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Etudes
de l’évolution des mots : condensé in vivo
A l’heure
où Alain Rey sera à la Bibliothèque de la Part
Dieu pour parler du Dictionnaire culturel en langue française,
peut-être aurez-vous déjà lu ce petit livre
au titre énigmatique : La Parabole du Poulet.
Première remarque : cette accroche curieuse présente
l’intérêt de nous arrêter sur le langage
et les mots, que nous utilisons sans nous poser de questions. Aucun
reproche là : les penseurs eux-mêmes n’ont commencé
à interroger le sens du langage, - notamment par qui et au
nom de quoi est donné ce sens -, que depuis peu. Ensuite,
ce recueil ludique de mots expliqués, racontés et
mis en scène pallie ce défaut des dictionnaires qui
consiste à ne pas (re)donner aux mots un contexte. Alain
Rey l’a bien compris : le mot n’existe que lorsqu’on
l’utilise, c’est-à-dire dans une situation particulière,
ici et maintenant. Le dictionnaire est ainsi une mise à plat
de mots, utile certes, mais toujours en manque de la dimension dialogique
et mouvante des mots qui n’existent premièrement et
pratiquement que dans le flux de nos paroles quotidiennes. Le
Dictionnaire culturel en langue française d’Alain
Rey tend ainsi paradoxalement à relier les mots à
leur pratique culturelle et historique (on aurait pu penser que
les mieux placés pour nous parler de mots, ce sont les dictionnaires.
Détrompez-vous, ici les mieux placés ce sont vous
- et moi - !)
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Cette
historicité, cette histoire des mots, c’est ce
dont Laurent Raval nous parle : en 53 petites anecdotes nous
sont contées les histoires de « la mode du
gothique », de « l’intelligence
des cancres » ou encore de « la morgue
du maniaque » qui mettent en lumière la
transformation du sens des mots au fil du temps, c’est-à-dire
au fil de leur usage. Ces histoires d’histoires de mots
constatent l’usage que nous faisons de mots dont le
sens était différent jadis – «
"jadis", que Littré recommandait encore de
prononcer [jadi] au XIXe siècle, est une contraction
de l’ancien français ja a dis, que l’on
peut traduire par "Il y a des jours", et qu’il
faut entendre par "Il y a bien longtemps "». |
Par
exemple, « une ambiance glauque » : « Cette
hostilité potentielle de l’ambiance en question semblerait
alors exprimée par le qualificatif glauque. Seulement voilà,
à l’origine, il n’est rien de péjoratif
dans ce terme ! Le latin glaucus qualifie ce qui est bleuâtre,
verdâtre, c’est-à-dire tout ce qui se rapproche
de la couleur de la mer. »
Ces petites leçons mêlent étymologie érudite
(ci-dessus) et usage actuel (ci-après), avec d’amusants
dérapages de la bombe d’Hiroshima à la bombe
hélée dans la rue, de mijoter à mitonner, de
l’apocalypse faite à Jean à l’Apocalypse
now faite à Copola. Seul reproche : les tentatives de chutes
humoristiques souvent poussives de l’auteur. Au final, ce
petit format reste une façon agréable et pratique
de vous cultiver à moindres frais et en vous amusant. Parce
que vous le valez bien.
Louise
Charbonnier
(novembre 2005)

Alain
REY, linguiste, lexicologue et philosophe du langage est notre invité
pour une rencontre-débat autour du révolutionnaire
Dictionnaire culturel en langue française qu’il
a dirigé. Il reviendra sur l’approche culturelle proposée
dans cet ouvrage
mercredi
9 novembre 2005
Librairie Sauramps (Montpellier)
http://www.sauramps.com/
jeudi 10 novembre à 18h30
Bibliothèque de la Part-Dieu, Lyon http://www.bm-lyon.fr
Chiflet
et Cie, 2005
présentation
voir
aussi la page : Langages
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