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L'hiver
de force de Réjean Ducharme, mis en scène
par Lorraine Pintal
Théâtre
de l'Odéon à Paris du 7 au 17 février
2002 |
On le sait depuis
L'avalée des avalés (1966), Réjean
Ducharme, né au Québec en 1941, et dont l'itinéraire
d'écrivain n'est pareil à nul autre, manie une langue
bien à lui. Gros Mots n'échappe pas
à cette constante minimale ; le titre lui-même pourrait
annoncer tout un programme, mais ce n'est pas celui qu'on croit.
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Johnny,
le narrateur, est un personnage qui n'arrive pas à exister
vraiment par lui-même ; tout le roman est fait de ses
va-et-vient entre Exa, la femme avec qui il habite au milieu
des querelles explosives, sa « Petite Tare », avec qui les conversations
téléphoniques sont de longs et énigmatiques
couplets amoureux, et Poppée la serveuse, la femme-étape
de la brasserie-refuge. Un « alter ego », un semblable dont
il a trouvé par hasard le cahier intime, et qui deviendra
par déformation lexicale « Walter », servira de guide
en filigrane dans cet itinéraire en forme de cercle sans
destination apparente, sans progression raisonnable.
Pas de destination fixée, mais une idée fixe :
« Vivre peu mais vivre mieux, une demi-heure, un quart d'heure
par jour s'il le faut, mais d'amour, au prix d'être forcé
de tuer tout le reste du temps, et de crever avec. ». Hors
l'amour, rien ne vaut ; il ne s'agit pas de se lamenter désespérément
sur les vides de l'existence, mais de les laisser se construire,
et de les remplir de cet amour à part, celui de la « Petite
Tare ». « C'est tout simple, il suffit d'y penser, tout le
temps ». |
Voilà où
on en vient. Les « gros mots » sont ceux qui permettent à un
bon à rien, à un asocial, à une « espèce »
(comme dit son amante de cœur) de parler d'amour avec la passion et
la pureté qui conviennent, dans la langue la plus mélangée
et la plus expressive qui soit : « Moi grand persifleur jamais
assez désenchanté, plongé le premier dans le
délire, et pris jusqu'au trognon, heureux de frôler le
ridicule et l'obscénité avec elle parce qu'ils sont
les écueils de l'amour. On s'en fout si c'est charrié,
si ça ne tient pas debout, pourvu que ce soit un conte de fées ».
Les héros de Réjean Ducharme ont souvent ce côté
enfantin, mystérieux et brutal qui fait que, sans les comprendre
complètement, on s'y attache profondément. On leur fait
confiance.
J-P
Longre
Jean-Pierre
Longre, maître de conférences en littérature
du XXème siècle à l'Université Jean
Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical.
Il participe actuellement à l'édition des romans de
Queneau dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur
les littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

http://www.litterature.org/notice.asp?numero=181
http://www.theatre-contemporain.net/spectacles/hiver_de_force/frametop.htm
http://www.gallimardmontreal.com/cata.fcgi/affiche?9782070756681
http://felix.cyberscol.qc.ca/LQ/auteurO/oneil_hu/ducharme.html
http://www.aqad.qc.ca/PAGES/AUTEURS/ducharme_rejean.htm
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