La Rose et la Hache
William Shakespeare et Carmelo Bene

Mise en scène de Georges Lavaudant

au TNP, Villeurbanne
février 2006


Costumes Jean-Pierre Vergier ; lumières Georges Lavaudant ; son Jean-Louis Imbert ; maquillages Sylvie Cailler ; chorégraphie Jean-Claude Gallotta ; assistante aux costumes Laurianne Chenel ; assistante à la chorégraphie Anne-Marie Moenne-Loccoz ; réalisation du décor Atelier de l’Odéon – Théâtre de l’Europe et l’équipe technique de l’Odéon – Théâtre de l’Europe.

Avec Astrid Bas, Babacar M’baye Fall, Ariel Garcia Valdès, Georges Lavaudant, Céline Massol.

Théâtre National Populaire
8 place Lazare-Goujon
69627 Villeurbanne Cedex
tél. location et billetterie
04 78 03 30 00
http://www.tnp-villeurbanne.com

Production Odéon – Théâtre de l’Europe ; MC2 : Maison de la Culture de Grenoble.

 


Bagatelle macabre entre vieux amis

Les intentions peuvent être bonnes, la réalisation soignée, l’esprit honnête – et le plaisir… précoce. Réduire Richard III à quelques tirades, pour une heure de spectacle assurément réussie, et fidèle à William dans son infidélité à Shakespeare – c’est tout de même charcuter Richard III, avec une audace qui présente toute la vanité d’une jolie égratignure sur le cadavre textuel du génie anglais – comme un beau petit graffiti sur une patte arrière du Sphinx. Le montage de Carmelo Bene (1937-2002), digne représentant d’une modernité qui n’est que fragmentaire et commentaire, restitue bien les passages les plus fameux, les plus magistralement cyniques de la pièce, mais le rythme ludique, accéléré s’il en fut, occasionne au mieux un sourire (digne des tragédies grecques de la Négresse blonde), et ne donne guère au spectacle le temps de marquer les esprits.

Nul n’osera pourtant ânonner bêtement : « c’est un peu court, jeune homme », tant la mise en scène expérimentée de Georges Lavaudant et le jeu d’Ariel Garcia Valdès, retrouvant le Richard III histrionique et névrosé qu’il a incarné avec succès en Avignon il y a plus de vingt-cinq ans, parviennent à allier audace et grand talent, avec moins d’écarts regrettables que d’excellentes trouvailles – à l’instar de la bande-son, centrale, qui fait alterner le très fade (funk plat, soupe italienne) avec le très puissant (cordes siciliennes, expériences baroques, envolées tonitruantes), pour donner toute son ampleur au banquet de verre, comique et malsain, qui tient lieu de tous les lieux de la pièce. Tandis que la tragédie et sa débauche de cadavres sont reléguées dans un lointain hors-scène, on vitupère à table, on danse ses traumatismes, on déclame du Shakespeare in ze text – moins pour l’apprécier, moins pour donner à voir, que pour rendre hommage et s’amuser. Heureusement que Shakespeare a de l’humour…

Nicolas Cavaillès
(février 2006)

 

http://www.fondazionecarmelobene.it/

http://www.theatre-odeon.fr/public/document/biograph/bene.htm