Rex et moi
de Fred Bernard et François Roca
Albin Michel Jeunesse, 2007

 

 

 

La vie des Dinosaures

 

Ce titre peut laisser croire à une histoire banale d’amitié entre un enfant et un animal, Rex étant un nom classique de chien. Mais on sait d’avance que le dernier album du duo Bernard et Roca, qui nous offrent toujours des surprises, surprendra. Ici, on découvre dès la couverture du livre que l’on se situe dans un autre univers, puisque les deux personnages qui y figurent sont des dinosaures : « Rex » est un tyrannosaure (du type tyrannosaurus Rex), tandis que le narrateur est un « petit » saurien (les adultes de son espèce font environ 1, 80 m).

Malgré ce décalage, on retrouve une trame assez classique : le héros, Iggy Pick, grâce à son courage, sauve son amie Zaia en s’interposant entre elle et le gigantesque Rex. Ainsi commence une amitié avec l’immense tyrannosaure et la rencontre avec d’autres espèces, celles de ceux qui sont nommés ici les « grands ». La rencontre avec Liz, jeune et belle diplodocus (donc bien trop grande pour lui), pour laquelle il éprouve un amour qu’il croit possible, est l’occasion d’évoquer la possibilité d’une entente entre « grands » et « petits », et même d’une collaboration, inventée grâce à la curiosité et à l’ingéniosité d’Iggy. Petites aventures, survie, amours et explorations, Iggy et ses amis vivent dans ce pays et nous le font découvrir. S’étendant sur l’espace des doubles pages, les magnifiques images de François Roca montrent la lumière filtrante des sous-bois, la fumée de l’incendie, la savane et les bords de lac. Elles rythment aussi l’histoire grâce à des cadrages audacieux, des variations de plans.

Tout en se situant dans les premiers âges de la terre, cet album n’a rien de lourdement didactique : aucun nom d’espèce n’est donné (Iggy le petit saurien narrateur n’est pas un spécialiste !) on parle de « grands », par opposition aux plus petits. On évoque « ceux-qui-volent-et-mangent-du-poisson » et « ceux-qui-sortent-de-l’eau-avec-des-pattes ». Pas de didactisme lourd, mais pas de mensonge non plus : on est dans un monde où les grands mangent les petits (le père d’Iggy est un peu plus docte, et nomme cela la « chaîne alimentaire») et où tout cela est rude mais normal : Iggy perd un morceau de queue dans sa lutte avec Rex, il est petit à petit couvert de cicatrices, mais il n’y a pas de bons et de méchants.
Ainsi, cet album propose un univers vivant, des personnages, des situations. Il les présente sans cuistrerie ni niaiserie. Il propose aussi une belle aventure, un récit d’initiation, à travers un texte vif, drôle, qui fait entendre une voix jeune et crâneuse, celle d’Iggy le saurien.

Anne-Marie Mercier-Faivre
(janvier 2008)

Anne-Marie Mercier-Faivre est professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

 

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