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Roberto
Zucco : un cas d'école
Cas psychiatrique et pénal, héros politique de l'extrême
gauche italienne, objet cinématographique récent (le
très beau film de Cédric Kahn), Roberto Zucco est
encore une figure anti-bourgeoise et « anti-oedipienne » sous la
plume de Koltès. Aux côtés des soeurs Papin
ou de Pierre Rivière, Zucco est l'un de ces prismes à
travers lesquels écrivains, artistes, psychanalystes ou philosophes,
donnent leurs lectures de notre civilisation et de son malaise.
Un véritable cas d'école donc, mis en scène
par Simon Delétang et interprété par la 61e
promotion de l'ENSATT à Lyon.
Rappelons brièvement les faits : Roberto Zucco assassine
ses parents, s'enfuit d'un hôpital psychiatrique italien,
vagabonde en France, s'entiche d'une adolescente crédule,
tue quelques policiers et quidams comme on abat des cloisons qui
empêchent la liberté de mouvement.
Amok occidental, schizophrène insaisissable, héros
romantique... Roberto Zucco et sa trajectoire fulgurante sont l'objet
de toutes les interprétations. Koltès en fait une
sorte de martyre ou de messie, venant révéler à
la bourgeoisie et ses rejetons (pouvoir policier, famille, opinion
publique) son propre mal intérieur et les pulsions destructrices
qui fondent ses valeurs. Zucco est l'enfant du mal, son miroir,
mais non le mal lui-même.
On retiendra deux choses de la mise en scène de Simon Delétang :
la distribution spatiale des acteurs et l'utilisation intelligente
de lumières en clair-obscur tout au long de la pièce.
Dans la pénombre, quelques planches sur tréteaux sont
disposés à différents niveaux. Les acteurs
évoluent à côté, dessous, dessus, au
fur et à mesure des quatorze chapitres de la pièce.
Pas de coulisses ni d'espaces cachés : les personnages surgissent
littéralement de l'ombre.
A chaque changement de séquence, les acteurs « inoccupés »
se recouvrent d'une cagoule et forment une masse grisâtre,
un amas anonyme animé seulement de quelques gestes ou mimique.
Une belle manière de « re-visiter » le choeur antique, en
mouvante corolle qui se déploie autour des personnages « activés ».
Ce procédé rappelle d'ailleurs le travail de Maguy
Marin pour May B. On retiendra
aussi la scène dite de « Prise d'otage », très drôle,
où les acteurs parviennent enfin à se « lâcher »,
à prendre un peu de corps et de dérision.
Car pour le reste, la mise en scène et l'interprétation
sont terriblement figées voire pompeuses : gravité
des voix, surabondance de cris et de chutes balourdes, poses raidies...
Paroles, corps et symboles empesés donnent à la pièce
un caractère prétentieux, symptomatique d'influences
artistiques mal digérées.
Simon Delétant en fait des tonnes. Il ne nous épargne
ni la chute d'eau, ni le personnage pendu par les pieds, ni le solennel
morceau de musique classique... Et le pire reste pour une fin qui
n'en finit pas, agonie théâtrale insupportable, accumulant
les points d'orgue, flirtant avec un mysticisme de plomb, et même
tentant une représentation, pseudo provocatrice, de corps
dénudés promis au charnier.
On a l'impression que le jeune metteur en scène « a tout
essayé », au lieu de persévérer dans une ou
deux bonnes idées.
Jean-Emmanuel Denave
(octobre 2001)
"En
février de cette année, j'ai vu, placardé dans
le métro, l'avis de recherche de l'assassin d'un policier.
J'étais fasciné par la photo du visage. Quelques temps
après, je vois à la télévision le même
garçon qui, à peine emprisonné, s'échappait
des mains des policiers, montait sur le toit de la prison et défiait
le monde. (...) Son nom était Roberto Succo : il avait tué
ses parents, à l'âge de quinze ans, puis redevenu "raisonnable"
jusqu'à vingt-cinq ans, brusquement il déraille une
nouvelle fois (...) C'est la première fois que je m'inspire
d'un fait divers, mais celui là n'est pas un fait divers.
Succo a une trajectoire d'une pureté incroyable."
(Bernard-Marie
Koltès, Entretiens)

Dossier
du Magazine Littéraire
http://www.magazine-litteraire.com/dossiers/dos_395.htm
Site
consacré à Koltès
http://koltes.gwen.org/
Fragments
Koltès (chronique de Sit'art mag)
Bibliographie
http://www.theatre-contemporain.net/auteurs/koltes/pdgbmk.htm#
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