Rouge Rouge Petit Chaperon Rouge
Le Rouergue, 2003

 

Rouge Rouge Petit Chaperon Rouge détourne le conte de Perrault : une version méchamment décapante !

Ici, le petit chaperon rouge exauce un vœu secret de « rouge » et renvoie le loup et la grand-mère aux oubliettes dans un esprit caustique et désopilant. Il était une fois un petit chaperon «rouge rouge» qui n’avait peur de rien, rendue heureuse à la seule vue de la couleur rouge. Mais sa vie était aussi faite des visites à sa «grand-mère grise», après de longues et pénibles traversées dans la forêt. Une grand-mère acariâtre qui se plaint sans cesse et se donne tous les droits car « moi, je suis malade » dit-elle à sa petite fille.

Lors d’une de ses visites, le petit chaperon rencontre en chemin une « bête énorme. Et noire ! Ni grise, ni rouge, mais noire. Un loup.» Et Rouge Rouge Petit Chaperon Rouge de dire «Non» à un loup dépité ! Un non répétitif, lancinant. Déterminée, elle continue son chemin, indiquant ainsi la route à l’animal, qui s’empresse d’engouffrer la grand- mère grise dans un «grwarwahbbriaaa…groingraaa» ! Alors que la petite fille arrive chez cette dernière, attendue par le loup, les doubles pages suivantes nous invitent à un dénouement inattendu : «non, pas de grwarwahbriaa…mais chlackkk…» !!! et le lecteur de découvrir une petite fille au doux regard , tête penchée, tenant dans ses mains une hache tachée du sang qui s’écoule de la maison, ayant englouti d’un seul coup vaillant la grand-mère grise et le loup noir.

Dans la dernière double page de l’album nous découvrons et imaginons la nouvelle chambre de jeu de la petite fille. Entièrement rouge, parsemée de jouets rouges, seule une ombre noire dans le décor, le loup gisant à terre, une peau de bête, un trophée.
Et Rouge Rouge Petit Chaperon Rouge de nous livrer son vœu enfin exaucé «Le rouge, ça n’a pas de limites. Tout ce qu’on souhaite avoir, c’est rouge, les nouveaux jouets, le tapis neuf…».

Rouge Rouge Petit Chaperon Rouge est un album en trois couleurs, rouge, noir et blanc. Tout est blanc au début de l’album, sauf cette petite fille rouge de pied en cape. Puis la forêt est noire, la grand-mère grise. Les illustrations deviennent rouges au moment de la rencontre avec le loup, qui exaucera le souhait du petit chaperon. Le dessin, gravure sur bois, est hachuré, comme taillé au couteau, ce qui donne un aspect rude à l’ensemble. La forêt est impressionnante, car elle est représentée par un enchevêtrement d’arbres et d’ombres confus. Le texte est fait de répétitions et d’onomatopées, déjà comprises dans le titre, qui disent l’obsessionnel du langage enfantin. On ne sait distinguer dans cet album le bon du mauvais, le bien du mal, tant l'auteur fait preuve d’humour, comme le montre la dernière phrase : « Mais au fait, le noir, qu’en pense- t-elle du noir ? ». Un conte féroce à lire comme un bon thriller, pour se faire peur encore une dernière fois.

Cendrine Genin
(avril 2004)

Cendrine Genin, après des études de philosophie et de lettres, a suivi une formation de libraire ; une passion totale pour la littérature jeunesse ainsi que pour la danse l’ont incitée à collaborer à Sitartmag, depuis 2000 ; l'écriture est son autre domaine de prédilection et elle compte pouvoir prochainement faire partager son univers à de jeunes lecteurs.

Editions du Rouergue
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