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Certes,
on sait en général que la Roumanie et la France, Bucarest
et Paris ont entretenu des relations privilégiées,
notamment grâce à des écrivains (Tzara, Ionesco,
Cioran…) et des artistes (Grigorescu, Enesco, Brancusi, Elvire
Popesco…) ; on croit se souvenir que sur le plan politique,
la France a contribué à l’unité et à
l’indépendance de la Roumanie ; on constate que, malgré
la globalisation galopante, les Roumains sont encore souvent francophiles
et francophones… Ces idées qui, pour être reçues,
n’en sont pas moins justes, Jean-Yves Conrad les confirme,
mais aussi et surtout, il montre qu’elles sont bien en-deçà
de la réalité.
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Dans
ces quinze « promenades insolites sur les traces des
Roumains célèbres de Paris », se bousculent,
se précipitent en nombre impressionnant les «
femmes et les hommes de lettres, acteurs, artistes peintres,
sculpteurs, musiciens, chanteurs, juristes, scientifiques, hommes
politiques qui ont laissé une trace si indélébile
dans notre capitale ». Chaque promenade, inaugurée
par un texte sur Paris écrit par l’un des Roumains,
illustre ou méconnu, mentionné dans le chapitre,
illustrée par des photos-témoignages (à
côté desquelles on aurait volontiers consulté
des plans permettant de mieux visualiser les itinéraires),
évoque d’une manière méthodique et
exhaustive les lieux marqués par la présence et
la culture roumaines : salons, domiciles ou résidences,
musées, maisons d’édition, églises,
ateliers d’artistes, galeries de peinture, théâtres,
cafés, lycées, grandes écoles, universités,
librairies, bibliothèques, cimetières… Ces
derniers, hauts lieux du souvenir, attestent d’ailleurs
de la manière la plus incontestable que la multiple présence
roumaine est profondément gravée dans le patrimoine
français. |
Le
livre de Jean-Yves Conrad est non seulement un guide de promenade,
avec cheminements détaillés et adresses précises,
c’est aussi une mine de renseignements biographiques concernant
les personnalités qui ont joué un rôle de premier
plan mais que l’on a parfois bien oubliées aujourd’hui
; les annexes offrent des récapitulations très utiles
concernant les noms de ces Roumains qui, aux XIXe et XXe siècles,
ont contribué activement à l’enrichissement
culturel et scientifique de la France. Les rappels sont salutaires,
concernant par exemple l’implication des surréalistes
roumains dans les avant-gardes françaises, les étudiants
roumains de la Sorbonne, des Conservatoires de musique et d’art
dramatique, les sociétaires roumains de la Comédie
française… On lit avec grand intérêt ce
qui concerne l’ «École roumaine de Paris»
fondée par Nicolae Iorga, les rapports de Marcel Proust avec
des aristocrates roumains comme Constantin Brâncovan, Anna
de Noailles, la princesss Soutzo, Antoine Bibesco… On découvre
avec admiration que la Compagnie Air-France a pour origine la «Compagnie
franco-roumaine de navigation aérienne» créée
grâce au fameux diplomate Nicolae Titulescu, ou que plusieurs
inventions de première utilité (comme celle du stylo)
sont roumaines… On se souvient avec émotion que des
personnalités comme Michelet, Quinet ou Lamartine ont œuvré
activement au resserrement des liens entre les deux pays et à
l’accueil des étudiants roumains, ou encore que les
mariages franco-roumains sont nombreux (parmi les plus notoires,
ceux de Quinet, Puvis de Chavannes, Paul Morand, Joseph Kessel).
En
une période où la porte de l’Union européenne
s’entrouvre pour un pays qui ne demande qu’à
y entrer, où les relations culturelles, littéraires,
artistiques, économiques, touristiques, universitaires, linguistiques,
pour vivaces qu’elles demeurent, doivent se renforcer, où
de nombreux Roumains – étudiants, écrivains,
artistes, chercheurs – gardent la France comme pays d’élection,
en une période où, malheureusement, les médias
français entretiennent souvent une image caricaturale de
la Roumanie, le livre de Jean-Yves Conrad, si complet, si savant,
si passionné aussi, montre combien la France est redevable
à sa sœur latine, combien les deux pays ne peuvent pas
se passer l’un de l’autre.
Jean-Pierre
Longre
(avril 2004)
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème
siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est
l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages, dont
Queneau en scènes (PULIM, 2005),
ou
articles sur des écrivains contemporains et sur la comparaison
des langages littéraire et musical. Il a participé
à l'édition des romans de Queneau
dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur les
littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

voir
aussi
Ecrits franco-roumains
http://www.fabula.org/actualites/article7686.php
http://www.amb-roumanie.fr/news.html
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