| LES
RENCONTRES D'ARLES
10, rond-point des Arènes
13200
Arles
04 90 96 76 06
Grands
Prix des
Rencontres d'Arles 2004
(créés en 2002) remis le 11 juillet 2004 |
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Rétrospective
Comme chaque
année, les Rencontres d’Arles, grande fête de
la photographie, permettent de faire le point sur le devenir erratique
des images. Innovation pour cette 35e édition : l’espiègle
photographe anglais Martin Parr est le commissaire
invité de 25 des 46 expositions proposées. «
Un point commun m’est apparu cette année face aux
travaux des photographes contemporains : le documentaire conceptuel.
Il s’agit d’une tendance de taille : assaillis tous
les jours par des milliers d’images et d’informations,
nous avons de plus en plus besoin de mettre de l’ordre dans
ce chaos. La démarche photographique qui consiste à
choisir une facette de notre société pour l’approfondir
ensuite est sans doute la bonne, qu’il s’agisse de documenter
une meeting dans une bourgade des Etats-Unis ou de dresser l’inventaire
des mines antipersonnel » écrit Martin Parr. Si
cette idée de « documentaire conceptuel » (point
de vue subjectif d’un artiste sur l’actualité
ou le réel par le biais de la série, de l’ironie,
du questionnement, etc.) dessine en pointillés une ligne
commune aux expositions, on constate cependant une grande hétérogénéité
des propositions : beaucoup de photographes méconnus, des
artistes de générations et d’origines diverses,
des formes hétéroclites pouvant aller jusqu’aux
arts plastiques (avec par exemple l’exposition consacrée
à l’artiste italien Michelangelo Pistoletto,
une des figures de l’Arte Povera) ou à ce que Parr
nomme la «photographie vernaculaire» (photo
amateur, cartes postales, publicités, etc.).
Point de tête
d’affiche cette année, contrairement aux années
précédentes avec la grande rétrospective Koudelka
en 2002 ou la mise en avant de la photo chinoise en
2003.
De cette cuvée 2004, globalement de très bonne qualité,
nous retiendrons quelques lignes de force et individualités
marquantes. Parmi les nombreux photographes japonais présentés,
deux sortent du lot : la jeune Rinko Kawauchi (née
en 1972) et ses photographies épurées, poétiques,
nimbées de lumière blanche ; et le moins jeune Osamu
Kanemura (né en 1964 à Tokyo) tissant ses
images urbaines de fils électriques, de panneaux signalétiques
et de lignes géométriques en un maillage dense.
On pourra aussi
découvrir ou redécouvrir deux photographes anglais
à travers la petite rétrospective consacrée
à Tony Ray-Jones chroniquant avec humour
et élégance la vie quotidienne de ses compatriotes,
et la présentation d’une quinzaine de grands formats
de l’étonnant Chris Killip posant
son regard « démesuré » et frontal sur
le nord industriel de l’Angleterre.
Digne héritier de Bernd et Hilla Becher, l’allemand
Frank Breuer inventorie quant à lui les
signes et les formes des zones commerciales, allant jusqu’à
transformer des containers en superbes créations picturales
abstraites. Point de vue neutre et perturbant aussi chez Paul
Shambroom qui fixe en grands formats couleurs les conseils
municipaux de petites bourgades américaines, ou chez Katy
Grannan qui littéralement met à nu la middle
class américaine.
Les Rencontres
d’Arles sont aussi l’occasion de « réviser
ses classiques » avec la belle rétrospective consacrée
à Lucien Clergue (l’un des cofondateurs
des Rencontres en 1969 avec Jean-Maurice Rouquette et Michel Tournier),
l’expo Gÿorgy Lörinczy (images
mouvementées et erratiques sur le New York des années
1970), la présentation des collections de la FNAC (où
l’on verra le fameux cliché de Robert Capa
du soldat républicain espagnol fauché par la mort,
le portrait du « Che » ou encore des photographies de
Cartier-Bresson, Mario Giacomelli, Leonard Freed, Max Pam,
etc.), et l’exposition « Oeuvres inachevées
» organisée par la MEP et consacrée aux photographes
morts du sida (Robert Mapplethorpe, Hervé Guibert...).
Enfin, nous
vous conseillerons deux expositions un peu « décalées
» plus proches des arts plastiques que de la photographie
« classique » : celle consacrée à trois
artistes post-modernes russes (Oleg Kulik, le collectif
AES+F et Arsen Savadov) avec des mises
en scène poussant le spectateur au bord du malaise, et celle
de l’artiste japonaise Kimiko Yoshida mettant
en abîme l’identité féminine à
travers des autoportraits « monochromes » d’une
beauté stupéfiante !
