 |

|
Publications théâtrales
Ces
recensions ont paru dans le numéro 239 de
La Revue des livres pour enfants
(La
Joie par les livres / BNF, février 2008)
|
|
|
Sous
un ciel de chamaille de Daniel Danis - L'Arche
éditeur
Dis-le-moi ! d'Erwan Bargain
- Lansman
Ohne
de Dominique Wittorski - Actes Sud-Papiers
La
Petite Danube de J-P. Cannet, ill. d’Edmond Baudoin
- Les éditions Théâtrales
La
Robe de Gulnara d'Isabelle Hubert - Lansman
Juliette
toute seule de Florence Klein - Lansman
Rêves
de théâtre, Florence Klein, ill. Madeleine
Tirtiaux Lansman et le CDWEJ
Alice
et autres merveilles de Fabrice Melquiot - L'Arche
éditeur
L’épouvantable
petite princesse de Geneviève Damas - Lansman
Le
navigateur et l’enfant de Jean-Rock Gaudreault
- Lansman

L'éditeur |
Sous
un ciel de chamaille de Daniel Danis
L'Arche éditeur
À partir de 10 ans
Quelque
part à la frontière d’Israël
et de la Palestine, naît une amitié interdite
entre Lirane, 8 ans, fillette juive qui habite une vraie
maison entourée de terres fertiles et Ferhat, 11
ans, Palestinien qui vit dans un camp de réfugiés
poussiéreux ; une relation avec ses hauts et ses
bas, entre attirance et répulsion, renforcée
par la perte respective d’un frère et d’une
sœur morts dans un attentat. La folie adulte des
«chamailles » est bientôt supplantée
par celle des éléments qui se déchaînent,
la nature reprenant ses droits et unissant les humains
dans les mêmes souffrances. L’auteur, sans
prendre parti, plaide pour la réconciliation et
l’espoir d’un avenir commun. Malgré
le sujet délicat, tout est parfaitement dosé,
les dialogues vifs et entraînants, les personnages
très attachants.
|

L'éditeur |
Dis-le-moi
! d'Erwan Bargain
Lansman
À partir de 9 ans
La
veille de son déménagement, Lisa tente
d’avouer son amour à son ami Théo,
mais le garçon joue l’indifférent
et feint de dédaigner ce genre de sentiment.
Des années plus tard, Théo, rongé
de regrets, se souvient de cet épisode qui a
marqué son enfance. La pièce se présente
comme un débat sur le sentiment amoureux (ses
symptômes, ses causes, le pour et le contre, le
sens du mot « bonheur » et d’autres
choses encore), mené avec une lucidité
mêlée de candeur par deux enfants de huit
ou neuf ans. Suffit-il d’être amoureux pour
être heureux ? C’est ce que soutient Lisa,
vite contredite par son ami, qui prend au pied de la
lettre les métaphores associées au coup
de foudre et à l’amour. Un charmant badinage
teinté d’une douce nostalgie, qui parlera
aussi aux adultes.
|

Collidram
L'éditeur |
Ohne
de Dominique Wittorski
Actes Sud-Papiers
dès 13 ans
Ohne
(la préposition allemande signifiant « sans
») va chercher du travail à l’ANPE et
se trouve confronté à la rigueur et au jargon
bureaucratiques. Le dialogue en trois temps qui s’instaure
entre le personnage, décalé et en apparence
très naïf, et l’employé, pourtant
plein de bonne volonté, donne lieu à nombre
de quiproquos et de méprises, une manière
de mettre l’accent sur les absurdités de notre
époque (entre autres celle du langage) et les angoisses
liées au chômage. Malgré son âpreté
et sa complexité, la pièce a remporté
le Prix de littérature dramatique des collégiens,
décerné pour la première fois en 2007
par l’ANETH – prix baptisé «Collidram
» pour 2008, faisant intervenir plusieurs classes
de collège d’Ile de France.
|

L'éditeur |
La
Petite Danube de Jean-Pierre Cannet, ill. d’Edmond
Baudoin
Les éditions Théâtrales
À partir de 12 ans
Au
pied des Carpates (« dans une éternité
d’enfance et de guerre »), Anna, fille
de garde-barrière, grandit avec le bruit des trains
dans les oreilles – des wagons qui vont vers une destination
finale, le camp de « prisonniers » situé
non loin de chez elle. Presque rien n’est «
montré», hormis une veste à rayures
trouvée par Anna, qu’elle surnomme Arthur et
qui devient son unique compagnon de jeux, puis un prisonnier
décharné, pourchassé par des soldats,
qu’elle croise dans les bois. Poignant, le texte capte
avec justesse et pudeur l’horreur des crimes nazis,
tout en dénonçant la lâcheté
des individus lambda, dont les parents d’Anna, qui
restent sur leur quant-à-soi et collaborent quand
il le faut. Les illustrations au fusain en disent peut-être
un peu trop, mais la langue est belle, limpide, l’atmosphère
étouffante, et le dénouement, nimbé
de fantastique, n’en devient que plus percutant. |

