| Entretien
avec Agnès
Jaoui, Jonathan Zaccaï et François Favrat
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Agnès Jaoui, est-ce difficile pour une comédienne
de tenir le rôle d’une actrice ?
Agnès : Non, en fait c’est une figure imposée,
beaucoup représentée au cinéma, qui ne
m’a posé aucun souci. J’ai été
très marquée en tant qu’actrice par les
performances de Bette Davis et Geena Rolands, qui ont souvent
interprété des actrices en proie au doute.
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Qu’est-ce que cela fait de devenir un « sex-symbol
» le temps d’un film ?
Agnès : C’est extrêmement drôle,
et je n’ai pas souvent l’occasion d’interpréter
ce genre de personnage : ça ne colle pas tout à
fait à mon tempérament. Mais j’ai ressenti
une timidité extrême au moment de chanter «
Lo dudo » sur la scène du tournage, avec
ma perruque blonde platine, ma robe rouge et mes talons aiguilles.
J’ai assouvi pas mal de fantasmes dans ce film : faire
ma « Marylin », chanter (je pratique le chant
classique depuis longtemps)… C’est bien ma voix,
je n’ai pas été doublée!
Jonathan : Moi j’assume pleinement ma position de bimbo
dans ce film ! (rires)
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C’est vrai, Jonathan, que vous êtes l’objet
de désir des deux femmes !
François : C’est exactement ce que je voulais…
Son charme est magnétique, les femmes ne tarissent
pas d’éloges sur lui ! (ndr : je confirme!)
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La similitude de sujet abordé dans ce film et celui
que vous venez de réaliser (Comme une image)
est volontaire ?
Agnès : Oui, le pouvoir de l’image est très
grand, bien que l’on essaye de s’en défendre,
je suis particulièrement sensible à la médiatisation.
Le pouvoir des médias est récent, et on a peu
de réflexion par rapport à ça, au niveau
sociologique.
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Quelle satisfaction retirez-vous du prix (meilleur scénario
Cannes 2004) reçu pour Comme une image ?
Agnès : J’étais ravie, car le scénario
est la base même du film. Pas de bon film sans bon scénario.
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François Favrat, avez-vous été intimidé
de tourner avec Agnès, qui est elle-même scénariste
et réalisatrice ?
Non, enfin je l’admire beaucoup, mais elle était
là en tant que comédienne. Elle m’a seulement
suggéré d’enlever une ou deux scènes,
c’est tout.
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Quel est votre rapport au fanatisme ?
François : Moi je suis fan des autres en général.
J’ai toujours l’impression que les autres vivent
des choses mieux que moi. J’avais envie de développer
un sujet autour de l’admiration pour des êtres
charismatiques et de la dépendance qui en découle.
Je me retrouve dans le tempérament de Claire, timide
et enfantin.
Jonathan : Moi je ne suis pas un fan dans l’âme,
ça revêt un caractère un peu ridicule
à mes yeux et ne permet pas de rencontrer réellement
l’autre.
Agnès : Moi non plus, sauf d’un dessinateur de
BD quand j’étais enfant à qui j’écrivais… |
Le
rôle de sa vie est le 1er long métrage de F.Favrat,
qui avait été scénariste sur Bord
de mer de J. Lopes Curval (Caméra d’Or Cannes
2002).
Avec
Agnès Jaoui, Karin Viard, Jonathan Zaccaï
Correctrice
dans un journal de mode, Claire (Karine Viard), fait l’interview,
par hasard, d’Elisabeth Becker (Agnès Jaoui),
star de cinéma. Bien qu’opposées en tout
point, elles se rapprochent et Elisabeth lui propose de devenir
son assistante personnelle. Claire, tyrannisée au travail,
voit là une opportunité incroyable, plaque tout
sans scrupule et suit Elisabeth. Ce qui plaît tant à
l’actrice, c’est l’effacement de Claire,
derrière lequel on sent une vraie intelligence ; mais
elle devient fatalement la bonne à tout faire, et croit
que partager l’intimité équivaut à
devenir une amie. Elle se trompe lourdement : la star découvre
avec horreur que la chambre de son assistante est couverte
de ses propres photos, et ne supporte plus son côté
béni-oui-oui.
Un homme interfère en la personne de Mathias le paysagiste
(Jonathan Zaccaï, parfait), un homme simple et imperméable
au faste de la célébrité, dont vont tomber
amoureuses les deux femmes. La célébrité
qui isole, qui fausse les rapports humains, est l'un des thèmes
les plus réussis du film, avec en contrepoint le renoncement
de celle qui se cache derrière « l’aura
solaire », qui vit dans l’ombre afin de ne pas
prendre de risques.

Le film
pose très bien la question de la dépendance
qu’entretient l’admiration excessive. Claire s’oublie,
vit par procuration, et laisse de côté son épanouissement
personnel. C’est une fois libérée de l’emprise
du fanatisme qu’elle se remet à l’écriture
et accouche enfin de son livre, tandis qu’Elisabeth
accède enfin à l’état de mère.
Karine Viard campe avec bonheur une femme introvertie, effacée,
totalement subjuguée par l’aura que dégage
cette star qu’elle peut enfin côtoyer. Agnès
Jaoui, quant à elle, est parfaite dans ce rôle
de femme au centre du monde, monopolisant l’attention
de tous, mais suffisamment humaine et sensible pour que l’on
s’y attache.
Un
beau portrait de femmes, porté avec talent par le duo
.Jaoui/Viard, équilibré par le ton juste du
charismatique J.Zaccaï ; un film à voir pour la
performance des acteurs!
(E.
Jullin, juin 2004)
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