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«Lecteur,
je te laisse toutes tes chances. Toutes tes voies. Que chacun retourne
à son péril». À la pointe
d’une parole dépensière : ce titre
énigmatique est une promesse, tenue dans des poèmes
brefs et denses, quelques-uns en vers libres, la plupart en brèves
strophes (ou versets) qui, dans leur forme, remontent aux origines
du poème en prose (Aloysius Bertrand). Les formules programmatiques
fleurissent (« Ne s’étonner de rien, s’émerveiller
de tout » ; « Je suis du désir, non
de l’imaginaire. Pour tout mot un effort. Toute phrase un
tâtonnement. Quatre lignes m’exténuent »),
et si la syntaxe est lapidaire, la prose, dans son élaboration,
ne dédaigne pas la complexité et la difficulté.
« Nul n’est à l’abri du risque d’écrire
» ; « Je plains qui prétend que l’inachevé
n’épuise pas le nécessaire. Ce ne sont pas là
mots pour rire ».
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On
ne rit pas, mais on a du plaisir à lire les paysages
de la nature provençale, entre Cévennes et Ventoux,
les rivières, les vignes et les montagnes qui résonnent
d’un écho de René Char, et qui provoquent
la parole poétique (« Mon pays c’est
une langue »). Du plaisir à lire quelques
petites scènes de genre, quelques collages d’images
de la vie modeste, quelques portraits de personnages oubliés,
quelques gestes suggestifs... Du plaisir à lire des pages
de révolte, de résistance, d’émerveillement,
de désir... Pas de lyrisme post-romantique, pas d’exhibitionnisme
autobiographique, pas de jeux gratuits, mais une véritable
recherche de soi, des autres et du monde par l’écriture,
une tentative « autographique » d’exploration
de «l’espace du dedans», sur les traces de
Michaux. |
Il y a dans
ce recueil un regard profond, attentif, poétique, qui s’illustre
visuellement dans les quelques portraits et les nombreuses silhouettes
dessinées par Annie Maurer et se glissant entre les pages,
entre les textes. Esquisses de corps en mouvement figés par
le dessin, à la recherche d’un équilibre, comme
les poèmes à la fois statiques et vivants, clos sur
eux-mêmes et ouverts sur l’autre.
À
la pointe d’une parole dépensière
est un beau livre, à voir et à lire, à regarder
et à déchiffrer, un bel objet éditorial, qui
nous permet de découvrir – il n’est jamais trop
tard pour le faire – une écriture nouvelle et exigeante,
attachante et prometteuse, l’écriture d’un poète
qui sait « attendre le mot vivant ».
Jean-Pierre
Longre
(octobre 2003)
Jean-Pierre
Longre, maître de conférences en littérature
du XXème siècle à l'Université Jean
Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical.
Il a participé à l'édition des romans de Queneau
dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

http://www.geocities.com/actpol/LibrairieBerenice.html
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