L'ange Boîteux
traduit de l'Espagnol (Guatemala)
par André Gabastou
Gallimard, 2002

 

Romancier guatémaltèque, Rodrigo Rey Rosa met ici en scène le pendant et l'après d'un enlèvement, celui d'un jeune homme, Juan Luis ; un méfait perpétré par trois anciens camarades de lycée qui ont fait appel à deux autres garçons très louches. Les trois garçons n'avaient pourtant pas prévu le tour que prendraient les événements et surtout, que le père de Juan Luis, plus ou moins brouillé avec son fils, n'aurait nullement l'intention de tenir compte des ultimatums des petits malfrats.
Ainsi, Juan Luis a dû supporter qu'une partie de son corps lui soit arrachée puis livrée à ce père indifférent afin que ce dernier se décide enfin à délivrer son fils en payant la rançon exigée.

Quelques années plus tard, nous suivons Juan Luis (devenu écrivain), mutilé mais bien vivant, alors qu'il croise par hasard deux de ses anciens tortionnaires, entre Tanger et le Guatemala ; Il est alors partagé entre son désir de vengeance et une sorte d'apathie morale qui le prive de toute envie de revanche.
Roman court et incisif, L'ange boiteux possède un style détaché, une sorte de stratégie d'évitement qui supprime angoisse et horreur mais, il faut le dire, qui annihile aussi toute trace de suspense. L'auteur préfère centrer sa narration sur quelques scènes où les protagonistes laissent voguer leurs pensées et leurs doutes, et certaines actions sont comme filmées au ralenti. Certains trouveront là matière à nourrir leur réflexion, en particulier lors des moments d'introspection de Juan Luis, qui lui aussi semble parvenir à atteindre un stade d'indifférence au monde plutôt troublant ; mais ces passages paraissent bien minces pour maintenir le roman à flot et ne suffisent pas toujours pour préserver intacte l'attention du lecteur.

B. Longre
(mai 2002)

Gallimard
http://www.gallimard.fr/

Entretien avec l'auteur
http://www.lmda.net/mat/MAT02211.html

Paul Bowles
http://authologies.free.fr/bowles.htm