La Parabole du Poulet
Grandeur et décadence des mots
Chiflet et Cie, 2005

 

 

Etudes de l’évolution des mots : condensé in vivo

A l’heure où Alain Rey sera à la Bibliothèque de la Part Dieu pour parler du Dictionnaire culturel en langue française, peut-être aurez-vous déjà lu ce petit livre au titre énigmatique : La Parabole du Poulet. Première remarque : cette accroche curieuse présente l’intérêt de nous arrêter sur le langage et les mots, que nous utilisons sans nous poser de questions. Aucun reproche là : les penseurs eux-mêmes n’ont commencé à interroger le sens du langage, - notamment par qui et au nom de quoi est donné ce sens -, que depuis peu. Ensuite, ce recueil ludique de mots expliqués, racontés et mis en scène pallie ce défaut des dictionnaires qui consiste à ne pas (re)donner aux mots un contexte. Alain Rey l’a bien compris : le mot n’existe que lorsqu’on l’utilise, c’est-à-dire dans une situation particulière, ici et maintenant. Le dictionnaire est ainsi une mise à plat de mots, utile certes, mais toujours en manque de la dimension dialogique et mouvante des mots qui n’existent premièrement et pratiquement que dans le flux de nos paroles quotidiennes. Le Dictionnaire culturel en langue française d’Alain Rey tend ainsi paradoxalement à relier les mots à leur pratique culturelle et historique (on aurait pu penser que les mieux placés pour nous parler de mots, ce sont les dictionnaires. Détrompez-vous, ici les mieux placés ce sont vous - et moi - !)

Cette historicité, cette histoire des mots, c’est ce dont Laurent Raval nous parle : en 53 petites anecdotes nous sont contées les histoires de « la mode du gothique », de « l’intelligence des cancres » ou encore de « la morgue du maniaque » qui mettent en lumière la transformation du sens des mots au fil du temps, c’est-à-dire au fil de leur usage. Ces histoires d’histoires de mots constatent l’usage que nous faisons de mots dont le sens était différent jadis – « "jadis", que Littré recommandait encore de prononcer [jadi] au XIXe siècle, est une contraction de l’ancien français ja a dis, que l’on peut traduire par "Il y a des jours", et qu’il faut entendre par "Il y a bien longtemps "».

Par exemple, « une ambiance glauque » : « Cette hostilité potentielle de l’ambiance en question semblerait alors exprimée par le qualificatif glauque. Seulement voilà, à l’origine, il n’est rien de péjoratif dans ce terme ! Le latin glaucus qualifie ce qui est bleuâtre, verdâtre, c’est-à-dire tout ce qui se rapproche de la couleur de la mer. »
Ces petites leçons mêlent étymologie érudite (ci-dessus) et usage actuel (ci-après), avec d’amusants dérapages de la bombe d’Hiroshima à la bombe hélée dans la rue, de mijoter à mitonner, de l’apocalypse faite à Jean à l’Apocalypse now faite à Copola. Seul reproche : les tentatives de chutes humoristiques souvent poussives de l’auteur. Au final, ce petit format reste une façon agréable et pratique de vous cultiver à moindres frais et en vous amusant. Parce que vous le valez bien.

Louise Charbonnier
(novembre 2005)

Alain REY, linguiste, lexicologue et philosophe du langage est notre invité pour une rencontre-débat autour du révolutionnaire Dictionnaire culturel en langue française qu’il a dirigé. Il reviendra sur l’approche culturelle proposée dans cet ouvrage
mercredi 9 novembre 2005
Librairie Sauramps (Montpellier) http://www.sauramps.com/
jeudi 10 novembre à 18h30
Bibliothèque de la Part-Dieu, Lyon http://www.bm-lyon.fr

 

Chiflet et Cie, 2005 présentation

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