent alors entonner leur ronde et Camille conduire
sa mère, Ariane (Isabelle Huppert), chez celle qu'il dit
être sa « vraie » mère, Isabella (Jeanne Balibar).
La rencontre entre les deux femmes est superbe : Jeanne Balibar,
entourée de statuettes africaines, campe un personnage mystérieux,
trouble, son visage distillant mimiques et regards diaboliques,
ses gestes frôlant avec la folie. Le petit théâtre
de Ruiz, lové dans un milieu bourgeois parisien, s'anime.
Malheureusement, il s'épuise rapidement : son aspect mystérieux
s'essouffle, les procédés du cinéaste (rotations
de caméra, points de vue impossibles, objets symboliques
au premier plan et actions au second, etc.) se répètent
et sombrent peu à peu dans un maniérisme lassant.
La confusion, née de l'imaginaire d'un enfant manipulateur
et faiseur d'images (il possède une petite caméra
numérique), rentre finalement dans l'ordre et la rationalité,
si ce n'est la banalité.
Seul le jeu des acteurs (Huppert, Balibar, Berling) parvient à
tenir encore en éveil l'intérêt du spectateur.
La comédie de Ruiz s'épuise dans des effets de style
affectés et une symbolique assourdissante, grevant toute
idée d'innocence.
Jean-Emmanuel
Denave

Isabelle Huppert
http://biosstar.free.fr/i/isabelle_huppert.htm
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