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Kokko
rêve
La romancière
finlandaise Riikka Ala-Harja nous gratifie d'un
roman lumineux et atypique, qui laisse au bord du rire et des larmes.
Le monde de Kokko (son prénom est Elsa mais "Kokko
quelle s'appelle, rien d'autre"), personnage central,
est à la fois mélancolique et excentrique, oscillant
entre le drame et le burlesque. Kokko est une jeune femme velléitaire,
au chômage, indécise sur le tour que peut prendre son
existence : elle s'analyse, décortique le réel dans
des tentatives vaines de se l'approprier et de le comprendre mieux,
puis se réfugie sur une petite île où trône
la maison de son père Tom ; ce dernier est revenu d'Afrique
depuis peu, après une absence de quatorze années,
mais n'a pas eu le temps de dire pardon à sa fille unique
avant de perdre tout contrôle de lui-même, de son corps
et du langage : il est désormais cloué sur un lit
d'hôpital, paralysé à la suite d'une attaque
cérébrale, et Kokko lui rend régulièrement
visite, même si cela lui coûte.
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Des
nœuds complexes, créés par une histoire familiale
conflictuelle, régissent les relations entre Kokko, Tom
et Tina, la mère de Kokko, l'antithèse de sa fille
(députée, elle est indépendante, rationnelle
et militante et ne comprend pas Kokko). L'esprit de Kokko, quant
à lui, vagabonde au gré de sa nostalgie ; elle
se rappelle son enfance, le couple mal assorti que formaient
ses parents, les visites sur l'île, ses désirs
informes, son obsession de la mort et ce sentiment, qui ne l'a
pas quittée, de ne jamais être à sa place,
d'encombrer ou d'embarrasser les autres (professeurs, parents
ou simples passants) par des remarques ou des comportements
saugrenus, dictés par son tempérament lunaire.
"La vie, ça devait être plein de fougue,
ça devait foncer, avec des situations compliquées
mais dont on se sort" se dit Kokko, plongée
dans une insurmontable léthargie. |
De même,
elle se reproche sa placidité : "Pourquoi est-ce
que j'ai pas dit ce que je pensais, même si ce que je pense,
je sais pas tellement bien l'expliquer. J'aurais parlé de
ces choses qui restent toujours coincées entre d'autres choses
et qu'il faut savoir aller chercher exprès. Pourquoi est-ce
que je suis incapable d'aligner les mots dans le bon ordre, il y
a donc une telle quantité de mots qu'ils sont infoutus de
tomber au bon endroit ?"
Roman d'apprentissage,
où chacun des personnages tente de se réconcilier
avec ce que la vie peut apporter, Tom Tom Tom est
écrit dans un style hors normes : des titres de chapitres
qui n'en finissent pas, une syntaxe erratique et des digressions
drolatiques qui mettent en relief le cours des pensées des
personnages et plus particulièrement la naïveté
de Kokko et ses difficultés à s'accepter. La réalité
et les objets du quotidien sont comme décortiqués,
les moindres détails se muent en visions cubistes et tout
semble "librement interprétable", comme les rêves
de Kokko, Tom ou Tina. Tom Tom Tom est
un drôle de livre, inclassable, qui explore avec une gravité
touchante les difficultés à communiquer de trois êtres
pourtant soudés les uns aux autres, et à la question
centrale ("Est-ce qu'un jour ils se diront quelques chose,
ces trois-là, la mère, le père et la fille,
une ancienne famille, deux capables de parler et un muet ?")
est offerte une réponse teintée d'optimisme.
Blandine
Longre
(novembre 2003)

voir
aussi Reposer
sous la mer (Gaïa, 2004)
http://www.gaia-editions.com/accueil.html
http://pariisi.lasipalatsi.net/index.html?menuid
dans
la même collection
Ambulance de
Johan Harstad (Gaïa 2005)
Autant
en emporte la femme d'Erlend Loe (Gaïa 2005)
On est forcément très gentil
quand on est très costaud
Dag Johan Haugerud (Gaïa, 2004)
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