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Le
foisonnement francophone
Un sous-titre
peut en dire plus qu’il n’en a l’air. Dans celui
de Riveneuve, « Revue des littératures de langue
française », tout est pesé : le pluriel
de littératures, le singulier de langue, mais un singulier
indéfini, comme pour signifier que la francophonie (qui ne
concerne évidemment pas que les littératures) n’est
pas circonscrite une fois pour toutes, puisqu’elle est marquée
par la diversité des cinq continents. « Francopolyphonie
», dit l’écrivain guadeloupéen Daniel
Maximin : toutes les voix, tous les registres peuvent s’approprier
la langue française ; c’est ainsi que Bernard Mouralis
peut écrire que le français, comme toute langue, «
ne peut exister qu’à travers les énoncés
particuliers produits dans cette langue ».
La pluralité
des « énoncés particuliers »,
Riveneuve en donne un témoignage probant. Pour ce troisième
numéro, Alain Sancerni et Gabriel Rebourcet ont choisi le
thème à la fois général et porteur de
« l’écrivain dans ses langues ». Ce qui
offre l’occasion d’agencer une mosaïque francophone,
où tous les continents et de nombreux pays sont représentés
par des auteurs notoires ou non, confirmés ou débutants,
venus de Tunisie, des Antilles, de Suisse, de France, de Hongrie,
du Cameroun, des Comores, de Haïti, du Liban, du Canada, d’Irak,
de Guinée, de Côte d’Ivoire, d’Algérie,
du Maroc, de la Réunion… Et comme pour bien marquer
que la pluralité peut être extérieure à
la francophonie proprement dite, viennent en complément des
pages (traduites) de Knut Hamsun et Fiodor Dostoïevski. Diversité
géographique, diversité linguistique, diversité
générique : les textes peuvent prendre toutes les
formes (théorie, poésie, narration, hommage, critique,
voire des genres rares comme les « noèmes » –
de la veine des haïkus – d’Alain Borer ou les «
photogrammes » – textes fixateurs de scènes /objets/paysages
– de François Lescun).
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A
la suite du regroupement thématique et d’un riche
« libre cours », viennent les rubriques plus traditionnelles
: notes de lectures (assorties d’extraits appréciables
des œuvres commentées), un « agenda »
qui, après une belle chronique de Cheik Oumar Kanté,
se fait l’écho de prix littéraires francophones,
avec les textes des primés, puis les productions d’un
« atelier universitaire d’écriture électronique
», puisant dans les contraintes oulipiennes ; notons
un bel hommage à l’un des plus fervents amoureux
et des meilleurs pratiquants de la langue française,
Raymond Queneau, sous la forme de «Morale élémentaire»,
genre poétique de son invention. |
Ce bref descriptif
ne rend évidemment pas un compte exhaustif du foisonnement
textuel d’une revue qui non seulement fait vivre la langue
française, mais offre à son propos de larges perspectives.
Plus elle est plurielle, plus elle a de chances de s’épanouir.
Et disons-le, le meilleur moyen de la défendre, c’est
de contribuer à sa conquête.
Jean-Pierre
Longre
(janvier 2006)
Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine à
l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de plusieurs revues, il a participé à la publication
des romans de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique, peinture) et effectue des
recherches sur les littératures francophones (Roumanie
et Belgique en particulier).
Dernier ouvrage paru : Raymond Queneau en scènes,
Presses Universitaires de Limoges, 2005.
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