La Petite Fille aux oiseaux
de Lucie Rauzier Fontayne
Thierry Magnier / La Joie par les livres, 2006

 

 

 

Le chant de l’enfance

On ne peut que se réjouir de l’initiative des éditions Thierry Magnier, secondées par le conseil éditorial de La Joie par les livres, qui permet d’avoir à nouveau accès à d’excellents livres pour enfants publiés il y a bien longtemps et menacés de sombrer dans l’oubli. Le texte de Lucie Rauzier Fontayne n’a quasiment pas pris une ride, et les quelques traits qui indiquent le temps de son écriture (1958) ne nuisent pas à son charme, bien au contraire.
On y retrouve le thème, courant à l’époque, mais aussi classique en littérature de jeunesse (voir le succès de Trilby auparavant), de l’enfant livré à lui-même, totalement démuni, qui doit tenter de survivre au milieu d’adultes hostiles et qui réussit grâce à sa patience, à son courage, à sa capacité d’espérer, et avec l’aide de quelques amis bienveillants.
L’héroïne de l’histoire, Claire, vit pauvrement à Paris dans une mansarde avec sa mère, veuve. Celle-ci part pour deux ou trois jours chercher du travail en Bretagne, la confiant à une voisine qui devra elle aussi s’absenter en oubliant sa mission. Claire attend, sa mère ne revient pas. L’attente, l’argent qui file, le soir qui tombe et le matin qui vient sans personne et sans nouvelles, la concierge et les voisines hostiles et menaçantes, l’inquiétude qui grandit, tout cela est remarquablement montré et le livre est tout entier tendu vers ce retour qui tarde et ce silence qui ne s’explique pas. La peinture très convaincante d’adultes de plus en plus atroces est heureusement adoucie par la présence de figures aimables : Pierrot, le petit garçon encore plus pauvre que Claire, sa mère courageuse et fatiguée, et surtout monsieur Isidore, l’oiselier du quai de la Mégisserie, et sa cousine la fleuriste aident Claire, chacun à sa façon et avec ses moyens. La fin heureuse n’est pas un coup de théâtre, mais est préparée avec soin et apparaît comme la récompense des belles âmes qui se sont trouvées.

Une très grande attention aux petites choses et aux détails fait l’un des charmes de cette histoire : la mansarde et ce qui la meuble, les objets, le magasin de l’oiselier et celui de la fleuriste, enfin les oiseaux, sur lesquels il y a de très belles pages. Paris est très présent, un Paris populaire vivant, celui des immeubles, des rues et des quais de Seine, celui des petits métiers, mais on aperçoit aussi le rêve de la campagne alors toute proche. L’émerveillement de Claire devant les choses simples et le bonheur d’exister malgré les angoisses et les chagrins donnent à cette histoire qui pourrait être sombre une lumière toute particulière.

Anne-Marie Mercier-Faivre
(octobre 2006)

Anne-Marie Mercier-Faivre est professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

 

dans la même collection
L’Ile rose de Charles Vildrac
Thierry Magnier / La Joie par les livres, 2006

La Joie par les livres
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