un film de Raoul Ruiz

France, 2000, 1h35

avec Isabelle Huppert, Jeanne Balibar, Charles Berling

D'après le roman " Il Figlio di sue Madri " de Massimo Bontempelli

Sortie le 28 février 2001

 

 

L'image chez Ruiz se compose de plusieurs strates. Chaque plan est un ensemble d'images disparates. Celles-ci, fréquemment, entament une danse tournoyante, glissent les unes sur les autres, s'échappent du cadre vers un point de fuite imaginaire : rêve, fantasme, ou conte fantastique.
Camille, lors de son repas d'anniversaire, pose une question incongrue à sa mère: « Et toi maman, tu étais où quand je suis né ? ». Le fantasme d'un garçon de neuf ans, avoir des parents autres que les siens, est à l'origine de la fiction de Ruiz, adaptée d'un roman de Bontempelli. Les images peuvent alors entonner leur ronde et Camille conduire sa mère, Ariane (Isabelle Huppert), chez celle qu'il dit être sa « vraie » mère, Isabella (Jeanne Balibar). La rencontre entre les deux femmes est superbe : Jeanne Balibar, entourée de statuettes africaines, campe un personnage mystérieux, trouble, son visage distillant mimiques et regards diaboliques, ses gestes frôlant avec la folie. Le petit théâtre de Ruiz, lové dans un milieu bourgeois parisien, s'anime.
Malheureusement, il s'épuise rapidement : son aspect mystérieux s'essouffle, les procédés du cinéaste (rotations de caméra, points de vue impossibles, objets symboliques au premier plan et actions au second, etc.) se répètent et sombrent peu à peu dans un maniérisme lassant. La confusion, née de l'imaginaire d'un enfant manipulateur et faiseur d'images (il possède une petite caméra numérique), rentre finalement dans l'ordre et la rationalité, si ce n'est la banalité.
Seul le jeu des acteurs (Huppert, Balibar, Berling) parvient à tenir encore en éveil l'intérêt du spectateur. La comédie de Ruiz s'épuise dans des effets de style affectés et une symbolique assourdissante, grevant toute idée d'innocence.

Jean-Emmanuel Denave



Isabelle Huppert

http://biosstar.free.fr/i/isabelle_huppert.htm