Les romans bleus, aux éditions Gulf Stream

Ce qui compte dans le premier baiser de Thierry Lefevre
Gulf Stream éditions, 2006 (Les romans bleus)

Chicago blues de Corinne Albaut
Gulf Stream éditions, 2006 (Les romans bleus)

 

 

 

Les mots bleus

Christophe a longtemps chanté les mots bleus, qu’il disait avec les yeux, dans une chanson d’amour aux accents mélancoliques. Les éditions Gulf Stream ont lancé en mars 2006 une jolie collection de romans pour adolescents, Les Romans bleus, où les sentiments sont au cœur des récits.


Sorbet soleil - de Claire Mazard

Les livres sont beaux à regarder car les bleus de la couverture sont lumineux et attirent le regard. Ils sont aussi agréables à toucher et à prendre en main. A l’intérieur, grand bleu également ! Le texte est imprimé à l’encre bleu marine sur un beau papier brume. Les marges sont confortables et les grandes entrées dans les chapitres, qui jouent avec les typographies, donnent une bonne lisibilité.
Romans bleus, bleus comme l’amour qui laisse parfois du bleu à l’âme, romans d’amour donc, qui disent le « premier amour, une grande amitié ou l’identification à un personnage connu. » Ils s’adressent à des lecteurs qui ont entre onze et quatorze ans et ils sont signés par des auteurs confirmés. Corinne Albaut, qui est aussi musicienne et l’auteure de nombreux livres pour enfants, dirige la collection dont les quatre premiers titres ont été publiés en mars 2006.
Quatre autres romans sont sortis en septembre, dont on vous reparlera.

 


Ce qui compte dans le premier baiser de Thierry Lefevre
Gulf Stream éditions, 2006 (Les romans bleus)

Lorsque l’on fait la connaissance du jeune narrateur, il vient de tomber amoureux fou de Julie, sans qu’il s’y attende. Car l’amour, parfois, cela ne prévient pas. Au lieu de déguster ce tout nouveau sentiment et de se laisser planer, ce garçon se pose aussitôt des questions essentielles : amour, donc baiser. Comment embrasser ? Faut-il utiliser sa langue ? Si oui, comment et où ? Faut-il donc se laver la langue avant ? Existe-t-il des ouvrages scientifiques sur le baiser ? Après mûre réflexion et des recherches infructueuses sur ce sujet important, il arrive à la conclusion la plus logique : il faut embrasser Julie et il verra bien. Embrasser, donc rencontrer Julie, en faisant semblant que ce soit par hasard, par exemple chez le dentiste où elle se fait soigner. Pas très romantique tout cela ! Puis lire quelques romans d’amour afin d’être au point pour composer quelques poèmes à lui offrir. Mais quand Julie accepte enfin un rendez-vous, avec la complicité de son meilleur copain Nicolas, notre amoureux n’y arrive pas. La peur le paralyse et le rend idiot. Comment vaincre cette satanée peur et connaître enfin le goût du baiser ? On peut trouver parfois des chemins détournés comme ceux de la poésie…

Ce joli roman bleu plaira aux adolescents car la voix que l’on y entend, les questions qui sont posées dans ce récit, même sur un ton humoristique, résonnent certainement en eux.
Il y est question de passage et de rites, des moments essentiels qui font que l’on quitte l’enfance et des épreuves que l’on doit affronter. Il y est aussi question du pouvoir des mots et de la poésie, qui peuvent rendre compte plus subtilement de ses propres sentiments et émois. Le personnage qui se dessine dans ce court récit est un jeune garçon à la fois tourmenté par son premier amour, et très mûr pour son âge, qui fait preuve de capacités d’analyse et de réflexions très fines.
L’écriture de Thierry Lefèvre est fluide et belle, mais on a parfois du mal à croire que le narrateur, âgé d’une douzaine d’années, puisse s’exprimer ainsi !

 

Chicago blues de Corinne Albaut
Gulf Stream éditions, 2006 (Les romans bleus)

C’est fou ce que quelques phrases, écrites durant l’enfance, peuvent orienter une vie et pousser leur destinataire vers une direction singulière ! C’est ce qui arrive à Clara, qui a six ans et qui a un ami, un vrai ami, François. Ces deux-là sont complices et inséparables. Pourtant, un jour François s’en va vivre à Chicago avec ses parents et elle reçoit une carte postale qui lui dit ceci d’une écriture très soignée : "Ma chère Clara, je te souhaite une bonne et heureuse année. Je ne t'oublie pas, et je reviendrai te demander en mariage lorsque je serai un homme. "

Puis plus rien, François n’écrit plus, ne lui donne plus de nouvelles. Pourtant, Clara garde la carte postale et garde son amour au cœur. Elle attend d’être assez grande pour gagner l’Amérique et rejoindre François. En attendant, elle fait des études d’anglais, se passionne pour la civilisation anglo-saxonne, pour le rock’n’roll et pour Chicago. Quand enfin elle revoit François à l’adolescence, Clara est affreusement déçue : il semble avoir oublié son amie, son pays, sa promesse. Il est devenu un vrai Américain. Clara enfouit sa blessure au fond d’elle et devient étudiante sans pouvoir s’attacher à aucun garçon car elle pense toujours à François. Pourtant quand elle rencontre Brice, elle pense qu’elle pourra l’aimer. Mais avant il lui faut faire le voyage d’Amérique afin de savoir enfin, de se désenvoûter et de commencer une nouvelle vie.

Ce petit roman tout en pudeur et en délicatesse parle très justement de l’attente, des espoirs, des films que l’on se fait dans sa tête, qui ne reposent parfois sur pas grand chose de solide, mais qui constituent une petite musique entêtante qui permet d’avancer. Malgré une fin un peu attendue, le roman est réussi et l’on éprouve un réel plaisir à accompagner la narratrice dans sa quête d’Amérique.
Petite note musicale concernant le titre du roman : aujourd'hui, le nom de Chicago est très souvent associé au blues et il existe un style de musique que l’on appelle le « Chicago blues » qui recouvre en fait plusieurs genres. Ces blues se sont développés dans les quartiers noirs de la ville, à partir des années 20 et jusqu’en 1960.

Catherine Gentile
(octobre 2006)

Catherine Gentile est documentaliste, formatrice en littérature jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville et auteur de Bulles en stock (Bibliographie sélective et commentée de bandes dessinées, ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant plus de quinze ans.

 

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premiers titres
Chicago blues, de Corinne Albaut
Claire obscure, de Françoise Grard
Ce qui compte dans le premier baiser, de Thierry Lefèvre
Sorbet soleil, de Claire Mazard

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