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Ecrire
pour essayer de comprendre…
«Oh,
Rudy, c’est pour toi que je repasse tout le film à
l’envers… pour essayer de comprendre». Ainsi,
Nicolas entreprend de « noircir des pages »
: il remplit presque trois cahiers pour échapper à
une sorte de « délire », au «
sentiment d’avoir tout perdu ». Nico organise
ses souvenirs, comme une longue lettre à Rudy, cet être
qu’il aime tant, qu’on suppose d’abord être
son frère…
Claire Gratias
se glisse dans la peau d’un adolescent de quinze ans, «
gentil, mais un peu trop discret ». Nicolas parle à
la première personne, annonce d’emblée un drame,
sans le préciser, et déroule le fil des événements
qui l’ont précédé. Tout a commencé
par un déménagement : pour des « problèmes
de fric et un loyer trop cher », mère et beau-père
ont décidé de quitter la maison de son enfance pour
« l’appart’ » inconnu d’un
ami. Alors que l’année scolaire est déjà
commencée, il faut changer de ville, et, surtout, pour Nicolas,
abandonner la CHAM, «classe à horaires aménagés
musique», et les cours de flûte traversière.
Il doit s’habituer au collège «prison»
du quartier, être le « nouveau » de la
3e2.
Dans sa classe, il s’oppose vite au caïd « Dylan-ze-boss
» qui le qualifie aussitôt de «bouffon»
: face à lui, Nico se sent très nul, honteux avec
ses fringues bon marché, si peu costaud, si ridicule qu’il
ne veut surtout pas se faire remarquer. Il ne demande « qu’à
rester peinard dans son coin…et regarder Marie »,
si belle et « tellement classe » ! Seulement
voilà, la jeune fille est très convoitée par
cette brute de Dylan qui enrage de la voir intéressée
par un vulgaire joueur de « pipeau ».
Sans cesse provoqué, Nicolas résiste, affiche une
« politique d’indifférence » qui
enflamme encore plus le « clan des racailles ».
Il espère au fond de lui-même que Dylan tombera un
jour « sur un os » et que lui, «
le bouffon », y sera pour quelque chose…
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Les
incidents se multiplient, la tension monte, la violence s’installe.
Le lecteur attend l’inéluctable issue…
Nicolas semble parfois s’excuser : lui le timide aurait
bien voulu se confier, mais à qui ? Le beau-père
a d’autres soucis, la mère est préoccupée,
et puis ne doit-il pas «apprendre à se sortir
seul» des mauvaises passes ? Au collège,
tout le monde a tellement peur, même la plupart des
profs…
En même temps, il se sent si responsable ! Nicolas aimerait
faire disparaître certaines scènes de l’histoire
comme cette découverte fortuite et déterminante
dans la pièce mystérieuse du nouvel appartement
: « rien ne serait arrivé si…
».
L’adolescent se réfugie parfois dans la musique,
mais ne peut arrêter le cours des choses. Tout va de
plus en plus mal : à la maison les adultes s’affrontent,
au collège Dylan se déchaîne et finit
par s’en prendre à Rudy. Alors, effectivement,
après s’être tu longtemps, Nico se venge,
pour lui-même, pour les autres qui ont été
harcelés par Dylan, et surtout pour Rudy, victime innocente. |
Ces cahiers
sont un aveu de responsabilité, un cri de détresse,
mais aussi un exorcisme, une libération. « C’est
plus facile d’écrire que de parler ». Claire
Gratias prône les bienfaits de l’écriture, pour
tranquillement trouver les mots convenables et aider à «
remettre la pendule en route ». Grâce au ton
toujours juste du récit, elle persuade le lecteur que cette
chronique est effectivement la thérapie adaptée à
Nicolas. Elle montre les déchirements de l’adolescent
tiraillé entre ses sentiments et la réalité,
au sein d’une famille dont il essaie d’accepter les
difficultés avec résignation, au sein d’un collège
où il ne peut se résoudre à approuver l’implicite
loi du plus fort. L’auteur, ancien professeur, connaît
bien le milieu scolaire et le décrit sans complaisance ;
nous entendons parler les acteurs de son livre, nous devinons leur
ton, nous imaginons leur démarche. Elle ne prend pas parti
et fait même preuve d’une grande compassion pour ses
personnages : impossible d’en vouloir aux parents, si peu
à l’écoute, ni même à Dylan dont
l’enfance difficile explique sans doute la rébellion,
si elle ne l’excuse pas.
On ne peut rester insensible à cette composition très
construite, rythmée par de courts chapitres, avec un suspense
exécuté crescendo. Le lecteur accompagne Nicolas,
heureux qu’après son stylo, il reprenne aussi la flûte
et se recompose un avenir. Ce roman grave, aux tons d’actualité,
publié dans la collection Rat noir chez Syros, est aussi
un récit attachant, un message d’espoir : une partition
qu’on lit avec attention...
Martine
Falgayrac
(août 2006)
Martine
Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école
élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage
de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût
et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature
jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner
et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore
activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

http://www.syros.fr/
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