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«
Un bateau qui partirait, ou une girafe, aussi bien. »
Le dessin d’Alan
Mets, sur la première de couverture, évoque d’emblée
la peluche dont Oscar, le petit héros de sept ans, est tombé
amoureux : une girafe, au «regard brillant, vivant»,
à la «livrée soyeuse» et qui
a «l’air d’une vraie». Mais le
vieux marchand la vend douze euros cinquante ! Hélas trop
cher pour le garçon qui, résigné mais fier,
quitte la boutique en disant : «Je vais réfléchir.»
L’homme promet de lui réserver le jouet jusqu’au
soir à sept heures…
La scène
se passe à Bordeaux, dans les rues qui longent la Garonne.
Oscar songe souvent «qu’un bateau partant par là
pourrait gagner l’océan, mettre le cap plein Sud et
voguer jusqu’en Afrique», vers le pays de son papa
perdu, celui qui lui vaut «la peau si brune et le cheveu
crépu»… La maman d’Oscar n’a
qu’un travail saisonnier ; ce jour-là, quand elle retrouve
son fils dans leur minuscule chambre d’hôtel, elle lui
offre sa « prime » du quinze août : «un
billet gris, un billet rose !» Le bonheur pour l’enfant,
il est sept heures moins dix…
Arrivé près du magasin, Oscar en voit sortir deux
filles à peine plus âgées que lui, pimbêches
virevoltantes : de leur sac rempli de jouets dépasse la petite
girafe… Elles se disputent, s’en prennent à la
peluche décidément trop « moche »
et « crétine-grave » ; l’une des
gamines lance le jouet dans le fleuve, sous les yeux d’Oscar
impuissant…. Eperdu de chagrin, le garçon se console
en repensant au bateau de ses rêves : « une girafe,
aussi bien… Elle retourne en Afrique. Elle rentre chez elle.
Au pays perdu. Au pays d'un père disparu. » FIN
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«
On peut causer un peu », propose alors Valérie
Dayre ; elle se doute de la déception du jeune lecteur
soumis à cet épilogue bien triste qui rappelle
«les peines de la vraie vie ». Certes
l’auteur fait naître un espoir dans le cœur
d’Oscar : grâce à la girafe qui s’éloigne
et disparaît dans le fleuve, l’enfant «
se réinvente un lien avec l’Afrique
» par l’imagination. Mais on a le «cœur
poigné» quand même. Alors, l’écrivain
révise la première fin qui était «pour
rire – enfin, pour pleurer» : elle se refuse
à reprendre toute l’histoire mais poursuit l’aventure.
Donc, sur le chemin du retour, dans une ambiance « crépuscule
d’été qui évoque la fin du monde
», Oscar repasse devant le magasin où «
tout doit disparaître » : le marchand
l’a attendu et … tout est bien qui finit bien.
« Ça va mieux, comme ça ? »
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Valérie
Dayre écrit depuis plusieurs années pour la jeunesse
; comprenant que ses lecteurs souffrent d’être déçus,
elle devance cette fois leurs réflexions sur ce que son récit
comporte d’improbable ou de peu généreux. Elle
justifie sa démarche, explique comment elle a conçu
son « roman » : le départ de la girafe pour son
long voyage, puis la façon dont Oscar se console, étaient
prémédités. C’est ce qui a déterminé
le lieu, les caractères des personnages, le choix des coïncidences.
Difficile de modifier des scènes sans tout changer et écrire
carrément un autre livre. « Un roman pourrait être
radicalement différent de ce qu’il est…en plus
il ne dit pas tout, il est plein de vides et de silences. »
Au lecteur de combler les trous ! Le récit doit pouvoir faire
« réfléchir, songer, rêver, pleurer,
sourire ». Très à l’écoute
de son jeune public, consciente que la tristesse dérange,
l’auteur concède un « après » ;
mais elle reste persuadée que l’essentiel est de laisser
transparaître un espoir dans l’esprit d’Oscar
et donc dans celui du lecteur qui s’identifie à lui
: « un bateau qui partirait, ou une girafe, aussi bien»…
Ce Retour en Afrique constitue un ensemble
original. On s’attache d’abord au petit héros
de l’histoire, il est adorable ; puis, dans la « discussion
», on apprécie la manière, douce et ferme, dont
la romancière prend son public à partie. Les enfants
imagineront certainement le retour d’Oscar à l’hôtel
où sa maman l’attend : et si l’aventure continue
dans les têtes, n’est-ce pas une belle victoire pour
l’auteur ?
Martine
Falgayrac
(avril 2004)
Martine
Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école
élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage
de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût
et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature
jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner
et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore
activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

http://www.ecoledesloisirs.fr
http://www.univ-lille3.fr/jeunet/auteurs/dayre99/fr_dayre.htm
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