La chambre rouge
1995, Philippe Picquier
nouvelles traduites du Japonais par Jean-Christian Bouvier
(editions originales : 1923/1929)

 

Le lecteur ne peut que tomber sous le charme de ces cinq nouvelles, rondement ficelées et élégamment menées. Dans quatre d'entre elles, l'intrigue s'élabore autour d'une supercherie qui mise autant sur la psychologie des personnages que sur celle du lecteur. L'aspect "farce" prédomine, chaque dénouement rendant la tragédie caduque, en dépit de l'atmosphère pesante ou sinistre.
Seul La Chenille, qui narre l'atroce existence d'une créature difforme et mutilée, en proie aux pulsions libidineuses et sadiques d'une épouse "dévouée", est un récit qui se doit d'être placé à part. Cette nouvelle est un classique du genre ero-guro, mêlant brillamment érotisme, grotesque et horreur, en particulier dans les descriptions de la "toupie de chair", l' "énorme chenille jaune" qu'est devenu l'ancien soldat.
Il faut dire que les personnages créés par l'auteur sont le plus souvent mutilés par la vie : misanthropes frappés par des maladies mentales parfois imaginaires, comme dans Deux vies cachées, affublés d'un physique repoussant (La chaise humaine), ou encore accablés par la pauvreté, comme dans La pièce de deux sens. Ce récit est le premier de l'auteur à avoir été publié (en 1923) et est célèbre pour être la première oeuvre de littérature policière japonaise, le point de départ d'une carrière qui aura tenu ses promesses.
De l'ensemble se dégagent, sous un charme vieillot, une modernité et une virtuosité que doivent envier nombre d'auteurs actuels.

B.Longre

Chez Philippe Picquier, du même auteur : La proie et l'ombre

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