Du 2 au 13 octobre 2001
à 20h, à l'ENSATT, Lyon

Textes - Bernard-Marie Koltès
Mise scène - Simon Delétang

création/interprétation

61ème promotion


Roberto Zucco : un cas d'école

Cas psychiatrique et pénal, héros politique de l'extrême gauche italienne, objet cinématographique récent (le très beau film de Cédric Kahn), Roberto Zucco est encore une figure anti-bourgeoise et « anti-oedipienne » sous la plume de Koltès. Aux côtés des soeurs Papin ou de Pierre Rivière, Zucco est l'un de ces prismes à travers lesquels écrivains, artistes, psychanalystes ou philosophes, donnent leurs lectures de notre civilisation et de son malaise. Un véritable cas d'école donc, mis en scène par Simon Delétang et interprété par la 61e promotion de l'ENSATT à Lyon.

Rappelons brièvement les faits : Roberto Zucco assassine ses parents, s'enfuit d'un hôpital psychiatrique italien, vagabonde en France, s'entiche d'une adolescente crédule, tue quelques policiers et quidams comme on abat des cloisons qui empêchent la liberté de mouvement.
Amok occidental, schizophrène insaisissable, héros romantique... Roberto Zucco et sa trajectoire fulgurante sont l'objet de toutes les interprétations. Koltès en fait une sorte de martyre ou de messie, venant révéler à la bourgeoisie et ses rejetons (pouvoir policier, famille, opinion publique) son propre mal intérieur et les pulsions destructrices qui fondent ses valeurs. Zucco est l'enfant du mal, son miroir, mais non le mal lui-même.

On retiendra deux choses de la mise en scène de Simon Delétang : la distribution spatiale des acteurs et l'utilisation intelligente de lumières en clair-obscur tout au long de la pièce. Dans la pénombre, quelques planches sur tréteaux sont disposés à différents niveaux. Les acteurs évoluent à côté, dessous, dessus, au fur et à mesure des quatorze chapitres de la pièce. Pas de coulisses ni d'espaces cachés : les personnages surgissent littéralement de l'ombre.

A chaque changement de séquence, les acteurs « inoccupés » se recouvrent d'une cagoule et forment une masse grisâtre, un amas anonyme animé seulement de quelques gestes ou mimique. Une belle manière de « re-visiter » le choeur antique, en mouvante corolle qui se déploie autour des personnages « activés ». Ce procédé rappelle d'ailleurs le travail de Maguy Marin pour May B. On retiendra aussi la scène dite de « Prise d'otage », très drôle, où les acteurs parviennent enfin à se « lâcher », à prendre un peu de corps et de dérision.

Car pour le reste, la mise en scène et l'interprétation sont terriblement figées voire pompeuses : gravité des voix, surabondance de cris et de chutes balourdes, poses raidies... Paroles, corps et symboles empesés donnent à la pièce un caractère prétentieux, symptomatique d'influences artistiques mal digérées.
Simon Delétant en fait des tonnes. Il ne nous épargne ni la chute d'eau, ni le personnage pendu par les pieds, ni le solennel morceau de musique classique... Et le pire reste pour une fin qui n'en finit pas, agonie théâtrale insupportable, accumulant les points d'orgue, flirtant avec un mysticisme de plomb, et même tentant une représentation, pseudo provocatrice, de corps dénudés promis au charnier.
On a l'impression que le jeune metteur en scène « a tout essayé », au lieu de persévérer dans une ou deux bonnes idées.

Jean-Emmanuel Denave
(octobre 2001)

 

"En février de cette année, j'ai vu, placardé dans le métro, l'avis de recherche de l'assassin d'un policier. J'étais fasciné par la photo du visage. Quelques temps après, je vois à la télévision le même garçon qui, à peine emprisonné, s'échappait des mains des policiers, montait sur le toit de la prison et défiait le monde. (...) Son nom était Roberto Succo : il avait tué ses parents, à l'âge de quinze ans, puis redevenu "raisonnable" jusqu'à vingt-cinq ans, brusquement il déraille une nouvelle fois (...) C'est la première fois que je m'inspire d'un fait divers, mais celui là n'est pas un fait divers. Succo a une trajectoire d'une pureté incroyable."

(Bernard-Marie Koltès, Entretiens)

 

ENSATT
04 78 15 05 07
4 rue Sœur Bouvier
69005 Lyon

Autres pièces
L'île des esclaves de Marivaux
Monsieur de Pourceaugnac de Molière
Les démons (Dostoïevski)
L'éveil du printemps (Frank Wedekind)
Répétition Publique
(Enzo Cormann)

Preparadise Sorry Now (Fassbinder)
La bonne âme du Setchouan (Brecht)


Dossier du Magazine Littéraire
http://www.magazine-litteraire.com/dossiers/dos_395.htm

Site consacré à Koltès
http://koltes.gwen.org/

Fragments Koltès (chronique de Sit'art mag)

Bibliographie
http://www.theatre-contemporain.net/auteurs/koltes/pdgbmk.htm#