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Deux solitudes
La première
planche, paisible et douce, ne laisse guère présager
de la suite du récit. On découvre un personnage étrange
au visage souriant et calmé, éclairé par la
lune. Il est allongé sur la branche d’un arbre accueillant
et il est parfaitement à l’aise dans l’élément
végétal. Mais lorsque enfin, il regarde au loin, ce
regard se voile et il nous faut tourner la page…
Qui est-il, ce garçon immense, entre Face de Lune et Golem
? Pourquoi est-il muet ? Pourquoi quitte-t-il son village ? Qu’a-t-il
à faire dans une ville si sombre où il n’a pas
sa place et dont il ne connaît ni la géographie ni
les usages ? Ce sont les questions que l’on se pose dès
que l’on pénètre avec lui dans le monde urbain.
Pourquoi cet être si doux, apparemment, si paisible, laisse-t-il
derrière lui, où qu’il passe, les cadavres de
gens inconnus, morts dans des circonstances très violentes
?
C’est aussi ce que Edouard Mornières, le commissaire
chargé de l’enquête, aimerait comprendre, en
s’attachant aux pas du grand homme. Mornières, anti-héros
par excellence, est un homme bien seul et peu respecté. Il
est trop gentil, trop serviable, trop travailleur dans le monde
violent où il essaie de vivre. Sa femme le méprise
et le trompe, son fils le déteste, ses collèges l’exploitent
sans vergogne. Mais Mornières poursuit son chemin vers le
colosse que tout accuse…

Si
l’on a aimé cet album et son univers steampunk,
on peut aussi découvrir la série Le
Réseau Bombyce, chez le même éditeur,
de Cecil et Corbeyran, ou bien encore, La Tombelle,
chez Emmanuel Proust, de Jean-Blaise Djian et Julien Famchon.
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Premier
album d’un dessinateur allemand qui débute en
2003 dans Métal Hurlant ; Nesmo installe ses
personnages dans un univers steampunk, mégalopole
aux tonalités crépusculaires et aux ambiances
oppressantes, voire cauchemardesques. Même s’il
abuse parfois de cadrages spectaculaires pas toujours justifiés,
de contre-plongées saisissantes, Nesmo réussit
sans conteste à installer un véritable univers
proche, visuellement, de La Cité des enfants perdus,
le film de Jean-Pierre Jeunet. La ville qu’il donne
à voir, son réseau de métros aux rames
tentaculaires, souligne, par contraste, la solitude et la
détresse des deux protagonistes.
On est happé, capté très rapidement,
et l’on éprouve parfois un bref sentiment de
claustrophobie à la lecture. Mais on aimerait bien
aussi obtenir quelques réponses, pour lesquelles il
nous faudra hélas patienter quelques mois…
Catherine
Gentile
(décembre 2005)
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Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle chronique aussi littérature de jeunesse
et bande dessinée dans la revue Inter CDI.

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