L'éditeur |
La
Robe de Gulnara d'Isabelle Hubert
Lansman
À partir de 12 ans
Entre
l’Arménie et l’Azerbaïdjan, une
communauté d’apatrides vit depuis des années
dans des wagons abandonnés. Le narrateur conte l’histoire
de sa mère Mika, alors âgée de 13 ans,
une fille joyeuse et généreuse qui, la veille
des noces de sa sœur grande Gulnara, tache malencontreusement
la robe de mariée avec du goudron. Mika part alors
en quête de celui ou de celle qui voudra bien l’aider
à réparer son erreur et tombe sur un commerçant
qui lui propose de se vendre afin de gagner de quoi offrir
une nouvelle robe à sa sœur. Un marché
risqué, que Mika accepte, sans savoir qu’une
autre solution a été trouvée. De courtes
scènes, une intrigue qui tient en haleine, une ironie
dramatique parfaitement construite, une galerie de personnages
incarnant divers travers ou qualités (solidarité,
avarice, égoïsme) et un dénouement tragique
pour cette fable atemporelle sur l’innocence corrompue. |

Le
blog
L'éditeur |
Juliette
toute seule de Florence Klein
Lansman
à partir de 10 ans
Sous-titrée
« Un voyage dans l’histoire du théâtre
occidental », la pièce est construite
à la manière d’une fable dont le propos
serait, tout simplement, le théâtre ; ses
origines, le jeu et le travail des comédiens, l’art
de la mise en scène et de la scénographie,
les textes et leurs auteurs... Dans ce monologue, Juliette,
la comédienne, joue (à sa manière)
la Juliette de Shakespeare mais endosse aussi tous les
rôles possibles : narratrice, actrice, personnage
et conférencière, elle revient sur l’enfance
du théâtre et présente Dionysos, Shakespeare,
l’épouse de Brecht, ou encore Sarah Bernhardt
et Tchekhov. La volonté didactique qui préside
à l’ensemble est évidente mais le
texte charme pour sa fraîcheur, sa fantaisie et
le ton direct que la narratrice emploie pour s’adresser
au lecteur/public.
Rêves de théâtre,
la mise en scène au XXe siècle
Florence Klein, illustrations Madeleine Tirtiaux
Lansman et le CDWEJ, collection Empreintes.
À partir de 12-13 ans
En
prolongement de Juliette toute seule,
Florence Klein raconte la pratique théâtrale
(émergence du metteur en scène, costumes,
jeux, etc.), son histoire (portraits de dramaturges et
de comédiens qui ont marqué le siècle)
et sa propre expérience. Publié à
l’initiative du Centre Dramatique de Wallonie pour
l’Enfance et la Jeunesse, cet ouvrage documentaire
concis et aéré, émaillé d’anecdotes
et agrémenté de nombreuses illustrations,
est complémentaire de la pièce citée
ci-dessus et permet de réfléchir, entre
autres, aux rapports entre texte et mise en espace.
|

L'éditeur
du
même auteur |
Alice
et autres merveilles de Fabrice Melquiot
L'Arche éditeur
À partir de 9 ans et plus
La
trame s’inspire d’Alice au pays des merveilles,
que l’auteur subvertit avec inventivité en
faisant intervenir d’autres personnages (Le petit
Chaperon rouge, la poupée Barbie, Pinocchio, E.T.
etc.) qui se rebellent un peu, las de leur rôle
traditionnel, ou qui se perdent dans l’histoire
d’Alice, la croisent puis repartent vers d’autres
histoires, sans plus savoir où ils en sont....
Proprement irracontable, se distinguant par l’impertinence
de son ton et l’originalité de sa construction,
la pièce, qui suit pourtant l’intrigue initiale,
reste imprévisible, composée d’interludes
musicaux, de rêves enchâssés (peut-être
ceux d’un vieil homme à la barbe fleurie)
et de rencontres loufoques où Alice apparaît
comme une fillette lucide, contemporaine et fantasque,
qui (on s’en doutait), accepte difficilement de
grandir.
|

L'éditeur |
L’épouvantable
petite princesse de Geneviève Damas
Lansman
À partir de 7 ans
Un
roi et une reine, désespérés de
n’avoir pas d’enfant, s’adressent
à… l’auteur de la pièce afin
qu’il leur fournisse l’héritière
mentionnée dans le titre : naît donc Adélaïde,
gâtée par ses parents, capricieuse et (forcément)
tyrannique. La seule à pouvoir l’apprivoiser
? Sa Mémé, qui décide de l’emmener
en voyage et de lui faire découvrir d’autres
horizons. Au-delà de la réflexion sur
l’éducation et sur les rapports de force
entre enfants et adultes, le texte aux dialogues enlevés,
fantaisiste à souhait, relate le parcours d’une
fillette qui apprend à s’ouvrir aux autres,
par le biais de diverses mises à l’épreuve.
Le recours astucieux à l’auteur pour résoudre
certains problèmes et venir en aide aux personnages
permet une mise en abîme qui ajoute à la
cocasserie de l’ensemble, tout en confrontant
le lecteur, en filigrane, à ce qui sous-tend
la construction d’un récit.
|
|

L'éditeur
du
même auteur
|
Le
navigateur et l’enfant de Jean-Rock Gaudreault
Lansman
à partir de 9 ans
La
rencontre de deux solitudes : Nora, négligée
par son père qui rentre tard le soir, et un
retraité plein de bonne volonté, qui
veut se rendre utile. L’enfant est d’abord
irritée par la présence quotidienne
du vieil homme, puis fascinée quand il se met
à lui raconter sa vie d’aventures, au
temps où il était navigateur. Le renversement
des rôles ne manque pas d’intérêt
: le vieil homme apprend à Nora à redevenir
enfant en la faisant rêver ; le dénouement
est un peu rapide mais la pièce reste émouvante,
sans mièvrerie.
|
Blandine
Longre
(avril 2008)
Blandine
Longre,
agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices
de Sitartmag ; traductrice et critique littéraire, elle
s’intéresse tout particulièrement aux écritures
contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale
etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre
(texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

|
|