Riveneuve Continents n°3
Revue des littératures de langue française
L’écrivain dans ses langues
automne 2005

 

 

Le foisonnement francophone

Un sous-titre peut en dire plus qu’il n’en a l’air. Dans celui de Riveneuve, « Revue des littératures de langue française », tout est pesé : le pluriel de littératures, le singulier de langue, mais un singulier indéfini, comme pour signifier que la francophonie (qui ne concerne évidemment pas que les littératures) n’est pas circonscrite une fois pour toutes, puisqu’elle est marquée par la diversité des cinq continents. « Francopolyphonie », dit l’écrivain guadeloupéen Daniel Maximin : toutes les voix, tous les registres peuvent s’approprier la langue française ; c’est ainsi que Bernard Mouralis peut écrire que le français, comme toute langue, « ne peut exister qu’à travers les énoncés particuliers produits dans cette langue ».

La pluralité des « énoncés particuliers », Riveneuve en donne un témoignage probant. Pour ce troisième numéro, Alain Sancerni et Gabriel Rebourcet ont choisi le thème à la fois général et porteur de « l’écrivain dans ses langues ». Ce qui offre l’occasion d’agencer une mosaïque francophone, où tous les continents et de nombreux pays sont représentés par des auteurs notoires ou non, confirmés ou débutants, venus de Tunisie, des Antilles, de Suisse, de France, de Hongrie, du Cameroun, des Comores, de Haïti, du Liban, du Canada, d’Irak, de Guinée, de Côte d’Ivoire, d’Algérie, du Maroc, de la Réunion… Et comme pour bien marquer que la pluralité peut être extérieure à la francophonie proprement dite, viennent en complément des pages (traduites) de Knut Hamsun et Fiodor Dostoïevski. Diversité géographique, diversité linguistique, diversité générique : les textes peuvent prendre toutes les formes (théorie, poésie, narration, hommage, critique, voire des genres rares comme les « noèmes » – de la veine des haïkus – d’Alain Borer ou les « photogrammes » – textes fixateurs de scènes /objets/paysages – de François Lescun).

A la suite du regroupement thématique et d’un riche « libre cours », viennent les rubriques plus traditionnelles : notes de lectures (assorties d’extraits appréciables des œuvres commentées), un « agenda » qui, après une belle chronique de Cheik Oumar Kanté, se fait l’écho de prix littéraires francophones, avec les textes des primés, puis les productions d’un « atelier universitaire d’écriture électronique », puisant dans les contraintes oulipiennes ; notons un bel hommage à l’un des plus fervents amoureux et des meilleurs pratiquants de la langue française, Raymond Queneau, sous la forme de «Morale élémentaire», genre poétique de son invention.

Ce bref descriptif ne rend évidemment pas un compte exhaustif du foisonnement textuel d’une revue qui non seulement fait vivre la langue française, mais offre à son propos de larges perspectives. Plus elle est plurielle, plus elle a de chances de s’épanouir. Et disons-le, le meilleur moyen de la défendre, c’est de contribuer à sa conquête.

Jean-Pierre Longre
(janvier 2006)

Jean-Pierre Longre enseigne la littérature contemporaine à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur de plusieurs revues, il a participé à la publication des romans de Queneau dans la Bibliothèque de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison des arts (littérature, musique, peinture) et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie et Belgique en particulier). Dernier ouvrage paru : Raymond Queneau en scènes, Presses Universitaires de Limoges, 2005.

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146 rue Paradis
13006 Marseille

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