|
Cruauté
et platitude
Sans grande
originalité dans ses thèmes et dans son scénario,
Un petit jeu sans conséquence
est l’histoire d’un couple qui, à l’occasion
d’un dimanche à la campagne, pour la dépendaison
de crémaillère d’une grande maison familiale,
laisse entendre à ses proches qu’il se sépare.
Ce qui n’est au départ qu’un divertissement –
certes d’un goût curieux – va entraîner
une crise bien réelle : amis et famille se prennent trop
bien au jeu, et donnent un triste visage des rapports humains ;
tandis que Bruno (Yvan Attal) comprend qu’à trop jouer
avec le feu, on se brûle, Claire (Sandrine Kiberlain), elle,
prend conscience de son envie de se brûler.
Pour adapter cette pièce de théâtre à
succès, Bernard Rapp s’est entouré d’une
jolie brochette d’acteurs, qui ne déçoivent
pas : Yvan Attal est irréprochable, sans doute dans le rôle
le plus subtil du film, et Sandrine Kiberlain, comme Lionel Abelanski,
font ce qu’ils peuvent de leurs personnages plats (pour ne
pas parler des seconds rôles, plus caricaturaux encore). Mais
où en sont les compères des Robins des Bois, Marina
Foïs et Jean-Paul Rouve ? C’est bien à eux que
le film devrait son salut, si salut il y avait. Marina Foïs
persévère et excelle dans le rôle de la trentenaire
seulette, qu’elle a pu retravailler, depuis Sophie Pétoncule
(sur Comédie), notamment dans J’me sens pas belle
(de Bernard Jeanjean).
 |
Quant
à Jean-Paul Rouve, que rien ne semble arrêter
sur la route du succès et de la reconnaissance du grand
public, il campe à la perfection un exécrable
séducteur froidement placide et sûr de lui ;
son talent polymorphe n’est donc plus à prouver,
c’est le bien-fondé de ses choix cinématographiques
qui le devient. Un petit film sans conséquence
? Si tous deux parviennent aisément à «rentrer
dans le rang» du cinéma français, il est
bien temps de veiller à ne pas perdre leur originalité,
à ne pas diluer leur caractère dans des eaux
trop douces, trop fades. Puissent-ils s’inspirer de
l’ovni comique de leur ami Maurice Barthélémy,
Casablanca Driver, dont la valeur est hélas
passée inaperçue l’été dernier
: tout de même, mieux vaut un objet volant non-identifié,
qu’un objet à ras de terre identifié par
tous comme ras les pâquerettes. |
Peinant à
dépasser le piège du théâtre filmé,
notamment quant au rythme, Un petit jeu sans conséquence
n’est assurément pas à la hauteur de ses acteurs
; la fable aigre-douce que propose Bernard Rapp ne permet ni vrais
éclats de rire, ni un minimum de réflexion. C’est
que la cruauté est d’une facilité qui lui ôte
parfois son intérêt.
Nicolas
Cavaillès
(décembre 2004)
Nicolas
Cavaillès, spécialiste de l'œuvre
de Cioran, lié à la Roumanie et à sa littérature,
poursuit, après des études de lettres et de philosophie,
des recherches autour de l'écriture, des manuscrits et de
la création artistique (critique génétique).

http://www.unpetitjeusansconsequence.com/site.htm
|