Le territoire des barbares
traduit de l'espagnol par André Gabastou
Editions Métailié, septembre 2002

 

Zarza, une jeune femme solitaire, se contente de l'existence morne et routinière qu'elle s'est construite, entre son petit appartement triste et la maison d'édition où elle travaille comme correctrice, spécialisée en histoire médiévale. Mais un matin, le passé la rattrape sous la forme d'un coup de téléphone anonyme : "Je t'ai retrouvée", lui annonce l'homme qu'elle pensait avoir effacé de sa mémoire engourdie. Son premier réflexe, la fuite ; mais elle comprend qu'il lui faut retrouver et enfin affronter celui qui la pourchasse et la terrorise.

Ce roman est bâti sur une période de vingt-quatre heures et durant cette trop longue journée, Zarza, tout en revenant sur les lieux du passé qui l'obsède encore, se remémore son enfance entre un père plutôt pervers et une mère dépressive, dans une grande maison sinistrement poussiéreuse ; son frère jumeau, Nicola, son alter-ego, sa soeur Marina, froide et distante et son petit frère Miguel, un enfant attardé mais attachant, le seul contact qu'elle garde encore avec cette famille déséquilibrée. Elle se souvient aussi du monde des barbares qui l'avait "aspirée" dans sa jeunesse, du territoire invisible mais bien réel de la "Reine Blanche", un univers maudit auquel elle avait pu s'échapper.

Les thèmes abordés dans ce roman (qui se veut être une quête identitaire) sont plutôt bien développés, et l'on appréciera l'analogie qui s'établit entre la quête de Zarza et la légende du Chevalier à la Rose de Chrétien de Troyes (ouvrage sur lequel Zarza travaille), dans laquelle deux frères s'aiment pour mieux se déchirer ensuite. Mais le reste de l'ouvrage est plutôt décevant ; le suspense tant attendu à du mal à se mettre en place, et l'ensemble est une laborieuse succession d'intrusions dans la conscience instable de Zarza, un personnage qui manque véritablement d'épaisseur. En fait, tout se passe comme si l'auteur péchait par excès de zèle, appuyant chaque événement et pensée de longues explications inutiles, de multiples questionnements et de répétitions qui alourdissent la prose. Tout nous est asséné de façon démesurément explicite, sans dilution, de telle sorte que notre attente est réduite à néant et notre intuition de lecteur "pensant" devient une compétence inutile ici ! L'intrigue ainsi dépouillée de tout non-dit est bien frustrante et notre imagination bien malmenée...

B.Longre
(juillet 2002)

Rosa MONTERO est née à Madrid et a étudié la psychologie et le journalisme. Elle travaille depuis 1976 au journal El Pais, dont elle a dirigé le supplément hebdomadaire avant d'y tenir une chronique. Elle a remporté différents prix littéraires et publié de nombreux romans, des essais et des biographies.


Editions Métailié
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