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Un premier
roman au style burlesque
A l'occasion
de la sortie du dernier roman d'Hernan Rivera Letelier, Les
trains vont au purgatoire, les Editions Métailié
rééditent en format poche le premier ouvrage de l'auteur
chilien, La Reine Isabel chantait des chansons d'amour
(1997). L'univers familier de l'écrivain est déjà
présent dans sa totalité : le désert d'Atacama
et les mines de salpêtre qu'il a bien connues, lui qui y a
longtemps travaillé avant de suivre des cours du soir pour
entreprendre des études secondaires, mais également
une foultitude de personnages bigarrés aux noms évocateurs.
Rivera Letelier raconte ici la veillée funéraire puis
l'enterrement d'Isabel, figure emblématique du désert,
Reine des prostituées et des mineurs.
Un beau matin, Isabel est retrouvée morte
dans son lit par deux de ses camarades, Fleur de Miche et Nuit d'Enfer
; la nouvelle se propage aussitôt et sème la consternation
dans la Compagnie où la prostituée était connue
pour sa douceur et son abnégation. Fille de prostituée,
abandonnée par sa mère puis recueillie un temps par
sa tante, elle n'eut pas d'autre choix que d'utiliser son corps
pour subvenir à ses besoins et à ceux de son frère.
Le roman n'est pas une histoire linéaire mais plutôt
une galerie de portraits des mineurs et des femmes qu’abrite
la dernière Compagnie fréquentée par la Reine
Isabel. On trouve ainsi les habitués de cette pute au grand
cœur tel Grand Plouc qui partageait sa cabine (sa chambre dans
les baraquements de la mine) et qui, déclaré silicosé
au troisième degré, est parti acheter un terrain pour
"faire reposer sa carcasse (…) dans sa pluvieuse
terre natale", Cheval Indien, "onaniste chronique"
que seule la Reine Isabel avait la patience de satisfaire ou le
Poète d'Artimon, mineur à la vocation littéraire
contrariée qui sera chargé de prononcer l'éloge
funèbre de sa confidente. Les amies intimes d'Isabel ne sont
pas moins hautes en couleur, à l'image de l'Ambulance, "énorme,
grandiose, monumentale, ce qu'on appelle une maîtresse pute"
ou de Miss Baratin, la seule de la Compagnie à posséder
un lit deux places et dont les prestations qui tiennent autant du
rite théâtral que de la passe traditionnelle sont accompagnées
d'une musique de fond.
Bonne entrée
en matière dans l'œuvre d'Hernan Rivera Letelier, La
Reine Isabel chantait des chansons d'amour envoûte
le lecteur par son style burlesque et coloré, tout en décrivant
avec une grande véracité l'aridité du paysage
et de la vie dans cette région reculée du Chili, où
les prostituées constituent les seules manifestations de
la tendresse humaine.
Anne
Weber
(avril 2003)

Editions
Métailié
http://www.metailie.info/
http://www.letras.s5.com/rivera020102.htm
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