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Le
chant de l’enfance
On ne peut que
se réjouir de l’initiative des éditions Thierry
Magnier, secondées par le conseil éditorial de La
Joie par les livres, qui permet d’avoir à nouveau accès
à d’excellents livres pour enfants publiés il
y a bien longtemps et menacés de sombrer dans l’oubli.
Le texte de Lucie Rauzier Fontayne n’a quasiment pas pris
une ride, et les quelques traits qui indiquent le temps de son écriture
(1958) ne nuisent pas à son charme, bien au contraire.
On y retrouve le thème, courant à l’époque,
mais aussi classique en littérature de jeunesse (voir le
succès de Trilby auparavant), de l’enfant
livré à lui-même, totalement démuni,
qui doit tenter de survivre au milieu d’adultes hostiles et
qui réussit grâce à sa patience, à son
courage, à sa capacité d’espérer, et
avec l’aide de quelques amis bienveillants.
L’héroïne de l’histoire, Claire, vit pauvrement
à Paris dans une mansarde avec sa mère, veuve. Celle-ci
part pour deux ou trois jours chercher du travail en Bretagne, la
confiant à une voisine qui devra elle aussi s’absenter
en oubliant sa mission. Claire attend, sa mère ne revient
pas. L’attente, l’argent qui file, le soir qui tombe
et le matin qui vient sans personne et sans nouvelles, la concierge
et les voisines hostiles et menaçantes, l’inquiétude
qui grandit, tout cela est remarquablement montré et le livre
est tout entier tendu vers ce retour qui tarde et ce silence qui
ne s’explique pas. La peinture très convaincante d’adultes
de plus en plus atroces est heureusement adoucie par la présence
de figures aimables : Pierrot, le petit garçon encore plus
pauvre que Claire, sa mère courageuse et fatiguée,
et surtout monsieur Isidore, l’oiselier du quai de la Mégisserie,
et sa cousine la fleuriste aident Claire, chacun à sa façon
et avec ses moyens. La fin heureuse n’est pas un coup de théâtre,
mais est préparée avec soin et apparaît comme
la récompense des belles âmes qui se sont trouvées.
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Une
très grande attention aux petites choses et aux détails
fait l’un des charmes de cette histoire : la mansarde
et ce qui la meuble, les objets, le magasin de l’oiselier
et celui de la fleuriste, enfin les oiseaux, sur lesquels
il y a de très belles pages. Paris est très
présent, un Paris populaire vivant, celui des immeubles,
des rues et des quais de Seine, celui des petits métiers,
mais on aperçoit aussi le rêve de la campagne
alors toute proche. L’émerveillement de Claire
devant les choses simples et le bonheur d’exister malgré
les angoisses et les chagrins donnent à cette histoire
qui pourrait être sombre une lumière toute particulière.
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(octobre 2006) |
Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

dans
la même collection
L’Ile rose de Charles Vildrac
Thierry Magnier / La Joie par les livres, 2006
La
Joie par les livres
http://www.lajoieparleslivres.com
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