|
Le lecteur ne
peut que tomber sous le charme de ces cinq nouvelles, rondement
ficelées et élégamment menées. Dans
quatre d'entre elles, l'intrigue s'élabore autour d'une supercherie
qui mise autant sur la psychologie des personnages que sur celle
du lecteur. L'aspect "farce" prédomine, chaque
dénouement rendant la tragédie caduque, en dépit
de l'atmosphère pesante ou sinistre.
Seul La Chenille, qui narre l'atroce existence d'une
créature difforme et mutilée, en proie aux pulsions
libidineuses et sadiques d'une épouse "dévouée",
est un récit qui se doit d'être placé à
part. Cette nouvelle est un classique du genre ero-guro, mêlant
brillamment érotisme, grotesque et horreur, en particulier
dans les descriptions de la "toupie de chair", l' "énorme
chenille jaune" qu'est devenu l'ancien soldat.
Il faut dire que les personnages créés par l'auteur
sont le plus souvent mutilés par la vie : misanthropes frappés
par des maladies mentales parfois imaginaires, comme dans Deux
vies cachées, affublés d'un physique repoussant
(La chaise humaine), ou encore accablés par
la pauvreté, comme dans La pièce de deux sens.
Ce récit est le premier de l'auteur à avoir été
publié (en 1923) et est célèbre pour être
la première oeuvre de littérature policière
japonaise, le point de départ d'une carrière qui aura
tenu ses promesses.
De l'ensemble se dégagent, sous un charme vieillot, une modernité
et une virtuosité que doivent envier nombre d'auteurs actuels.
B.Longre
Chez
Philippe Picquier, du même auteur
: La proie et l'ombre
http://www.sancho-asia.com/article.php3?id_article=672
|