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Donner
du bonheur pour en recevoir
Sur le dessin
de couverture, une adolescente, affalée au pied d’un
évier où trônent les restes d’un repas,
pose la main droite sur un tube de papier blanc enroulé dans
un ruban rouge. Les habits moulants de la jeune fille accentuent
ses rondeurs, les longs cheveux blonds encadrent un visage aux sourcils
froncés, aux yeux rougis. Au premier plan gît un cutter…
L’illustration de Mathilde Arnault annonce
un récit difficile…
Marie-Louise,
qui préfère se faire appeler Marilou, a quinze ans
et pèse 83 kilos pour 1m65. Les ados du collège la
surnomment «Mademoiselle Gélatine» en
se moquant de «la mollesse de sa chair». On
lui propose facilement de finir les plats, vu son «profil
de vide-paniers». Angoissée et malheureuse, Marilou
sèche les cours pour la première fois ; elle se réfugie
à l’hôpital, au chevet de son grand-père
maternel, roi de la bonne humeur, «as des grimaces».
Dans cet endroit où personne ne lui rit au nez, où
elle se sent bien, aussi bien qu’aux cours de théâtre
du mercredi, Marilou répète avec son «Papy
Tambour» le rôle de la nourrice d’Antigone.
Mais bien sûr le collège avise ses parents de l’absence
de la jeune fille… «J’eus dans mes larmes
l’envie de hurler que j’en avais marre d’eux…
que c’est facile de suivre le droit chemin quand on a la bonne
taille pour avancer. Moi, je me frotte aux parois.» Marilou
touche son ventre, sent ses cicatrices, cherche son cutter pour
se punir, se soulager, «oublier dans la douleur»…
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Heureusement,
grâce à un simple tube de papier blanc entouré
d’un ruban rouge, une semaine éprouvante va commencer
et permettre d’«engloutir» l’image
de «la petite Marilou à la silhouette gélatineuse».
Les messages reçus par la jeune fille sont des cris
d’amour ; elle se découvre pour la première
fois importante pour quelqu’un. Alors tout s’enchaîne,
elle abandonne son cutter, trouve l’énergie d’affronter
ses parents pour clamer son identité ; elle répond
aux moqueries, décide de «dire non aux imbéciles
qui méprisent, qui agressent les autres sans parfois
les connaître, dire non au désespoir».
La si belle Laura et même Maureen la branchée
lui proposent leur soutien et leur amitié. Au théâtre,
elle décroche le rôle d’Antigone. Les lettres
de Samuel continuent à la porter, à la soutenir
dans son ascension vers le bonheur. Mais qui est donc ce bel
inconnu qui tarde à se montrer? |
Marilou est
touchante, désarmante. Son histoire décrit les malaises
ressentis par les jeunes et particulièrement la difficulté
d’assumer un physique qui ne présente pas les critères
à la mode. L’auteur insiste sur les réactions
inconsidérées des adolescents face au malaise d’un
des leurs, parce qu’il est plus facile d’être
méchant que de chercher à comprendre. Il raconte aussi
les difficultés des enfants à répondre aux
ambitions des parents qui eux aussi ont peur de ne pas être
à la hauteur de leur devoir. Il suffit de pas grand chose
finalement pour sauver une destinée et favoriser le bonheur,
de même un rien peut conduire à l’automutilation.
Le récit n’évoque pas le suicide mais le lecteur
ne peut s’empêcher d’y penser devant tant de mal-être.
Il faut comme Marilou bénéficier d’un déclencheur
pour comprendre que «l’important
n’est pas le regard que les autres portent sur nous mais celui
qu’on porte sur eux»
; alors, «quand le regard qu’on met sur les autres
se fait tout doux, tout tendre, tout à coup le bonheur même
devient possible». Puis, grâce au théâtre,
l’adolescente sort du tunnel : voilà une vraie thérapie
naturelle, un accompagnement idéal permettant un voyage intérieur
et une meilleure connaissance de soi ; jouer pour les autres force
à échapper à ses propres douleurs, l’énergie
est utilisée à transmettre le bonheur aux spectateurs
dont la satisfaction renvoie forcément une image positive.
Dans cette histoire
écrite à la première personne, Christophe Renault
arrive à traduire les désarrois d’une jeune
fille ; cependant, il utilise tant de métaphores et teinte
les dialogues d’un humour si grinçant que le roman,
par moments catalogue de jeux de mots, perd de sa crédibilité
et met mal à l’aise… Parcours d’espoir,
apologie de la volonté, la leçon se veut optimiste
et peut quand même aider les jeunes lecteurs à mieux
se comprendre ou découvrir chez les autres des souffrances
insoupçonnées. Elle donne quelques clés positives
pour favoriser l’expression personnelle, par le théâtre
notamment qui libère la parole et initie au dialogue. Elle
invite à «parler doucement pour faire entendre
ses raisons» ; en affirmant qui on est, on amorce une
démarche vers les autres, on arrive à oublier son
nombril, «le cœur devient plus grand que le ventre»,
on communique enfin, on est sauvé du désespoir…
Martine
Falgayrac
(août 2004)
Martine
Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école
élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage
de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût
et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature
jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner
et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore
activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

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