de François Favrat
Film français, 2003 / durée : 1h42

en salles le 16 juin 2004

 

voir aussi Comme une image
(d'Agnès Jaoui, Prix du Scénario, Cannes 2004)

Entretien avec Agnès Jaoui, Jonathan Zaccaï et François Favrat

- Agnès Jaoui, est-ce difficile pour une comédienne de tenir le rôle d’une actrice ?
Agnès : Non, en fait c’est une figure imposée, beaucoup représentée au cinéma, qui ne m’a posé aucun souci. J’ai été très marquée en tant qu’actrice par les performances de Bette Davis et Geena Rolands, qui ont souvent interprété des actrices en proie au doute.

- Qu’est-ce que cela fait de devenir un « sex-symbol » le temps d’un film ?
Agnès : C’est extrêmement drôle, et je n’ai pas souvent l’occasion d’interpréter ce genre de personnage : ça ne colle pas tout à fait à mon tempérament. Mais j’ai ressenti une timidité extrême au moment de chanter « Lo dudo » sur la scène du tournage, avec ma perruque blonde platine, ma robe rouge et mes talons aiguilles. J’ai assouvi pas mal de fantasmes dans ce film : faire ma « Marylin », chanter (je pratique le chant classique depuis longtemps)… C’est bien ma voix, je n’ai pas été doublée!
Jonathan : Moi j’assume pleinement ma position de bimbo dans ce film ! (rires)

- C’est vrai, Jonathan, que vous êtes l’objet de désir des deux femmes !
François : C’est exactement ce que je voulais… Son charme est magnétique, les femmes ne tarissent pas d’éloges sur lui ! (ndr : je confirme!)

- La similitude de sujet abordé dans ce film et celui que vous venez de réaliser (Comme une image) est volontaire ?
Agnès : Oui, le pouvoir de l’image est très grand, bien que l’on essaye de s’en défendre, je suis particulièrement sensible à la médiatisation. Le pouvoir des médias est récent, et on a peu de réflexion par rapport à ça, au niveau sociologique.

- Quelle satisfaction retirez-vous du prix (meilleur scénario Cannes 2004) reçu pour Comme une image ?
Agnès : J’étais ravie, car le scénario est la base même du film. Pas de bon film sans bon scénario.

- François Favrat, avez-vous été intimidé de tourner avec Agnès, qui est elle-même scénariste et réalisatrice ?
Non, enfin je l’admire beaucoup, mais elle était là en tant que comédienne. Elle m’a seulement suggéré d’enlever une ou deux scènes, c’est tout.

- Quel est votre rapport au fanatisme ?
François : Moi je suis fan des autres en général. J’ai toujours l’impression que les autres vivent des choses mieux que moi. J’avais envie de développer un sujet autour de l’admiration pour des êtres charismatiques et de la dépendance qui en découle. Je me retrouve dans le tempérament de Claire, timide et enfantin.

Jonathan : Moi je ne suis pas un fan dans l’âme, ça revêt un caractère un peu ridicule à mes yeux et ne permet pas de rencontrer réellement l’autre.

Agnès : Moi non plus, sauf d’un dessinateur de BD quand j’étais enfant à qui j’écrivais…

Le rôle de sa vie est le 1er long métrage de F.Favrat, qui avait été scénariste sur Bord de mer de J. Lopes Curval (Caméra d’Or Cannes 2002).

Avec Agnès Jaoui, Karin Viard, Jonathan Zaccaï

Correctrice dans un journal de mode, Claire (Karine Viard), fait l’interview, par hasard, d’Elisabeth Becker (Agnès Jaoui), star de cinéma. Bien qu’opposées en tout point, elles se rapprochent et Elisabeth lui propose de devenir son assistante personnelle. Claire, tyrannisée au travail, voit là une opportunité incroyable, plaque tout sans scrupule et suit Elisabeth. Ce qui plaît tant à l’actrice, c’est l’effacement de Claire, derrière lequel on sent une vraie intelligence ; mais elle devient fatalement la bonne à tout faire, et croit que partager l’intimité équivaut à devenir une amie. Elle se trompe lourdement : la star découvre avec horreur que la chambre de son assistante est couverte de ses propres photos, et ne supporte plus son côté béni-oui-oui.

Un homme interfère en la personne de Mathias le paysagiste (Jonathan Zaccaï, parfait), un homme simple et imperméable au faste de la célébrité, dont vont tomber amoureuses les deux femmes. La célébrité qui isole, qui fausse les rapports humains, est l'un des thèmes les plus réussis du film, avec en contrepoint le renoncement de celle qui se cache derrière « l’aura solaire », qui vit dans l’ombre afin de ne pas prendre de risques.

Le film pose très bien la question de la dépendance qu’entretient l’admiration excessive. Claire s’oublie, vit par procuration, et laisse de côté son épanouissement personnel. C’est une fois libérée de l’emprise du fanatisme qu’elle se remet à l’écriture et accouche enfin de son livre, tandis qu’Elisabeth accède enfin à l’état de mère. Karine Viard campe avec bonheur une femme introvertie, effacée, totalement subjuguée par l’aura que dégage cette star qu’elle peut enfin côtoyer. Agnès Jaoui, quant à elle, est parfaite dans ce rôle de femme au centre du monde, monopolisant l’attention de tous, mais suffisamment humaine et sensible pour que l’on s’y attache.

Un beau portrait de femmes, porté avec talent par le duo .Jaoui/Viard, équilibré par le ton juste du charismatique J.Zaccaï ; un film à voir pour la performance des acteurs!

(E. Jullin, juin 2004)

- Est-ce un film de femmes ?
François : C’est le film d’un homme qui aime les femmes ! C’est un portrait de femmes. Ce qui m’a touché, c’est le personnage de la bonne copine (K.Viard), timide, qui s’efface, face à la star solaire. Mais j’ai beaucoup aimé le personnage de Mathias, déraciné comme un arbre, de sa terre natale, la Drôme, et qui pousse mal dans cet univers de strass (voir la scène avec Francis Huster, qui ne lui parle que parce qu’il connaît Elisabeth Becker)

- S’envient-elles réciproquement ?
François : Oui, elles s’admirent.
Agnès : Quand vous avez une haute position sociale, ou une image publique, vous enviez forcément ceux qui existent sans ça. Claire y arrive parfaitement, et Elisabeth lui envie sa vie à la fin… J’aime entre autre la scène où Elisabeth est déshabillée par Mathias, quand on voit un bout de sein, on se dit : « Tiens ! Elle aussi a des seins ! ». C’est par des images très terre à terre que l’on montre la star comme un individu normal et aux aspirations finalement très humaines, telles qu’avoir un enfant ou rencontrer un homme.

- Avez-vous trouvé le personnage d’Elisabeth détestable ?
Agnès : Moi je l’aime beaucoup Elisabeth. C’est les autres qui la rendent ainsi.

- Si Tom Cruise vous appelle pour jouer avec lui, vous refusez ?
Agnès : Je ne suis pas une star, moi, aucun risque ! Je lui dirai oui uniquement si le scénario est bon !

Propos recueillis par Emilie Jullin
(8 juin 2004)

http://www.marsdistribution.com/fiche_film_gen_cfilm%3D49761.html