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À l'automne
2001, un triple événement a consacré une manière
de retour sur la scène éditoriale d'un Robbe-Grillet
buriné mais toujours alerte (80 ans) : La reprise,
roman (Minuit), un double numéro de Critique (n°
651-652, août-septembre 2001), et Le voyageur, Textes,
causeries et entretiens (1947-2001) ; sans compter les articles,
intervious (orthographe robbe-griettienne), dossiers et autres publications
voulus par la circonstance.
Le voyageur
fut, de l'aveu même de l'auteur, le premier titre
de son roman Le voyeur (1955) : le romancier circule,
et dans ses déambulations perçoit et analyse à
la fois les choses et sa propre perception des choses. Selon le
même principe que Pour un nouveau roman, paru
en 1963, Le voyageur se présente comme un recueil
de textes théoriques rassemblés dans un ordre chronologique,
suivis d'entretiens publiés dans des journaux et revues entre
1959 et 2000.
Principes identiques, mais esprit différent : l'auteur "poursuit
et réaffirme en les précisant des arguments en faveur
du Nouveau Roman, tout en incorporant tous ses dépassements
et effets", déclare dans sa " Présentation
" Olivier Corpet, qui avec Emmanuelle Lambert a choisi les
textes. Ajoutons que le roman, " nouveau " ou " nouveau
nouveau ", n'est pas le seul sujet : la littérature
dans tous ses états, le cinéma, la peinture, la musique
sont au programme des activités ici évoquées
et commentées, dans lesquelles la place de l'humour, de l'érotisme,
de l'engagement dans l'écriture (qu'il ne faut pas confondre
avec les considérations politiques immédiates) ne
sont pas à négliger.
On n'en est
pas surpris, il est dans Le voyageur beaucoup question
de Flaubert, la figure tutélaire, le grand initiateur, de
Camus (pour L'étranger), et bien sûr de Blanchot,
Beckett, Sarraute et quelques autres, parmi lesquels Jean Ricardou,
sur lequel Robbe-Grillet jette un regard à la fois amusé
et agacé, allant jusqu'à considérer le "
normalisateur " comme " stalinien " dans son approche
systématique du roman. Distances prises aussi avec Sartre
et les distinctions qu'il opère entre prose et poésie,
entre écriture de communication et écriture esthétique.
"Dans le langage de la communication, le texte dit ce qu'il
dit, alors que dans le langage de la littérature, le texte
dit tout autre chose que ce qu'il dit, je dirais même que
le texte ne sait pas ce qu'il dit", écrit Robbe-Grillet
dans le dernier essai, " La confusion des langues ".
Le voyageur
est un livre utile et précieux, parsemé de mises au
point, de rectifications, de précisions qu'une vision lointaine
et schématique de la littérature romanesque des années
1950 rendait nécessaire. La présence toujours actuelle
du "Nouveau Roman" sous des formes diverses ne doit pas
laisser persister les clichés concernant, par exemple, la
prétendue "objectivité" du romancier, alors
que Robbe-Grillet ne cesse de proclamer la subjectivité de
son écriture, la référence à soi, à
"l'expérience vécue", coulée dans
le moule de l'écriture, voilée par le cadre structurel.
"Je n'ai jamais parlé d'autre choses que de moi ",
assure-t-il en 1991. Quelques distances prises avec le " pacte
autobiographique " de Philippe Lejeune et avec quelques autres
aspects de la critique moderne permettent une réflexion sur
les rapports entre roman et autobiographie, texte et intertexte,
écriture du monde et de soi... Ailleurs, souvent, il s'agit
du cinéma, de ses rapports étroits avec la littérature,
et d'activités qui nécessitent un travail acharné
: la création esthétique ne se fait pas d'une manière
"naturelle", mais repose sur la rigueur et la précision,
dans un investissement de l'être entier.
Par sa diversité
apparente et son unité profonde, par la prise en considération
de l'évolution chronologique de l'un des grands écrivains
de notre temps, voilà un éclairant choix de textes,
dans lesquels la théorie sert la pratique, et où le
lecteur puise une belle substance. La littérature y trouve
son compte, la création et la réception de l'uvre
y gagnent un degré supplémentaire dans l'échelle
de la réalité.
Jean-Pierre
Longre
(janvier 2002)
Jean-Pierre
Longre, maître de conférences en littérature
du XXème siècle à l'Université Jean
Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical.
Il participe actuellement à l'édition des romans de
Queneau dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur
les littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

Christian
Bourgois
http://www.christianbourgois-editeur.fr
Robbe-Grillet
http://www.christianbourgois-editeur.fr/ficheauteur.asp?num=338
http://www.halfaya.org/robbegrillet/rgd/SimonBiblio.html
http://www.magazine-litteraire.com/archives/ar_402.htm
http://www.leseditionsdeminuit.fr/titres/2001/reprise.htm
http://www.lespierides.com/in/biographie.html
http://www.lespierides.com/grilletp.html
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