de Sandro Gindro
mise en scène, adaptation et conception visuelle Nino D’Introna

Création Teatro dell’Angolo Turin / Italie

tout public à partir de 7 ans

février 2006, La Ferme du Buisson
www.lafermedubuisson.com/

du 3 au 16 janvier 2006, Lyon

 

 

Théâtre Nouvelle Génération
23 rue de Bourgogne
69009 Lyon
04 72 53 15 15

La Biennale du théâtre jeunes publics 2005, Lyon

Avec
Pasquale Buonarota et Alessandro Pisci

assistant a la mise en scène Stefania Mancini
costumes et eléments scéniques Elena Gaudio, Roberta Vacchetta
création lumières Andrea Abbatangelo
musiques Claudio Mantovani
technicien de scène Bruno Pochettino
son et lumière Roberto Antonello

 

Dans la droite lignée de Pigiami, une audacieuse et éblouissante re-création mythologique : L'Odyssée ? Un jeu d'enfant...

Théâtre et mythologie font souvent bon ménage - les origines du théâtre sont effectivement religieuses et mythiques... remontant à la nuit des temps grecs quand les rites mêlaient le religieux aux légendes, comme lors des Grandes Dionysies athéniennes. Si le théâtre s'est aujourd'hui laïcisé et que les dieux de l'Olympe se sont égarés quelque part dans la grande spirale de l'histoire, la cérémonie théâtrale n'en a pas moins perdu de son impact, et son influence sur notre imaginaire peut toujours être aussi prégnante. Et quand une pièce nous replonge dans le mythe, tout en insérant ou en reposant sur des préoccupations contemporaines, la boucle est bouclée...

C'est le cas de l'excellent Laïos de Vincent Magos (paru cette année aux Impressions Nouvelles) mais aussi de ces Aventures, pièce destinée à un public plus large et qui parvient à passionner les plus jeunes tout autant que les spectateurs adultes : en s'adressant à chacun de nous, nous menant sur les traces d'Ulysse (ou Odyssée, comme il est ici nommé, pour mieux respecter la langue grecque) mais aussi à travers la relation complice et paradoxale d'un homme et de son rejeton, qui évoque bien d'autres couples père-fils.

Les Aventures du Roi Odyssée retrace le périple maritime du demi-dieu dont la ruse est célèbre, mais de façon surprenante, par le biais d'une démarche en apparence simple (mais il fallait y penser) qui mêle le jeu (jeu tout court et jeu théâtral), l'imagination, la merveilleuse relation qu'un père attentionné et sensible tente de maintenir entre son fils qui grandit et lui, au quotidien ; un fils prompt à se laisser emporter par la douce folie paternelle et par l'histoire que son père lui raconte, en transformant chaque pièce de la maison où ils vivent tous deux, au gré des aventures d'Ulysse et au fil des pièges tendus par Poséidon - la plupart du temps incarné par le père, tandis que le fils joue Ulysse, terrifié ou victorieux, face aux cyclopes, à Calypso ou Circée.
C'est un plaisir véritable de retrouver ici les deux comparses de Pigiami, cette autre pièce de Nino d'Introna où le mot "jeu" prenait déjà tout son sens ; les deux comédiens dynamisent l'espace scénique, lui donnent des allures de cours de récréation où tout est permis, pour les besoins de l'histoire qu'ils nous racontent. Paradoxalement, le père est l'instigateur et le plus joueur des deux, d'un tempérament si farfelu que même son fils hésite parfois à le suivre dans les méandres des pérégrinations d'Ulysse, pour ensuite se détacher totalement de la réalité de la routine et se laisser envahir par la fascinante épopée homérique et paternelle.
Didactique, le théâtre de Nino d'Introna l'est certainement, mais le spectateur adulte, pourtant parfois si peu enclin à perdre sa position "adulte", justement, l'oublie, tant il rit et s'amuse en observant les deux comédiens s'agiter sur scène. Le père, grand enfant pourtant capable de revenir à lui quand la situation le demande (le linge ne peut se laver et se repasser tout seul, et l'enfant a besoin de manger puis de prendre un bon bain...), frappe par sa générosité et par la confiance qu'il parvient à instaurer chez l'enfant. Les enchaînements manquent de fluidité (l'éclectisme musical, par forcément toujours heureux, y est, il est vrai, pour quelque chose) et l'inconstance du rythme déçoit quelque peu, mais il reste que cette création, fidèle à la philosophie du directeur du TNG, émerveille ; tant par l'abondance des niveaux de lecture et des sentiments évoqués que par sa fantaisie et son humour, omniprésents.

Blandine Longre
(juin 2005)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

www.tng-lyon.fr

Voir aussi Pigiami de Nino D'Introna

Le TNG et son directeur

http://www.tng-lyon.fr/

http://www.fondazionetrg.it/

La Biennale du théâtre jeunes publics, Lyon : site officiel

http://www.teatrodellangolo.it/sala/pigiami.html