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The edge
of the crowd transporte le lecteur en 1851, dans un Londres
victorien où se côtoient, sans jamais véritablement
se connaître, des êtres issus de toutes catégories
sociales : une peinture urbaine tournoyante, vertigineuse, une fourmilière
humaine en plein essor, une jungle où Henry Hilditch s'est
donné pour tâche de rechercher une jeune femme rencontrée
à Florence plusieurs mois auparavant. Sa quête est
motivée par son amour mais aussi par les dangers qu'elle
pourrait courir dans cet univers. La multitude rend pourtant sa
quête un peu vaine, mais Henry Hilditch se fait journaliste
afin de pouvoir mieux explorer les moindres recoins de la ville,
et tout particulièrement ses bas-fonds. Embauché au
Morning Messenger, ses articles apportent au journal périclitant
une nouvelle touche de sensationnisme, car Henry Hilditch s'attache
à raconter les petites gens, honnêtes ou non, les indigents,
"méritants" ou non qui prolifèrent dans
Londres, dans le but d'ouvrir les yeux des plus nantis et de rivaliser
avec les publications de H. Mayhew (auteur de London Labour and
London Poor en 1851).
Alors que Henry Hilditch poursuit sa quête sentimentale, il
se retrouve mêlé à la foule des plus pauvres,
dans les méandres des quartiers les plus mal famés
de la cité, "l'enfer le plus sombre" qu'il
ait jamais connu. Là, le récit est ponctué
d'autres histoires, des digressions qui composent un terrible tableau
social, des histoires que le journaliste s'empresse de mettre en
forme pour le Morning Messenger : celle de Daniel, un petit
garçon que son père force à se battre contre
des rats, celle de Farrell, un jeune homme qui a réussi à
échapper aux griffes de la misère, ou encore le récit
d'un vieil homme qui a survécu comme montreur d'animaux et
qui se meurt, abandonné de tous. Dans le même temps,
un photographe, John Rankin (qui lui aussi vient du "ruisseau")
tire le portrait des plus pauvres et les expose dans sa boutique,
au grand dam de son associé et patron, Cornelius Touchfarthing,
un personnage haut en couleurs, grotesque et touchant à la
fois. Ce couple mal-assorti, tout droit sorti de l'univers dickensien,
ne cesse de s'affronter : "Un photographe doué n'est
pas un commerçant mais un artiste", déclare
pompeusement Touchfarthing, qui s'est mis en tête d'édifier
les masses populaires en proposant des photographies morales, et
en créant des tableaux bibliques destinés à
remettre les pécheurs dans le droit chemin... Rankin, lui,
s'oppose à toutes ces bondieuseries et voit en la photographie
une technique nouvelle capable d'informer, un instrument qui doit
dénoncer les inégalités sociales.
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Ce roman
à rebondissements doit beaucoup à l'influence
de Dickens, et ce n'est pas tant l'intrigue (un peu prévisible)
qui intéressera le lecteur en premier lieu, mais plutôt
ces descriptions de masses grouillantes, de ces hordes démunies
et potentiellement dangereuses, que certains personnages plus
compatissants que d'autres (Hilditch et Rankin, surtout) parviennent
à approcher et à mieux comprendre, pour le bien
de tous : la peinture (ou un cliché ?) subtile et passionnante
de l'état des choses dans une Angleterre déjà
industrialisée, mais terriblement archaïque dans
sa façon de mettre au rebut tout un pan de l'humanité
et le tableau vivace d'une prise de conscience sociale naissante.
Blandine
Longre
(juillet 2002)
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L'Editeur
http://www.4thestate.co.uk/
Mayhew
http://www.spartacus.schoolnet.co.uk/PLmayhew.htm
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