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LES
RENCONTRES D'ARLES
10, rond-point des Arènes
13200
Arles
04 90 96 76 06
Site
officiel
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RIP : Attention aux PIP (pipeaux
internationaux de la photographie)
A vos PIP ! prêts ? fuyez !
L’orientation
générale de ces Rencontres impulsée par Raymond
Depardon (et ses invités) est décevante. Déjà
largement critiquée dans les médias, cette (trop)
large part faite aux amis du célèbre photo-journaliste
à reçu quelques piques méritées. Les
expositions échappant à ce cercle d’influence
(Lorenzo Castore et son travail sur Cuba, Anders Petersen et son
périple entre Gap et Saint-Etienne, David Goldblatt et son
point de vue sur l’apartheid, Marina Gadonneix et la vacuité
des plateaux de télévision, Michaël Ackeman)
furent donc proportionnellement réduites. On ne les aura
que d’autant plus appréciées.
On accordera
une mention spéciale à cette Nuit de l’Année
où ont été projetées, toujours dans
une ambiance festive, des sélections de qualité :
clichés du New-York Times, de l’Agence
Vu et, à l’Eglise Saint Césaire, d’une
part des extraits remontés de l’émission Contacts
d’Arte (Sophie Calle, Martin Parr et Araki) et d’autre
part Tendance Floue qui a été à l’honneur
pendant la semaine de festival, du 4 au 9 juillet. Une soirée
de rétrospective au Théâtre Antique où
se mêlaient projections de photos des douze membres de Tendance
Floue et extraits vidéos de leur traditionnelle réunion
du mercredi, ainsi qu’une conférence ont permis de
se (re)plonger dans cet univers où la qualité de la
réflexion mise en image et le caractère percutant
des clichés proposés s’accordent à l‘épopée
débridée et parfois financièrement précaire
de ce collectif. Les POP (Petits Objets en Plastique) pas PIP distribués
en fin de soirée ont volé la vedette aux POM (Petits
Objets Multimédia où l’on voit que le multimédia
peut être parfois du grand n’importe quoi) pas top proposés
en première partie de soirée qui ont plutôt
fait un flop.
Après avoir bien ri des diverses impostures
présentées ça et là pour ces Rencontres
2006 (voir une « sélection » entre photographie
documentaire et supercherie (T.Mailaender aux ateliers SNCF ainsi
qu’un diaporama pour la Nuit de l’Année) –
le second degré dissimulant difficilement le premier, façon
peu habile de proposer du papier et de l’encre en guise de
caviar), on ne laissera pas le bénéfice du doute à
ce type de prestations. « Documentaire » et «
supercherie » sont dans un bateau. « Documentaire »
tombe à l’eau….Reste à aller voir Hayeur
aux Ateliers SNCF. La photographe expose des photomontages à
première vue anodins : un terrain vague, un canyon….Pourtant
approchons-nous : au creux du canyon, on voit bien un sac plastique
tout près de nous, et, au fond de la rigole dans le terrain
vague, un canyon miniature. Ce jeu sur différentes échelles
assemblées au sein d’une même photographie –
lieu hétérotopique (M.Foucault), comme toute image
dont la cohésion est garantie par un cadre ou un cadrage
quadrangulaire – est au service d’une pensée
écologique et paysagère questionnant notre façon
d’être au monde et de le transformer.
La tendance
photo-journalistique de cette édition aura cependant eu entre
autres mérites de mettre en lumière l’une des
caractéristique de ce qui fait peut-être une bonne
photographie : un point de vision particulier, décalé
et décadré, sur le réel où sont en jeu
un recul et une distance critiques. Le cadrage commun (souvent frontal)
d’une scène, d’un sujet ou d’une chose
reste banal. Ce qui ferait la pertinence d’une photographie,
ce serait l’angle de vue original et en cela originel ainsi
que l’instant décisif n’existant que dans le
monde de la représentation (M.Bernard Reymond) choisis et
effectués dans ce monde du symbolique et de l’imaginaire.
Il s’agit de ne pas occuper une place toute faite (pré-pensée,
pré-posée et présupposée) mais bien
d’en construire une qui n’ait pas la gratuité
de l’évidence mais le prix de la réflexion exigeante
et de l’effort exigé. Faire un pas de côté,
ne pas adopter le point de vue conventionnel, décentrer son
regard : cadrage et décadrage, champs et hors-champs sont
des aspects essentiels du photo-journalisme, de la photographie
et de l’image en général.
Puisque vision et vision du monde semblent se rejoindre, il convient,
plus que jamais de prendre en compte, d’analyser et d’utiliser
ces caractéristiques iconiques qui témoignent de notre
façon de penser le monde et de nous y comprendre.
Louise
Charbonnier
(juillet 2006)
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