La sorcière d'avril
et autres nouvelles

Actes Sud Junior, avril 2001
Collection "Les Romans"

à partir de 10 ans.

 

"Les Romans" est une collection fondée sur un principe estimable, à savoir qu'une littérature véritable doit être proposée aux enfants, et pas seulement des histoires divertissantes ; des textes abordables mais permettant une véritable réflexion, une littérature d'idées...
Cette réédition de quatre nouvelles de Ray Bradbury dans une collection pour la jeunesse épouse ce principe, même s'il est vrai qu'à l'origine, ces textes sont destinés à un public adulte. Néanmoins, leur simplicité apparente et les thèmes traités peuvent charmer sans peine un public plus jeune qui souhaite progressivement aborder une littérature authentique.
Dans chacune des nouvelles, le lecteur est confronté à un univers déroutant, l'auteur n'ayant de cesse de nous déstabiliser. La Brousse est sans doute la plus terrifiante du recueil, narrant comment, dans un monde déshumanisé et exagérement robotisé, un frère et une soeur (aux prénoms qui évoquent pourtant le monde joyeux et féerique de Peter Pan), se métamorphosent peu à peu et agissent comme des monstres envers leurs parents... Une fable teintée d'ironie et dont on redoute le dénouement.
La sorcière d'Avril et La sirène tiennent davantage de l'évocation amoureuse et nous plongent dans un monde fantastique et inquiétant, mais aussi empreint d'amour (ou de son illusion) et de nostalgie. La sirène (le titre peut être trompeur) met en scène un phare, deux hommes et une apparition venue du fond des âges et des océans, qui croit reconnaître, dans le hurlement de la sirène du phare, un chant d'amour. De même, Cely, jeune sorcière aux pouvoirs enivrants, rêve de tomber amoureuse et investit le corps d'une jeune fille...
Comme on se retrouve fonctionne sur un autre mode, celui, cher à Bradbury, de l'anticipation politique et sociale. Diatribe contre le racisme et la ségrégation, écrit en 1951, ce récit témoigne du souci de l'auteur de montrer que noirs et blancs peuvent vivre en harmonie et comment les noirs, en agissant comme les blancs, pourraient perdre leur humanité. Etonnant mea culpa de l'Américain blanc, cette nouvelle a une portée universelle (on regrettera seulement le fait que la traduction de 1953 - Denoël - n'ait pas été révisée et en particulier l'emploi d'un terme péjoratif qui n'est certainement pas présent dans le texte anglais).
Oscillant entre fantastique, imaginaire et clairvoyance, ce recueil, par un "auteur d'idées" (mais sachant merveilleusement bien raconter des histoires) enchantera enfants et parents.

B.Longre



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