Requiem pour une nonne

d'Albert Camus
d'après William Faulkner
mise en scène Jacques Lassalle

au TNP, Villeurbanne
du 14 au 21 janvier 2006


Lumières Franck Thévenon ; scénographie Géraldine Allier ; costumes Florence Sadaune ; son Daniel Girard ; maquillages et costumes Isabelle Lemeilleur ; assistante à la mise en scène Dagmar Wähmer ; collaboration au jeu Olivier Augrond.

Avec Olivier Augrond, Philippe Bianco, Marie-Josée Croze, Scali Delpeyrat, Jacques Lassalle, François Macherey, Martine Maximin.

Coproduction : Athénée Théâtre Louis-Jouvet ; Compagnie Pour Mémoire ; Atelier Théâtre Actuel.

Jacques Lassalle : Lien

Théâtre National Populaire
8 place Lazare-Goujon
69627 Villeurbanne Cedex
tél. location et billetterie
04 78 03 30 00
http://www.tnp-villeurbanne.com

Requiem pour une nonne est, à l'origine, moins une pièce qu'un roman dialogué publié aux États-Unis en 1951. Les deux personnages principaux apparaissent, dès 1931, dans deux récits de Faulkner : Temple Drake, épouse de Gowan Stevens, une jeune femme fortunée du Sud des Etats-Unis, était l'héroïne de Sanctuaire ; Nancy Mannigol, une négresse au service du couple Stevens, celle de Soleil couchant.
L'histoire, d'une grande intensité, se tisse autour de la relation troublante des deux femmes. Elles se connurent dans un bordel, où Temple, après un enlèvement, était séquestrée. Le secret qui les oppose, autour d'anciennes liaisons amorales, du meurtre du propre fils de Temple, est progressivement révélé et le suspense constamment entretenu.

Blues des bons sentiments

Adaptation par Albert Camus d’une ébauche de pièce de William Faulkner, Requiem pour une nonne est tissu des grosses ficelles engagées de l’existentialisme, avec pour trame une Amérique noire et blanche, caricaturalement grise, que le metteur en scène Jacques Lassalle a le bon goût de cantonner à quelques airs de blues et de fondre dans des décors épurés – de vieux et hauts miroirs ternes, sources d’excellents effets lumineux.
Le personnage central ne manque pourtant pas d’intérêt, Temple Stevens, cette noble femme tourmentée qui a versé dans la dépravation, et dont la confession fait tout l’enjeu de la pièce ; mais sa narration, mal dosée, le rythme alternatif (confession / accusation), bancal, rendent l’ensemble peu crédible, fort caricatural là encore. Par-delà les puits sans fond de l’injustice ou de la peine de mort, les thèmes du salut, du pardon, ou de l’aveu (que le maître Dostoïevski a trop bien traité pour que son écolier Camus fasse illusion), s’avèrent sans relief, aussi plat que cette sacro-sainte vérité dont la belle actrice Marie-Josée Croze (qui joue Temple) est en possession, et qu’elle ne parvient pas plus que Scali Delpeyrat (le mari) à sauver de l’écrasement sous la lourdeur ambiante. À l’instar de Jacques Lassalle, qui rend hommage à aux écrivains de son adolescence en campant un avocat sans complexité, un remontreur de torts humaniste dépourvu de finesse, la terrible lenteur de la pièce ne pallie pas l’absence de profondeur du texte de Camus ; le ton grave, par trop sentencieux, prive définitivement le tout d’intensité et de vie, et les grandes phrases plaquées ici et là dans un récit sans surprise ne tirent le spectateur de l’ennui que pour lui évoquer une autre vérité universelle : l’enfer est pavé de bonnes intentions.

Nicolas Cavaillès
(janvier 2006)