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Secrets
de famille
« David
Adams Richards est peut-être le plus grand écrivain
canadien vivant. », estimait il y a peu une journaliste
du Vancouver Sun. Moins célèbre que Margaret
Atwood ou Michael Ondaatje, Richards collectionne pourtant
les prix littéraires prestigieux et les critiques dithyrambiques.
Son œuvre a pour décor la province du Nouveau-Brunswick,
dans la vallée du fleuve Miramichi, où il est né
en 1950.
Tout en s’appuyant sur une réalité économique
et géographique qu’il connaît bien, il atteint
une dimension universelle en décrivant des personnages en
proie à des tourments existentiels. Au fil de l’œuvre,
les mêmes questions philosophiques reviennent - le choix individuel
entre le Bien et le Mal, l’homme et son Destin, la quête
spirituelle face à la volonté de puissance et la corruption
attenante.
Richards dit avoir attendu, par respect, la mort de son père
avant de pouvoir entreprendre la rédaction de River
of the Brokenhearted. Le roman s’inspire en
effet de l’histoire familiale de l’écrivain,
autour du personnage de sa grand-mère.
Wendell King,
le narrateur, petit-fils de Janie McLeary, femme de tête et
féministe avant l’heure, entreprend un voyage à
rebours pour comprendre et éclairer le pourquoi et le comment
de la damnation qui frappe ses proches et la haine tenace qui unit
depuis des décennies les McLeary et les Druken. Les deux
familles sont catholiques, d’origine irlandaise et poursuivent
à Newcastle, dans la province canadienne des Maritimes la
lutte entamée en Irlande au dix-neuvième siècle,
en raison d’un mariage avorté.
Dans les années 1920, Janie attise les ressentiments en épousant
George King, l’anglican et en fondant avec lui le premier
cinéma de Newcastle. À la mort de George, peu de temps
après, Janie refuse de se consacrer exclusivement à
l’éducation de ses deux enfants, Miles et Georgina.
Elle reprend l’affaire et la fait fructifier, s’attirant
les foudres de son principal rival en affaires, Joey Elias, allié
des Druken qui n’aura de cesse de provoquer sa ruine. Paradoxalement,
elle engage, pour s’occuper de ses enfants, Rebecca Druken,
la belle-sœur de Joey, vénale et ambitieuse.
Le narrateur se concentre alors sur le portrait de son père,
Miles. Incompris, hypersensible qui se réfugie dès
l’adolescence dans l’alcool pour oublier le drame dont
il se sent à jamais responsable : la disparition tragique
de sa sœur lorsqu’ils étaient petits. La question
hante le roman jusqu’aux dernières pages. Que s’est-il
vraiment passé ce jour-là ?
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Le
personnage de Miles rappelle notoirement celui du héros
du précédent roman de Richards, Mercy
Among the Children (La Malédiction
Henderson, Le Serpent à plumes, 2003). À
l’âge de douze ans, pensant à tort avoir
provoqué la mort d’un camarade, Sydney Henderson
conclut un pacte avec Dieu, jurant de ne jamais mal agir envers
autrui. Figure christique et objet de risée, Sydney
reste fidèle toute sa vie à son engagement quelles
qu’en soient les conséquences. De la même
façon, Miles s’engage pour une improbable raison
morale dans un processus autodestructeur. Richards excelle
à cette description de l’homme aux prises avec
sa conscience. Cependant, ce qui était le sujet principal
et merveilleusement bien traité de Mercy
Among the Children pose ici problème
car Richards semble hésiter quant à l’importance
qu’il doit lui accorder. |
La structure
d’ensemble de River of the Brokenhearted
souffre donc d’un certain manque de cohérence et donc
de fluidité. Tous les personnages ne sont pas non plus aussi
convaincants que ceux de Mercy Among the Children.
Richards cède parfois au manichéisme, en particulier
dans le portrait qu’il dresse des deux sœurs Druken,
Rebecca et Putsy, dont la vocation religieuse tardive rehausse un
peu artificiellement le caractère diabolique de sa puînée.
Il reste pourtant de bien belles pages, émouvantes et vraies.
Sur les rendez-vous manqués et les malentendus que la vie
nous impose, sur l’amour que l’on n’arrive à
exprimer, sur la solitude face à la mort. Bien sûr,
Richards est un grand écrivain mais sans doute est-il impossible
d’écrire deux chefs-d’œuvre coup sur coup.
Florence
Cottin
(juillet 2004)

L'éditeur
http://www.randomhouse.co.uk
http://www.mcdermidagency.com/Richards,%20David%20Adams/home.htm
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