Photographie
Expositions
4 juillet - 17 septembre 2006

 

 

LES RENCONTRES D'ARLES
10, rond-point des Arènes

13200 Arles
04 90 96 76 06

Site officiel

 

 

RIP : Attention aux PIP (pipeaux internationaux de la photographie)
A vos PIP ! prêts ? fuyez !

L’orientation générale de ces Rencontres impulsée par Raymond Depardon (et ses invités) est décevante. Déjà largement critiquée dans les médias, cette (trop) large part faite aux amis du célèbre photo-journaliste à reçu quelques piques méritées. Les expositions échappant à ce cercle d’influence (Lorenzo Castore et son travail sur Cuba, Anders Petersen et son périple entre Gap et Saint-Etienne, David Goldblatt et son point de vue sur l’apartheid, Marina Gadonneix et la vacuité des plateaux de télévision, Michaël Ackeman) furent donc proportionnellement réduites. On ne les aura que d’autant plus appréciées.

On accordera une mention spéciale à cette Nuit de l’Année où ont été projetées, toujours dans une ambiance festive, des sélections de qualité : clichés du New-York Times, de l’Agence Vu et, à l’Eglise Saint Césaire, d’une part des extraits remontés de l’émission Contacts d’Arte (Sophie Calle, Martin Parr et Araki) et d’autre part Tendance Floue qui a été à l’honneur pendant la semaine de festival, du 4 au 9 juillet. Une soirée de rétrospective au Théâtre Antique où se mêlaient projections de photos des douze membres de Tendance Floue et extraits vidéos de leur traditionnelle réunion du mercredi, ainsi qu’une conférence ont permis de se (re)plonger dans cet univers où la qualité de la réflexion mise en image et le caractère percutant des clichés proposés s’accordent à l‘épopée débridée et parfois financièrement précaire de ce collectif. Les POP (Petits Objets en Plastique) pas PIP distribués en fin de soirée ont volé la vedette aux POM (Petits Objets Multimédia où l’on voit que le multimédia peut être parfois du grand n’importe quoi) pas top proposés en première partie de soirée qui ont plutôt fait un flop.

Après avoir bien ri des diverses impostures présentées ça et là pour ces Rencontres 2006 (voir une « sélection » entre photographie documentaire et supercherie (T.Mailaender aux ateliers SNCF ainsi qu’un diaporama pour la Nuit de l’Année) – le second degré dissimulant difficilement le premier, façon peu habile de proposer du papier et de l’encre en guise de caviar), on ne laissera pas le bénéfice du doute à ce type de prestations. « Documentaire » et « supercherie » sont dans un bateau. « Documentaire » tombe à l’eau….Reste à aller voir Hayeur aux Ateliers SNCF. La photographe expose des photomontages à première vue anodins : un terrain vague, un canyon….Pourtant approchons-nous : au creux du canyon, on voit bien un sac plastique tout près de nous, et, au fond de la rigole dans le terrain vague, un canyon miniature. Ce jeu sur différentes échelles assemblées au sein d’une même photographie – lieu hétérotopique (M.Foucault), comme toute image dont la cohésion est garantie par un cadre ou un cadrage quadrangulaire – est au service d’une pensée écologique et paysagère questionnant notre façon d’être au monde et de le transformer.

La tendance photo-journalistique de cette édition aura cependant eu entre autres mérites de mettre en lumière l’une des caractéristique de ce qui fait peut-être une bonne photographie : un point de vision particulier, décalé et décadré, sur le réel où sont en jeu un recul et une distance critiques. Le cadrage commun (souvent frontal) d’une scène, d’un sujet ou d’une chose reste banal. Ce qui ferait la pertinence d’une photographie, ce serait l’angle de vue original et en cela originel ainsi que l’instant décisif n’existant que dans le monde de la représentation (M.Bernard Reymond) choisis et effectués dans ce monde du symbolique et de l’imaginaire. Il s’agit de ne pas occuper une place toute faite (pré-pensée, pré-posée et présupposée) mais bien d’en construire une qui n’ait pas la gratuité de l’évidence mais le prix de la réflexion exigeante et de l’effort exigé. Faire un pas de côté, ne pas adopter le point de vue conventionnel, décentrer son regard : cadrage et décadrage, champs et hors-champs sont des aspects essentiels du photo-journalisme, de la photographie et de l’image en général.
Puisque vision et vision du monde semblent se rejoindre, il convient, plus que jamais de prendre en compte, d’analyser et d’utiliser ces caractéristiques iconiques qui témoignent de notre façon de penser le monde et de nous y comprendre.

Louise Charbonnier
(juillet 2006)