Jean-Emmanuel
Denave
(juillet 2004)
Jean-Emanuel
Denave, né en 1970, est critique et journaliste
(collaborations avec Sitartmag, l'Express, L'Art Aujourd'hui, Le
Petit-Bulletin Lyon). Amitiés d'écriture avec les
arts plastiques, la photographie et la danse contemporaine. Contact

Pawel
Zak
Quelqu’un
que je connais bien
Atelier
de Chaudronnerie – Jusqu'au 19 septembre 2004
Dans
le cadre de l’édition 2004 des Rencontres de la Photographie,
l’artiste polonais Pawel Zak expose dans les anciens ateliers
SNCF de la ville d’Arles une série d’autoportraits
en noir et blanc regroupés sous le titre Quelqu’un
que je connais bien. La plupart de ces scènes d’intérieur
sobre sont habitées par deux personnages : le photographe
lui-même, et, dans un miroir, son reflet doué d’une
existence propre.
Les premières
photographies expriment le conflit entre le photographe et son alter
ego : devoir cohabiter sans cesse avec son reflet, voilà
qui entraîne d’inexorables querelles de voisinage. On
ne se supporte tout simplement plus. D’abord, l’homme
pousse un cri et étouffe simultanément celui de son
reflet en lui plaquant la main sur la bouche. Le pendant de ce cliché
montre le photographe, les mains plaquées sur les oreilles,
se protégeant du cri de son reflet dans le miroir. Dans le
combat sans fin qui est engagé avec son double, Pawel Zak
va jusqu’à signifier sa démission à travers
sa propre disparition : sur un cliché, il n’y a plus
que deux reflets, l’un dénudé et pudique, l’autre
décontracté, s’habillant, tandis qu’un
siège vide, à côté, est un témoin
« positif » (par opposition au sens photographique de
« négatif ») de l’absence du photographe.
Mais, loin de
toute schizophrénie, loin de toute aliénation de l’homme
par son double qu’il (qui l’) aperçoit, le travail
de Pawel Zak transcrit cette tentative à la fois particulière
et universelle de l’humain pour construire son identité,
et son unicité à travers son apparence (vestimentaire
notamment, de nombreuses photographies de l’artiste le montrant
s’habillant ou se dévêtant). Comme dans Alice
au Pays des Merveilles il s’agit pour Pawel Zak de décrypter
ce qu’il y a «de l’autre côté
du miroir», ou plutôt qui s’y trouve. Sur
un cliché, l’image du reflet est flou alors que celle
du photographe est nette. Lequel est alors l’original, moi
ou le reflet ? Quelle est la vraie vie, celle que je vis ou celle
qui existe dans mes rêves ? L’étape du doute
est nécessaire pour se créer et s’actualiser.
Parfois pourtant,
entre le photographe et son reflet, la rencontre n’a pas lieu
: le premier a les yeux ouverts, l’autre a les yeux fermés.
A d’autres moments, on surprend le reflet en train d’asperger
avec malice le nez du « vrai ». Pawel Zak aborde aussi
cet aspect ludique dans une scène où il essaye de
prendre en photo son double, cette fois-ci bien réel, qui
joue comme un enfant turbulent avec des avions en papier –
réflexion sur la difficulté de l’homme à
se penser dans le temps : comment puis-je être ce que je suis
en n’étant plus ce que j’étais et en ne
sachant pas ce que je vais devenir ? Question à laquelle
Hegel répondait par le concept d’Aufhebung
: le dépassement et la conservation (l’adulte n’est
plus l’enfant, mais sans l’enfant il ne peut y avoir
d’adulte).
Dans un troisième
temps, Pawel Zak met en abîme cette réflexion grâce
à la mise en scène artistique ; comme sur cette photographie
où le photographe tient un miroir où son reflet tient
un miroir etc. L’idée est par ailleurs développée
dans un cliché qui s’inspire des Ménines
du peintre Vélasquez. Pawel Zak n’a pas choisi au hasard
ce tableau, qui donne à voir sans doute mieux qu’aucun
autre la pensée de l’artiste sur la place qu’il
occupe dans son œuvre et où le spectateur est mis à
contribution et questionné sur son rôle dans la (re)création
de l’œuvre d’art. Dans cette exposition, il en
va de même pour le visiteur dont le reflet sur les sous-verres
des photographies ajoute une dimension au travail du photographe.
Louise
Charbonnier
(juillet 2004)

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