Conversations après un enterrement
de Yasmina Reza
mise en scène Gabriel Garran

au Théâtre Antoine
14, Bld de Strasbourg 75010 Paris

 

 

avec
Margot Abascal, Jean-Michel Dupuis, Serge Hazanavicius, Mireille Perrier, Josiane Stoleru, Bernard Verley

 

La mort des uns, la femme des autres

Quelques bons mot, un peu trop de gros ; un peu de poésie, pas assez de légèreté ; des personnages bien cernés, mais qui n’ont finalement pas grand’chose à se dire, dans cette pièce sans trame forte qui frôle régulièrement le boulevard, non sans humour ni une certaine lucidité. Ces Conversations après un enterrement ont pour drame central celui, colérique, d’Alex (Serge Hazanavicius), le fils raté, qui voit son ex-femme Elisa resurgir à l’impromptu pour l’enterrement du père, non pour le revoir lui, Alex, mais pour déclarer sa flamme à son frère Nathan (Jean-Michel Dupuis), le fils parfait, sous les yeux ébahis d’Edith (Mireille Perrier), la gentille sœur célibataire, qui ne pourra échapper elle non plus à la crise de nerfs générale.

Pour sa toute première pièce, écrite il y a vingt ans, Yasmina Reza avait reçu le Molière du meilleur auteur… Qu’en est-il aujourd’hui qu’elle est devenue l’écrivain que l’on sait, traduit et joué de par le monde ? Ces Conversations après un enterrement ne surprennent pas, dans la mise en scène épurée de Gabriel Garran : les échauffements bourgeois des six personnages réunis l’emportent, hélas, sur la noirceur vide des décors, comme la comédie romantique, teintée de psychodrame, détourne à son compte l’enterrement de départ. Le père a été enterré, et son portrait d’homme distant et artiste est brossé à la hâte pour mieux laisser la place aux retrouvailles de ses trois enfants, à peu près quarantenaires, confrontés dans leur douleur (supposée, plus que manifestée) à un vieil oncle coureur de jupons et bon vivant, venu avec sa bobonne, mais aussi à une invitée surprise : Elisa, donc, jolie femme entièrement résumée par son petit sourire passivement-agressivement coquin. La morale du tout : si choquant que cela paraisse, Eros doit prendre le dessus sur Thanatos (faire l’amour sur une tombe – tout particulièrement si elle est fraîche)…
La mort ne mérite-t-elle pas plus de sensibilité ?

Nicolas Cavaillès
(mars 2006)

http://www.theatre-antoine.com/