|
avec
Margot Abascal, Jean-Michel Dupuis, Serge Hazanavicius, Mireille
Perrier, Josiane Stoleru, Bernard Verley
La
mort des uns, la femme des autres
Quelques bons
mot, un peu trop de gros ; un peu de poésie, pas assez de
légèreté ; des personnages bien cernés,
mais qui n’ont finalement pas grand’chose à se
dire, dans cette pièce sans trame forte qui frôle régulièrement
le boulevard, non sans humour ni une certaine lucidité. Ces
Conversations après un enterrement
ont pour drame central celui, colérique, d’Alex (Serge
Hazanavicius), le fils raté, qui voit son ex-femme Elisa
resurgir à l’impromptu pour l’enterrement du
père, non pour le revoir lui, Alex, mais pour déclarer
sa flamme à son frère Nathan (Jean-Michel Dupuis),
le fils parfait, sous les yeux ébahis d’Edith (Mireille
Perrier), la gentille sœur célibataire, qui ne pourra
échapper elle non plus à la crise de nerfs générale.
Pour sa toute
première pièce, écrite il y a vingt ans, Yasmina
Reza avait reçu le Molière du meilleur auteur…
Qu’en est-il aujourd’hui qu’elle est devenue l’écrivain
que l’on sait, traduit et joué de par le monde ? Ces
Conversations après un enterrement
ne surprennent pas, dans la mise en scène épurée
de Gabriel Garran : les échauffements bourgeois des six personnages
réunis l’emportent, hélas, sur la noirceur vide
des décors, comme la comédie romantique, teintée
de psychodrame, détourne à son compte l’enterrement
de départ. Le père a été enterré,
et son portrait d’homme distant et artiste est brossé
à la hâte pour mieux laisser la place aux retrouvailles
de ses trois enfants, à peu près quarantenaires, confrontés
dans leur douleur (supposée, plus que manifestée)
à un vieil oncle coureur de jupons et bon vivant, venu avec
sa bobonne, mais aussi à une invitée surprise : Elisa,
donc, jolie femme entièrement résumée par son
petit sourire passivement-agressivement coquin. La morale du tout
: si choquant que cela paraisse, Eros doit prendre le dessus sur
Thanatos (faire l’amour sur une tombe – tout particulièrement
si elle est fraîche)…
La mort
ne mérite-t-elle pas plus de sensibilité ?
Nicolas
Cavaillès
(mars
2006)

http://www.theatre-antoine.com/
|