Retour en Afrique

L'Ecole des loisirs, 2004
collection Neuf
à partir de 9 ans

 

« Un bateau qui partirait, ou une girafe, aussi bien. »

Le dessin d’Alan Mets, sur la première de couverture, évoque d’emblée la peluche dont Oscar, le petit héros de sept ans, est tombé amoureux : une girafe, au «regard brillant, vivant», à la «livrée soyeuse» et qui a «l’air d’une vraie». Mais le vieux marchand la vend douze euros cinquante ! Hélas trop cher pour le garçon qui, résigné mais fier, quitte la boutique en disant : «Je vais réfléchir.» L’homme promet de lui réserver le jouet jusqu’au soir à sept heures…

La scène se passe à Bordeaux, dans les rues qui longent la Garonne. Oscar songe souvent «qu’un bateau partant par là pourrait gagner l’océan, mettre le cap plein Sud et voguer jusqu’en Afrique», vers le pays de son papa perdu, celui qui lui vaut «la peau si brune et le cheveu crépu»… La maman d’Oscar n’a qu’un travail saisonnier ; ce jour-là, quand elle retrouve son fils dans leur minuscule chambre d’hôtel, elle lui offre sa « prime » du quinze août : «un billet gris, un billet rose !» Le bonheur pour l’enfant, il est sept heures moins dix…
Arrivé près du magasin, Oscar en voit sortir deux filles à peine plus âgées que lui, pimbêches virevoltantes : de leur sac rempli de jouets dépasse la petite girafe… Elles se disputent, s’en prennent à la peluche décidément trop « moche » et « crétine-grave » ; l’une des gamines lance le jouet dans le fleuve, sous les yeux d’Oscar impuissant…. Eperdu de chagrin, le garçon se console en repensant au bateau de ses rêves : « une girafe, aussi bien… Elle retourne en Afrique. Elle rentre chez elle. Au pays perdu. Au pays d'un père disparu. » FIN

« On peut causer un peu », propose alors Valérie Dayre ; elle se doute de la déception du jeune lecteur soumis à cet épilogue bien triste qui rappelle «les peines de la vraie vie ». Certes l’auteur fait naître un espoir dans le cœur d’Oscar : grâce à la girafe qui s’éloigne et disparaît dans le fleuve, l’enfant « se réinvente un lien avec l’Afrique » par l’imagination. Mais on a le «cœur poigné» quand même. Alors, l’écrivain révise la première fin qui était «pour rire – enfin, pour pleurer» : elle se refuse à reprendre toute l’histoire mais poursuit l’aventure. Donc, sur le chemin du retour, dans une ambiance « crépuscule d’été qui évoque la fin du monde », Oscar repasse devant le magasin où « tout doit disparaître » : le marchand l’a attendu et … tout est bien qui finit bien.
« Ça va mieux, comme ça ? »

Valérie Dayre écrit depuis plusieurs années pour la jeunesse ; comprenant que ses lecteurs souffrent d’être déçus, elle devance cette fois leurs réflexions sur ce que son récit comporte d’improbable ou de peu généreux. Elle justifie sa démarche, explique comment elle a conçu son « roman » : le départ de la girafe pour son long voyage, puis la façon dont Oscar se console, étaient prémédités. C’est ce qui a déterminé le lieu, les caractères des personnages, le choix des coïncidences. Difficile de modifier des scènes sans tout changer et écrire carrément un autre livre. « Un roman pourrait être radicalement différent de ce qu’il est…en plus il ne dit pas tout, il est plein de vides et de silences. » Au lecteur de combler les trous ! Le récit doit pouvoir faire « réfléchir, songer, rêver, pleurer, sourire ». Très à l’écoute de son jeune public, consciente que la tristesse dérange, l’auteur concède un « après » ; mais elle reste persuadée que l’essentiel est de laisser transparaître un espoir dans l’esprit d’Oscar et donc dans celui du lecteur qui s’identifie à lui : « un bateau qui partirait, ou une girafe, aussi bien»
Ce Retour en Afrique constitue un ensemble original. On s’attache d’abord au petit héros de l’histoire, il est adorable ; puis, dans la « discussion », on apprécie la manière, douce et ferme, dont la romancière prend son public à partie. Les enfants imagineront certainement le retour d’Oscar à l’hôtel où sa maman l’attend : et si l’aventure continue dans les têtes, n’est-ce pas une belle victoire pour l’auteur ?

Martine Falgayrac
(avril 2004)

Martine Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

http://www.ecoledesloisirs.fr

http://www.univ-lille3.fr/jeunet/auteurs/dayre99/fr_dayre.htm