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"Les
Romans" est une collection
fondée sur un principe estimable, à savoir qu'une
littérature véritable doit être proposée
aux enfants, et pas seulement des histoires divertissantes ; des
textes abordables mais permettant une véritable réflexion,
une littérature d'idées...
Cette réédition de quatre nouvelles de Ray Bradbury
dans une collection pour la jeunesse épouse ce principe,
même s'il est vrai qu'à l'origine, ces textes sont
destinés à un public adulte. Néanmoins, leur
simplicité apparente et les thèmes traités
peuvent charmer sans peine un public plus jeune qui souhaite progressivement
aborder une littérature authentique.
Dans chacune des nouvelles, le lecteur est confronté à
un univers déroutant, l'auteur n'ayant de cesse de nous déstabiliser.
La Brousse est sans doute la plus terrifiante du
recueil, narrant comment, dans un monde déshumanisé
et exagérement robotisé, un frère et une soeur
(aux prénoms qui évoquent pourtant le monde joyeux
et féerique de Peter Pan), se métamorphosent peu à
peu et agissent comme des monstres envers leurs parents... Une fable
teintée d'ironie et dont on redoute le dénouement.
La sorcière d'Avril et La sirène
tiennent davantage de l'évocation amoureuse et nous plongent
dans un monde fantastique et inquiétant, mais aussi empreint
d'amour (ou de son illusion) et de nostalgie. La sirène
(le titre peut être trompeur) met en scène un phare,
deux hommes et une apparition venue du fond des âges et des
océans, qui croit reconnaître, dans le hurlement de
la sirène du phare, un chant d'amour. De même, Cely,
jeune sorcière aux pouvoirs enivrants, rêve de tomber
amoureuse et investit le corps d'une jeune fille...
Comme on se retrouve fonctionne sur un autre mode,
celui, cher à Bradbury, de l'anticipation politique et sociale.
Diatribe contre le racisme et la ségrégation, écrit
en 1951, ce récit témoigne du souci de l'auteur de
montrer que noirs et blancs peuvent vivre en harmonie et comment
les noirs, en agissant comme les blancs, pourraient perdre leur
humanité. Etonnant mea culpa de l'Américain blanc,
cette nouvelle a une portée universelle (on regrettera seulement
le fait que la traduction de 1953 - Denoël - n'ait pas été
révisée et en particulier l'emploi d'un terme péjoratif
qui n'est certainement pas présent dans le texte anglais).
Oscillant entre fantastique, imaginaire et clairvoyance, ce recueil,
par un "auteur d'idées" (mais sachant merveilleusement
bien raconter des histoires) enchantera enfants et parents.
B.Longre

http://www.actes-sud.fr
http://www.raybradbury.com/
http://www.cafardcosmique.com/auteur/bradbury.html
http://www.brookingsbook.com/bradbury/bradbury.htm
http://www.surf.be/membres/pds/Auteurs/Bradbury/Bradbury.htm
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